AU FIL DES HOMELIES

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LA PRIÈRE CHRÉTIENNE

Ac 4, 23-31

(12 avril 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tu as tout créé …

N

ous avons entendu un passage des Actes des apôtres qui conclut la première comparution de Pierre et de Jean devant le Sanhédrin. Ils ont guéri un infirme de naissance à l'entrée du Temple, la foule s'est assemblée et, pour la première fois, ils ont prêché la puissance du nom de Jésus Ressuscité, ensuite ils ont dû comparaître devant le Sanhédrin pour motif d'émeute et de prédication d'une chose interdite : la résurrection de Jésus leur Maître. Quand ils rentrent à la maison, l'épisode se poursuit par une prière. Ce que je trouve intéressant dans cette prière, c'est qu'elle nous donne, dans ses grandes articulations, la manière dont est bâtie toute prière chrétienne.

On fait souvent de la prière une sorte d'épanchement spontané du cœur une réalité dans laquelle il n'y aurait aucune structure. Je ne veux pas dire par là que la prière soit uniquement tenue à des formules ou à des plans en trois points comme les dissertations françaises ou philosophiques. De fait, dans les plus anciens documents que nous ayons, la prière et la prière particulièrement a toujours eu le même schéma de construction. Ce n'est sûrement pas par hasard. Je voudrais simplement évoquer rapidement avec vous ces quatre moments de la prière chrétienne.

La première étape s'appelle précisément l'invocation et s'adresse toujours au Dieu Père et créateur. L'assemblée disait en élevant la voix vers Dieu : "Maître, c'est Toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s'y trouve." Cela, c'est l'adresse et toute prière commence toujours par une invocation. Toutes les prières eucharistiques commencent par : "Père très saint ! Père très bon !" ou tout simplement "Père !" La prière s'adresse toujours au Père, et au Père en tant qu'Il est la source de la vie, de la création, c'est-à-dire de la relation avec Lui. La prière chrétienne est en ceci totalement l'héritière de la prière juive, car elle reconnaît que l'homme peut s'adresser à Dieu parce qu'il est déjà en relation avec quelqu'un qui, par sa puissance, a fait exister ses partenaires. C'est la première chose. Dieu créateur, non pas simplement au sujet de l'origine des choses, mais Dieu créateur au sens de celui qui fait surgir, dans cette création, toute son histoire et tous les événements dans lesquels Il travaille de la façon la plus intime.

Le deuxième moment, c'est la citation du psaume. "Tu as dit, par l'Esprit Saint et par la bouche de notre père David ton serviteur" et suit une bonne citation du psaume 2 :"Pourquoi cette arrogance chez les nations et ces vains projets chez les peuples ? Les rois et les magistrats se sont ligués contre ton Christ". Ici, on fait mémoire de Dieu en ce qu'Il a révélé le sens des événements, soit qu'Il les ait révélés à l'avance, c'est la prophétie, soit qu'Il ne cesse de les révéler, et à ce moment-là, c'est toujours une "Parole de Dieu" qui vient s'appliquer, faire surgir le sens même de l'événement qu'on est en train de vivre. On ne peut pas prier sans les Écritures. Les Écritures sont là pour attester que ce Dieu créateur est aussi le Dieu révélateur. Révélateur de Lui-même et révélateur du sens des événements que vit son peuple.

Ensuite, pour montrer ce sens de la révélation, on revient à l'événement Lui-même. C'est bien une ligue qu'ont formée Ponce Pilate et Hérode. Ponce Pilate le magistrat, Hérode le roi du peuple."Pour se liguer contre ton Christ" c'est l'allusion à la Passion à la condamnation, à la mort et à la Résurrection de Jésus. L'événement, désormais, peut être célébré. C'est la mort du Christ et sa Résurrection qui constituent le centre même de l'histoire. C'est la Pâque. Enfin on en arrive à l'événement présent, et c'est la quatrième étape. C'est le fait de dire "tes apôtres et ta communauté à Jérusalem, quelques mois ou quelques années plus tard, vivent exactement la même épreuve. Alors, souviens-toi de nous !" C'est donc la supplication.

On a donc, l'invocation, la révélation du dessein de Dieu dans l'histoire, la Pâque du Christ comme centre de tout événement du peuple de Dieu, et enfin l'événement présent que nous vivons. On retrouverait exactement la même chose dans le Canon de la Messe. "Toi qui es vraiment saint", ensuite, faisant mémoire "La veille de sa Passion, le Christ prit du pain, prit du vin," ensuite, "et maintenant, nous faisons mémoire de toute l'histoire de la mort, de la Résurrection et du salut", c'est l'Anamnèse. Et enfin, "nous Te supplions pour ton Église, pour les vivants, pour les morts." Toute prière chrétienne est toujours bâtie de cette manière-là. Nous qui sommes des ha­bitués de l'eucharistie quotidienne, retrouvons cette démarche profonde, car il ne s'agit pas simplement d'un art de bien s'exprimer, mais d'exprimer véritablement la manière même dont nous sommes en face de Dieu. Dieu est celui que nous invoquons, Dieu est celui qui révèle le sens de tout événement, Dieu est celui qui nous a donné son Fils, dans sa Pâque, et Dieu est celui qui vient nous rejoindre dans le présent que nous vivons maintenant.

 

AMEN


 

 

 
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