AU FIL DES HOMELIES

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LE "JE" COLLECTIF DU "JE CROIS" QUI FAIT SORTIR DE LA STUPEUR

Ac 4, 23-31 ; Mc 16, 9-18
Mercredi 6 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

frères et Sœurs, comme nous l’avons vu hier, la finale de l’évangile de saint Marc a été l’objet de plusieurs rédactions. Nous avons souvent l’illusion peu rationnelle de croire que les évangélistes auraient pu écrire leur livre sans aucune rature ni hésitation, et en nous donnant un texte absolument impeccable dès le premier jet.

 

En étudiant de plus près les textes, les procédés littéraires, la manière dont sont construits les évangiles et dont ils se correspondent les uns aux autres, on sait aujourd’hui que les évangiles ne sont pas tombés du ciel. Ils sont inspirés, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils soient tombés comme ça, tout prêts, tout cuits, définitivement fixés. En fait, il y a eu un travail humain, et comme l’a dit le concile Vatican II, et je crois que là-dessus il a rappelé quelque chose de très important, les évangiles sont tout entiers de Dieu et tout entiers des hommes, auteurs inspirés qui les ont écrits. Si Dieu est capable de parler par des humains, les évangélistes, les prophètes etc, il est aussi capable de parler par leurs hésitations, leur souci d’être plus clair, de mieux synthétiser, de mieux rédiger et finalement de fournir le texte qui leur paraît le plus adéquat. C’est une chose dont on ferait bien d’être averti, car si on ne croît pas cela, on tombe très vite dans le fondamentalisme. Or, qu’est ce que le fondamentalisme ? C’est de croire que l’évangile et la Bible ont été écrits comme le Coran, qu’ils tombent tout faits du ciel. Pour le Coran, c’est encore plus spectaculaire, car il est était déjà écrit au ciel en arabe et il est tombé par la bouche de Mahomet qui a pu le retranscrire tel quel. Mais l’évangile n’est pas un texte qui est écrit en hébreu ou en grec dans la tête de Dieu le père, c’est un travail que l’Esprit saint a guidé de part en part pour que les textes disent vraiment la vérité, mais qu’ils la disent selon les moyens de ceux qui avaient à la dire et qui avaient été choisis pour ça, ceux qu’on appelle précisément les auteurs ou les écrivains inspirés.

 

Ce n’est donc pas très étonnant que l’évangile de Marc ait sans doute fait l’objet d’une révision à la conclusion. La conclusion que nous avons vue hier, c’est celle des femmes qui vont au tombeau, « Elles eurent peur et elles ne dirent rien ». Comme si la première réaction de la résurrection était de tomber dans le mutisme, la peur et l’incapacité de parler. Vous savez, c’est souvent une chose qui arrive lorsque survient un événement très brutal, les gens pendant un certain temps sont saisis par la terreur et ne peuvent plus parler. L’inhibition est l’indice d’une réaction très forte de la part des premiers témoins, des femmes qui vont au tombeau. Elles ne savent pas quoi dire, elles sont muettes. Ça, c’est sans doute un des premiers témoignages sur la découverte du tombeau vide. C’était tellement surprenant, inattendu, incompréhensible et aussi tellement déconcertant que la première réaction est que c’est impossible à dire, on ne sait pas ce qui s’est passé. D’ailleurs, c’est ce qu’on retrouve encore avec une autre apparition de Jésus à Marie-Madeleine au tombeau. Là non plus, elle ne sait pas comment interpréter. « Si tu l’as pris, dis-moi où tu l’as mis » dit-elle à Jésus en le prenant pour un jardinier. On voit très bien que ce qui domine est l’incompréhension totale, le mutisme et le fait d’être complètement perdu.

