AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ÉGLISE, DON DE LA RÉSURRECTION ET DE L'ESPRIT

Ac 4, 23-31

(24 avril 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'aigle de Rome

N

ous allons lire durant tout ce temps, aussi bien pendant les Laudes que pendant la messe, le livre des Actes des Apôtres. Il est par excellence le livre du temps pascal, et je voudrais vous donner quelques indications, quelques suggestions spirituelles pour mieux faire vôtre cette Parole qui apparemment ressemble à un récit, un récit historique de la première communauté de Jérusalem, puis des voyages de Paul. Mais comme vous le savez, c'est un peu le génie de la parole de Dieu que de nous dire des choses spirituelles extrêmement profondes à travers des récits simples. Le texte que nous avons entendu, si vous y avez prêté attention est un de ces récits apparemment très simple, mais qui, en réalité, recèle une grande richesse spirituelle.

Il s'agit d'un petit passage qui se situe après une première arrestation de Pierre et de Jean, après la guérison de l'importent, qu'ensuite, ils avaient pris publiquement à la faveur de cette guérison, ils avaient pris la parole au Temple, ce qui était toujours un tout petit peu dangereux, et cela s'était soldé par une arrestation et une comparution devant le Sanhédrin, où Pierre et Jean, une fois encore ont refait un discours annonçant le Salut par la mort et la résurrection de Jésus. Finalement, ils sont libérés, ils souffrent pour le nom du Christ parce qu'ils sont bastonnés, mais ils reviennent et ils sont accueillis par la communauté. Le petit passage que nous avons lu, c'est cela : c'est la manière dont la communauté accueille Pierre et Jean après cet événement.

Je voudrais attirer votre attention sur deux choses. La première, c'est qu'on rend grâces, on prie évidemment pour le fait que Pierre et Jean ont été libérés et ont échappé à la menace qui pesait sur eux. Mais ce qui est intéressant c'est qu'on prie d'une façon un peu bizarre puisqu'on dit le psaume deuxième et un passage un peu étonnant : "Pourquoi cette arrogance chez les nations, pourquoi ces vains projets chez les peuples. Les rois de la terre se sont mis en campagne, les magistrats se sont rassemblés de concert contre le Seigneur et contre son Christ, son Oint". Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'on veut dans la communauté identifier l'évènement de la mort de Jésus à l'évènement de l'arrestation de Pierre et de Jean, on veut identifier les deux choses. Pourquoi ? Parce que la mort de Jésus c'est la coalition des princes des nations et des rois du peuple. Pour eux, on en donne l'explication après, les princes des peuples ce sont les pouvoirs païens, c'est Ponce-Pilate, et le rois des peuples, c'est le grand-prêtre et les sadducéens qui ont condamné Jésus. Entre parenthèses, c'est un petit indice très intéressant de la manière dont on comprenait la responsabilité de la mort du Christ : on prenait bien soin de dire que c'était Pilate et Hérode, et donc aussi le peuple juif qui étaient responsables, mais on ne mettait pas la responsabilité unilatéralement comme hélas on l'a fait plus tard, sur le peuple juif. Ici, on montre bien que c'est la responsabilité universelle aussi bien des païens que des juifs, dans la mort de Jésus.

Ce n'est pas tout à fait le problème pour eux, le fait qu'ils perçoivent fondamentalement la responsabilité de la mort du Christ, mais ils disent clairement que ce sont les pouvoirs de ce monde qui se sont coalisés contre le Seigneur et contre son Christ, Celui qu'il a oint, c'est-à-dire Celui à qui Il a donné la royauté et le pouvoir. Ils pensent donc le mystère du Salut comme un mystère de combat entre deux pouvoirs : le pouvoir du Christ et de l'autre le pouvoir des nations et d'Hérode qui se sont ligués contre Lui. Le Christ par sa résurrection a été vainqueur du pouvoir de ce monde qui s'est coalisé contre Lui. Alors, on prie ainsi : "Seigneur, considère les menaces qui ont pesé sur Pierre et Jean un peu comme la menace Ponce-Pilate Hérode, contre ton serviteur Jésus, afin de permettre à tes serviteurs d'annoncer la Parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus".

C'est assez beau comme manière de considérer l'histoire de l'Église primitive : là où pour ton serviteur Jésus, les pouvoirs de ce monde se sont coalisés pour empêcher le Salut, maintenant pour Pierre et Jean qui ont été menacés par les pouvoirs de ce monde, par le pouvoir du Sanhédrin, renouvelle par des signes comme Tu l'as fait par la résurrection pour assurer la victoire de Jésus, renouvelle par des miracles le pouvoir que Tu as donné à tes serviteurs pour qu'ils annoncent la Parole de Dieu. Il y a là un perception très claire, et je trouve que c'est admirable, que le mystère de la résurrection, victoire sur tous les pouvoirs qui s'opposent au pouvoir de la Parole de Dieu, continue maintenant dans la prédication de Pierre et de Jean dans la vie de la première communauté qui est victorieuse par la puissance de Dieu et par les miracles qu'il lui est donné d'accomplir pour manifester à nouveau, aujourd'hui, présentement la Parole de Dieu. Saint Luc nous explique ici que l'histoire de l'Église est une résurrection permanente. C'est une vision théologique extrêmement belle : c'est le fait que chaque évènement des Actes des apôtres doit être lu à la lumière de la résurrection de Jésus. C'est très intéressant, parce que juste après, comme pour authentifier et la prière et la compréhension de la situation, il y a un petit passage qui est tout à fait merveilleux : "Alors, tandis qu'ils priaient, l'endroit où ils se trouvaient réunis trembla. Tous furent alors remplis du Saint Esprit". Les spécialistes des Actes des apôtres ont appelé ce passage la petite Pentecôte. Ils veulent dire par là qu'au moment où la communauté chrétienne a proclamé dans la prière, dans la compréhension spirituelle de l'évènement ce dont il s'agissait vraiment, une nouvelle résurrection de la communauté par le retour sain et sauf de Pierre et Jean et la possibilité d'annoncer la Parole, Dieu redonne l'Esprit. Là encore, chaque moment de l'Église est une Pentecôte. Il y a à la fois toujours la dimension de résurrection, et toujours la dimension du don de l'Esprit et de la Pentecôte.

C'est tout simple en réalité, ce n'est pas compliqué comme manière de voir les choses, mais c'est extrêmement profond, et je crois que cela nous donne à nous-mêmes une sorte de clé pour comprendre ce qu'est l'Église aujourd'hui. Si l'Église n'est pas le témoignage de la résurrection face aux dangers, aux menaces et aux difficultés qui pèsent sur elle et Dieu sait qu'on les voit tous les jours, si l'Église n'est pas ce lieu où la terre tremble (pas réellement, métaphoriquement bien sûr, surtout pas ici à Aix-en-Provence), pour que surgisse le don de l'Esprit, ce ne serait pas tout à fait l'Église. Je pense que c'est cela que nous avons à retrouver dans le sens même de notre existence, et c'est cela que chaque Pâque essaie de nous faire redécouvrir : c'est que ce que le Christ a vécu, Il le fait revivre à ses disciples, à son Église pour que soit manifestée la puissance de la Parole de Dieu et la seigneurie du Christ sur toute la création.

 

AMEN


 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public