AU FIL DES HOMELIES

Photos

CONSACRÉS POUR PARLER AU NOM DE JÉSUS

Ac 4, 23-31

(10 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L'évêque et la cité

L

e texte des Actes que nous avons lu nous fait comprendre ce qu'est l'Église. Il s'agit de Pierre et de Jean qui, après la guérison du boiteux de la Belle Porte, ont été déférés devant le sanhédrin pour y être jugés mais ont dû être relâchés faute de preuves. Et voici qu'ils rejoignent l'Église ayant déjà, d'une façon bénigne peut-être mais précoce, puisque nous sommes très peu de temps après la Pentecôte, ayant déjà souffert, ayant été inquiétés à cause de l'évangile et du Christ. L'Église c'est d'abord les disciples du Christ qui participent à la croix de Jésus. Comme Jésus a été inquiété, ils sont eux aussi persécutés, comme Jésus a été mis à mort, ils seront eux aussi mis à mort. C'est dans cette souffrance, unie à la passion du Christ, que se forge le témoignage de l'Église. Et vous savez que le mot "témoin" se dit en grec "martyr". C'est donc la même chose que d'être témoin et que de supporter le martyre pour le Christ. Ou plus exactement, le martyre est le témoignage par excellence.

L'Église est donc d'abord une communauté qui prend part à la souffrance rédemptrice et par là même l'Église se trouve étroitement unie à son Sauveur. Dans le texte, deux termes sont employés et caractéristiques de cette union de la communauté chrétienne naissante à Jésus. Tout d'abord le Christ est nommé "oint par le Père". Il y a relativement peu de textes du Nouveau Testament où cet adjectif est attribué au Christ. Effectivement, l'onction qu'a reçue Jésus n'est pas une onction matérielle. A aucun moment de la vie du Christ, il n'y a eu un prophète, comme Samuel vis-à-vis de David, pour verser de l'huile sur sa tête sous forme d'onction. Il s'agit donc d'une onction métaphorique, purement spirituelle. Généralement cette onction signifie la venue de l'Esprit Saint sur Jésus au moment de son baptême au Jourdain. L'Esprit a été répandu par le Père sur le Christ comme Samuel avait répandu l'huile sur la tête de David afin de le consacrer. Or en grec, oint se dit "chrestos". le nom de Jésus-Christ fait donc allusion à cette onction. Il s'agit d'une consécration de Jésus par le Père. Et les chrétiens seront appelés ainsi à partir de ce nom du Christ car, ils sont oints comme le Christ a été oint. C'est dire que les chrétiens reçoivent participation à cette consécration du Christ par le Père, à cette effusion de l'Esprit qui a d'abord reposé sur Jésus et qui de Jésus est transmise aux disciples, effusion de l'Esprit qui fait de nous d'autres Christs et qui fait de l'ensemble de l'Église le corps du Christ. Par conséquent l'Église ne participe pas seulement à la souffrance du Christ, elle participe également à sa consécration.

L'autre terme qui est employé pour parler de Jésus par rapport à la communauté chrétienne c'est le terme du "Nom". "Etends la main sur nous pour opérer des signes et des prodiges par le Nom du ton saint Serviteur Jésus." Telle est la prière de la première communauté. Le nom, dans la civilisation sémitique, n'est pas simplement un moyen commode de désigner quelqu'un mais c'est une manière symbolique, inadéquate mais approchée, de pressentir, d'atteindre, de s'efforcer de saisir la personnalité profonde de quelqu'un. Donc parler "au nom du Seigneur Jésus", agir en son nom, c'est agir en communion avec la personne de Jésus. C'est laisser Jésus agir à travers nous-même c'est faire en sorte que notre action soit celle du Christ.

Telle est donc cette double participation de la communauté à la consécration du Christ, être oint comme Lui par le Père et agir en vertu de la présence de sa personne Comme chrétiens nous participons, l'Église participe comme église chrétienne à ce Nom et à cette consécration du Christ. Ceci va se manifester par un signe : "Tandis qu'ils priaient, l'endroit où ils se trouvaient réunis, trembla, tous furent remplis du Saint Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance !" Il y a là comme une seconde Pentecôte. On dit parfois "une petite pentecôte". C'est un phénomène physique. A la première c'était un grand vent, ici c'est un tremblement de terre. A travers cette manifestation cosmique c'est l'Esprit qui se répand dans l'Église.

Ceci nous montre que ce don de l'Esprit Saint n'a pas eu lieu une seule fois le jour de Pentecôte mais que c'est un don qui se répète, que c'est un don permanent. L'Église est constamment irriguée par l'Esprit Saint. Sans arrêt l'Esprit Saint est donné à l'Église. Et s'il n'y a pas tremblement de terre ni grand vent ni langue de feu, c'est que les manifestations visibles ne sont qu'une sorte d'explication. L'important n'est pas là. L'important c'est que, en réalité, à l'intérieur de nous-mêmes, invisible mais réel, l'Esprit Saint nous est communiqué pour que devenant d'autres christs avec le Christ, participant à la passion et aux souffrances du Christ, nous puissions, par la force de son Nom annoncer l'évangile jusqu'aux extrémités de la terre. "Annoncez la bonne nouvelle à toute la création !"

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public