AU FIL DES HOMELIES

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LE DOIGT ET LA LUNE

Ac 4, 23-31 ; Mt 28, 8+11-15

Mardi de la deuxième semaine de Pâques

(16 avril 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le tombeau vide

V

 

ous connaissez sans doute ce magnifique proverbe chinois : "Quand le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt !" On voit bien ce que cela veut dire : quand on veut montrer quelque chose d'important, il y a toujours des gens pour regarder le petit côté de la chose, et générale­ment ce n'est pas à leur honneur. Je crois que ce pro­verbe chinois peut nous aider à comprendre l'épisode que nous venons d'entendre, et surtout plus que l'in­compréhension des chefs sadducéens qui soudoient les soldats pour colporter des fables, ceci doit nous amener à porter un regard vrai sur la Résurrection.

Il nous arrive souvent de ne porter qu'un re­gard humain sur la Résurrection. Nous voulons telle­ment défendre "l'histoire" telle qu'elle s'est passée, que nous finissons par mal la défendre. Peut-être que l'intention est bonne au début, mais cela finit par tourner court. Si nous sommes chrétiens aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce qu'un jour on a trouvé un tombeau vide, parce que si on n'avait eu que le tom­beau vide à se mettre sous la dent, on ne serait pas allé très loin. S'il n'y avait eu que cette histoire-là, elle aurait été, comme tout fait humain, livrée à des inter­prétations tout humaines et jamais nous n'aurions vraiment cru à la Résurrection.

Ce qui est important dans la Résurrection, c'est bien sûr parce que c'est un événement de notre histoire humaine, mais c'est surtout un événement qui dépasse notre histoire, aussi loin que la lune est loin du bout du doigt qui la montre. Le tombeau vide, ce n'est que le doigt, et la Résurrection c'est la lune qu'il faut regarder. Etre chrétien c'est regarder dans la direction que nous montre le doigt de la main de Dieu, du Christ Ressuscité. C'est regarder vers le ciel, c'est regarder le Christ ressuscité dans la gloire, à partir d'une absence bien sûr, mais c'est cela qu'il nous faut regarder. C'est là qu'est la réalité. Dans le tom­beau vide, il n'y a rien, il n'y a rien à voir, un drap affaissé par terre, et la tombe ouverte, mais il n'y a rien. Tandis que si nous regardons dans la direction indiquée par le doigt, le Christ nous montrera quelque chose qu'avec nos yeux humains nous ne pouvons pas voir. Et à ce moment-la, nous comprendrons pourquoi le tombeau est vide, mais pas avant.

Ce qui fait la grandeur du témoignage de la Résurrection, c'est précisément que les disciples, les femmes au tombeau, progressivement ont été saisis par la puissance de l'Esprit Saint. Et c'est parce que la puissance de l'Esprit Saint les avait saisis qu'ils ont, à ce moment-là, vu Jésus Ressuscité. Ils ne se sont pas contentés de regarder le doigt, ils ont regardé vrai­ment dans la direction de la lune.

Je crois que toute notre vie de chrétiens, c'est précisément cela. Notre cœur ressemble beaucoup à un tombeau vide. Nous le savons, nous vivons nous-mêmes et nous souffrons de l'absence de Jésus. Nous savons bien qu'Il est là mais nous ne le voyons pas, nous ne le saisissons pas, nous ne le touchons pas sa présence est, en réalité, une sorte de creux, d'absence, comme lorsque quelqu'un est mort et que nous vou­lons qu'il soit encore près de nous. Mais seulement, ce qui est extraordinaire, c'est que ce manque, cette ab­sence nous fasse percevoir une autre présence : la présence réelle du Christ Ressuscité, mais présent autrement. Et c'est de cela que nous vivons, Et c'est cela que les chefs des juifs n'ont pas saisi. Ils ne se sont pas laissé saisir par la grâce de la foi, et c'est ce qui fait toute la différence. Si eux-mêmes étaient allés au tombeau vide, comme Pierre, Jean ou Marie-Ma­deleine, ils auraient pu raconter après : Voilà les dis­ciples ont payé, le tombeau est vide et l'on a retiré le corps. Mais en réalité, le grand mystère c'est que ce grand absent du matin de Pâques a saisi les disciples, et nous saisit encore pour confesser la vérité de la Résurrection.

Alors, si ce texte a été rapporté dans l'évan­gile de saint Matthieu, ce n'est pas pour engendrer le doute, mais c'est pour montrer que dans toute l'his­toire de l'Église, et cela n'a jamais manqué, on pourra toujours faire une lecture tout humaine de la résurrec­tion, mais que, comme aux origines, c'est complète­ment à côté du problème. En réalité, ce qui fait le fondement de la Résurrection, c'est que, précisément, les disciples ce jour-là, et nous-mêmes, avec eux de­puis notre baptême, nous sommes appelés (en étant convoqués devant le tombeau vide) à regarder non pas le doigt mais ce qu'il montre.

 

AMEN

 
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