 

Marc ou est-ce la communauté qui lui a dit qu’il fallait compléter son texte car il s’était passé d’autres choses ? Marc a ajouté une finale dont vous avez peut-être remarqué qu’elle a l’air d’être une sorte de petit résumé. Elle résume tous les autres événements d’apparition que l’on voit dans les autres évangiles. Mais au lieu de s’attarder en détail, les disciples d’Emmaüs sont résumés en deux mots, l’apparition aux disciples le soir au cénacle est résumée en trois lignes. Bref, on a l’impression d’un petit sommaire qui raconte les principaux événements. C’est intéressant parce que si dans un premier temps, Marc a voulu montrer le désarroi, le silence et le décrochage qu’a produit l’événement de la résurrection dans le cœur non seulement des femmes, mais aussi de la première communauté chrétienne qui doute, qui a du mal à croire, il a aussi montré que les différents témoins des différents événements (disciples d’Emmaüs, apparition sur le lac de Tibériade, apparition au cénacle, apparition aux femmes au tombeau etc), les différents témoignages se donnant et s’offrant les uns aux autres ont conforté la possibilité à la fois de se rendre compte de ce qui s’était passé et d’en parler.

 

Autrement dit, la communauté chrétienne est sortie de son mutisme par rapport au fait de la résurrection, tel qu’en témoignent les saintes femmes au tombeau. Elle est sortie de cette incapacité de s’exprimer par l’apport mutuel des témoignages que se sont donnés les différents membres et les différents témoins, chacun à sa manière de la présence du Ressuscité. Et ça, c’est très important. Ce n’est pas parce que la deuxième finale de Marc a sans doute été rédigée après qu’elle est moins intéressante. Elle l’est tout autant que la première. Là où les femmes isolées ne pouvaient pas dire, ni témoigner, ni comprendre ce qu’était la résurrection, quand on a commencé à se dire les uns aux autres le témoignage de sa propre expérience de la résurrection, à ce moment-là, on a pu commencer à en parler, à comprendre vraiment ce qui s’était passé.

 

C’est exactement la même chose aujourd’hui. Dans notre monde, dans notre société, l’Eglise n’est pas une collection de témoignages individuels, chacun faisant sa propre expérience du Christ ressuscité et n’en parlant pas aux autres. Dans les communautés, nous célébrons et accueillons ensemble la présence du ressuscité, chacun à sa manière, mais nous la recevons tous ensemble et c’est ça qui constitue le témoignage de la résurrection. Le témoignage de la résurrection n’est pas un témoignage isolé, c’est le témoignage de l’Eglise. Et si par exemple, quand on célèbre la messe, on se rassemble autour de l’autel pour manifester qu’on est ensemble autour du corps et du sang du Christ ressuscité, c’est précisément pour témoigner de cela : nous ne sommes pas chacun dans notre intimité personnelle, fermée sur elle-même les témoins de la résurrection. Mais c’est parce que chacun apporte dans sa vie, dans sa prière, dans sa manière d’être ensemble, le témoignage du Christ ressuscité qu’effectivement l’Eglise comme telle témoigne de Il est ressuscité

 

Je voudrais conclure par une petite allusion que je trouve très importante et qui peut vous aider. Quand nous chantons ou récitons le Je crois en Dieu, nous le disons tous ensemble. Et pourtant, nous le commençons tous par Je crois. On n’y fait pas attention, mais c’est fondamental. Ce n’est pas Il faut croire en Dieu le père tout puissant, mais Je crois. Et la proclamation du témoignage chrétien au grand sens du terme, de notre foi en Dieu père, fils et saint esprit commence par Je. Mais ce n’est pas un Je qui est tout seul, c’est un Je qui se dit ou qui se chante ensemble. Et c’est exactement ça la finale de l’évangile de saint Marc. Chacun dit Je. Tous les témoignages que Marc a récoltés et résumés. Pour lui, ce n’est plus la peine de raconter tout le détail, il est ailleurs, mais l’essentiel est de dire que chacun dit Je et que c’est le concert des Je, l’harmonie des Je crois en Jésus ressuscité qui donne son véritable visage de foi et de proclamation de la résurrection du Seigneur, à toute l’Eglise. Amen.

 

 
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