AU FIL DES HOMELIES

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RÉSURRECTION DE L'UNIVERS

Ac 4, 23-31 ; Mc 16, 9-18

Mardi de la deuxième semaine de Pâques

(28 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

ans l'évangile de saint Marc, le récit des apparitions semble se terminer au verset 8 quand les saintes femmes, après avoir vu Jésus sont tremblantes et saisies de peur et ne disent rien à personne.

On admet généralement que les versets qui suivent et que nous venons de lire sont un post-scrip­tum ajouté à l'évangile de saint Marc et qui est un résumé des apparitions telles qu'elles nous sont ra­contées dans les différents évangiles. Quoi qu'il en soit de ce détail exégétique, ce qui est intéressant dans ce petit résumé c'est le caractère universel de la prédi­cation à laquelle Jésus convie ses apôtres.

"Allez dans le monde entier !" C'est donc à l'univers tout entier, à l'humanité tout entière, à toutes les nations que les disciples sont envoyés. Mieux en­core : "Annoncez l'évangile à toute la création !" Ce n'est pas seulement à l'humanité, mais à la création tout entière que la bonne nouvelle de la Résurrection est annoncée. Les apôtres ne sont pas envoyés seule­ment aux hommes, mais à toute la création, c'est-à-dire aussi bien aux animaux, aux végétaux, aux étoi­les. C'est l'univers tout entier qui doit recevoir cette Bonne Nouvelle de la Résurrection du Christ.

Nous ne pensons peut-être pas assez souvent que la joie de la Résurrection, la joie de l'évangile, cette merveilleuse espérance s'adresse à tout l'univers, à tous les hommes certes, mais aussi à la création tout entière. Car nous le dit saint Jean dans l'Apocalypse : "Il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle". C'est toute la création qui sera renouvelée, restaurée, transfigurée, transformée, ressuscitée. La Résurrec­tion du Christ est un principe de vie nouvelle, un principe de restauration et mieux que de restauration de transfiguration, de transformation totale qui s'adresse à tout l'univers. Il ne s'adresse pas seulement aux hommes parce que, s'adressant aux hommes, il s'adresse non seulement à leur esprit, à leur âme, mais aussi à leur corps. Et si ce principe de résurrection s'adresse au corps humain, au corps de chacun d'entre nous, à tous les corps de l'humanité tout entière, il ne peut s'adresser aussi à travers eux qu'à cet univers matériel dont nos corps font partie, avec qui, précisé­ment, ils font corps. Et la bonne nouvelle de la Résur­rection du Christ, qui est le renouvellement du plus profond, du plus intime, du plus spirituel, du plus intérieur de nous-mêmes, mais aussi le renouvelle­ment du plus extérieur, du plus humble, du plus char­nel de nous-mêmes, ce renouvellement total de notre être, c'est le renouvellement total de l'être du monde, de l'univers tout entier.

Le corps Ressuscité du Christ est le principe de résurrection, de transformation, le principe de re­nouvellement de toutes choses. Quand on parle de la fin du monde, on pense souvent à l'aspect négatif de l'usure de ce monde et de sa destruction finale, de cet éclatement dont il nous est parlé dans l'Apocalypse et dans le chapitre vingt-quatrième de saint Matthieu, "quand toutes les puissances du ciel seront boulever­sées". Mais cette mort, comme la mort du Christ notre propre mort, est pour une vie, pour une résurrection. Si l'univers doit être détruit, c'est pour ressusciter. Il y a cet autre versant de la prophétie, s'il y a une des­truction du monde c'est pour un renouvellement, pour un monde nouveau. Et ce monde nouveau sera le monde de la résurrection qui sera tout entier centre, axe, calqué, soudé au corps du Christ Ressuscité. Le Christ est ressuscité dans sa chair, Il est ressuscité dans son corps, Il est ressuscité dans la matière de son corps pour que la matière du corps du Christ soit principe de résurrection pour la matière de l'univers tout entier.

C'est donc toute chose, depuis la plus humble jusqu'à la plus élevée, des anges, des archanges et des séraphins, jusqu'à la plus humble poussière de l'uni­vers qui sera ainsi restaurée, transformée et transfigu­rée. C'est pour cela que, reprenant des images analo­gues à celles du livre d'Isaïe, la finale de saint Marc nous dit que cet univers nouveau sera un univers pa­radisiaque. Les démons en seront chassés. Il n'y aura plus de différence entre les langues des hommes. Et même les serpents ne seront plus dangereux. On pourra les saisir avec la main et il n'y aura plus de poison mortel. Rien ne pourra nous faire du mal Il s'agit évidemment là d'images et non pas d'annonce de quelque miracle, exactement comme Isaïe dans la prophétie dite de l'Emmanuel annonçait qu'au temps : messianique, "le lion comme le bœuf mangera de la paille, le nourrisson jouera sur le trou de la vipère, et le cobra sera pris dans la main". Ces images veulent dire que toutes choses seront restaurées dans une harmonie universelle. Il ne faut pas prendre ces ima­ges au pied de la lettre, mais cela veut dire qu'il n'y aura plus de principe de mal, que tout ce qui vient du démon, tout ce qui vient du péché, tout ce qui fait le malheur de l'homme et de la nature, tout ce qui est destruction disparaîtra dans une sorte de renouvelle­ment dont nous ne connaissons pas la nature, dont nous ne pouvons pas déterminer les modalités, mais un renouvellement total de toutes choses, dans une harmonie qui sera précisément puisée à la source du corps ressuscité du Christ.

De même que le corps ressuscité du Christ est un corps qui vit dans la plénitude de l'harmonie de ses différentes parties, soudées par la lumière divine, de la même e manière nos propres corps, et l'univers tout entier, seront ressuscités, transfigurés dans cette lu­mière de Dieu.

Ceci nous devons non pas essayer de l'imagi­ner avec nos pauvres esprits, mais nous devons le croire parce que cela a une signification extrêmement profonde. Cela veut dire que toutes choses sont appe­lées à la beauté, que toutes choses sont appelées à la communion, que toutes choses sont appelées à l'har­monie, que toutes choses sont appelées à l'amour. Cela veut dire que l'amour est plus fort que toutes les divisions, que toutes les destructions, que toutes les déstructurations qui envahissent notre univers qui est un univers de péché et de mort. L'amour du Christ qu'Il a ressuscité du tombeau dans sa chair, ressusci­tera aussi toutes choses. L'amour du Christ est plus fort que tout ce qui est en nous ferment de dissocia­tion, de division, de haine ou de destruction.

C'est cette espérance, cette certitude que nous devons avoir au cœur et qui doit nous permettre de traverser toutes les épreuves, toutes les difficultés, en sachant que l'amour du Christ, qui est déjà donné à notre cœur, est plus fort que tous ces principes de mort.

 

AMEN

 

 

 
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