AU FIL DES HOMELIES

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CELUI QUI CROIRA SERA SAUVÉ

Ac 5, 12-16 ; Mc 16, 9-18

Mercredi de la deuxième semaine de Pâque

(17 avril 1985)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Saint Jean de Malte : Cuve baptismale

C

 

elui qui croira et sera baptisé, sera sauvé, Celui qui ne croira pas sera condamné." Dans la bouche même du Seigneur, au moment où Il confie aux apôtres leur mission apostolique d'annoncer l'évangile, c'est-à-dire le salut, Il leur dit de façon extrêmement claire, ce qu'il en est du salut ou de la condamnation. Celle-ci se situera à cause de la foi ou de la non-foi, cette foi ou cette non-foi portant son jugement dans l'acte du baptême. Ce qui veut dire, en d'autres termes, que tout homme qui n'est pas baptisé, qui ne croit pas, ne sera pas sauvé.

C'est une parole extrêmement claire, extrê­mement nette, et comme est de Jésus Lui-même, on ne peut pas la mettre en doute, ni l'interpréter autre­ment que ce qu'elle veut nous dire. C'est sur ce genre de paroles de Jésus que l'évêque saint Cyprien de Carthage écrivait sur son traité de l'Église, cette phrase bien connue et si mal connue, mal comprise : "Hors de l'Église, point de salut !" C'est une phrase extrêmement juste au plan théologique : "Hors de l'Église, point de salut !" car c'est l'Église qui a reçu la mission apostolique d'annoncer ce salut et d'en fé­conder la grâce dans le cœur des hommes par le bap­tême qui engendre la foi. Hors de l'Église, tout homme est définitivement condamné à ne pas connaître le salut de Dieu.

Je sais très bien que ce genre de phrases peut être révoltant, pose beaucoup de problèmes à la cons­cience chrétienne, mais il en est ainsi. C'est une parole de Dieu et l'on ne peut pas y ajouter ou en retrancher ce que l'on voudrait. Cependant, il faut bien compren­dre cette parole de Jésus ou ce commentaire qu'en donne saint Cyprien.

Jésus dit : "Celui qui croira, sera baptisé et il sera sauvé " et saint Cyprien dit : "Hors de l'Église, il n'est pas de salut possible." Jésus veut simplement dire par là que nous n'entrerons pas dans la vie divine, éternelle, sans le baptême, que nous n'entrerons pas dans la vie éternelle en dehors de l'Église. Il n'y a pas une vie éternelle pour les chrétiens qui seraient l'Église prolongée, la Jérusalem Nouvelle et céleste et une autre vie éternelle qui serait pour ceux qui sont hors de l'Église. Cela n'est pas possible Dieu n'a pas deux paroles, Dieu n'a pas deux promesses. Dieu n'a pas deux amours. Dieu n'a pas deux fidélités. Quand Jésus dit que dans le baptême et dans la foi nous sommes sauvés c'est d'abord du baptême dont Il a vécu Lui-même qu'Il parle, c'est de son baptême, sa descente dans la mort et les enfers et sa résurrection, événement fondamental et définitif du salut. C'est à ce baptême-là qu'Il fait allusion Et Il confie à ses disci­ples de proclamer ce salut en baptisant, en faisant entrer ceux qui croiront dans sa grâce pascale qui est la grâce du salut.

Mais il y a une distinction à faire entre le baptême du Christ, l'événement pascal que nous ve­nons de célébrer et le baptême sacramentel que Jésus a confié à ses apôtres. Le baptême sacramentel, c'est ce pouvoir qu'Il a donné aux apôtres de féconder pour les hommes de ce temps sa grâce baptismale, la grâce baptismale de la Pâque du Christ. Mais cette grâce de la Pâque du Christ est beaucoup plus large, beaucoup plus profonde que le strict sacrement du baptême. Le Christ a donné ce signe pascal aux apôtres pour que les hommes qui le désirent, qui veulent adhérer au salut, puissent en vivre dés aujourd'hui et ainsi se préparer à entrer dans la vie éternelle. Quand Il a confié cela aux disciples, Il ne leur a pas donné la totalité du mystère pascal, c'est impossible, c'est son bien propre. Il leur a donné le pouvoir d'accomplir, par ces gestes et ces paroles sacramentelles, cette grâce du mystère pascal dont Il est Lui-même le seul gérant.

Ce baptême est donné pour la vie chrétienne sur la terre. Tout homme qui entend parler de Dieu, tout homme qui veut déjà vivre du salut de Dieu est conduit à recevoir le signe visible, le signe fécond de cette grâce pascale à travers le baptême, mais quand on a dit ceci, on n'a pas tout dit. On n'entre pas dans la vie éternelle sans baptême, c'est-à-dire sans passer, d'une façon ou d'une autre, dans la Pâque du Christ, Pour nous chrétiens, cette Pâque du Christ nous est donnée dans le sacrement du baptême, mais tout homme, si ce n'est pendant sa vie terrestre, ce sera sûrement au moment de sa mort, devra entrer dans le baptême du Christ, devra adhérer par l'événement même de sa mort s'il n'a pas été croyant, devra adhé­rer à la mort du Christ pour entrer dans sa Résurrec­tion, Il n'entrera pas dans le paradis par le baptême sacramentel que le Christ a confié au ministère des apôtres, mais il entrera au paradis par le baptême pas­cal du Christ. D'une façon ou d'une autre c'est la même grâce. Pour les chrétiens, elle est donnée dans le baptême afin d'en vivre tous les jours. Pour ceux qui ne sont pas croyants, elle sera proposée dans le mystère de leur mort, comme grâce pascale pour eux. Et là, il faudra qu'ils y adhérent pour être sauvés, si­non ils seront condamnés.

Il faut bien comprendre cette parole qui n'est pas une condamnation à propos de ceux qui sont croyants ou pas durant cette vie terrestre, mais de ceux qui adhéreront ou pas au moment de la décision ultime de la vie éternelle. C'est pour cela aussi qu'il ne faut pas réduire l'expression de saint Cyprien : "Hors de l'Église point de salut !" à l'Église institutionnelle, à l'Église que nous sommes, à l'Église qui est en train de se former à travers la vie des chrétiens, à travers leur chair, à travers la communauté chrétienne, à tra­vers la communion des frères du Christ et des fils de Dieu qui le savent et qui en vivent. L'Église ce n'est pas que ceux-là. C'est la partie visible de l'iceberg que nous sommes, nous.

Mais il y a une partie invisible qui est le mystère du Christ dans sa Pâque. Cette par­tie invisible, elle est au ciel, elle est dans la Jérusalem nouvelle, elle est le Christ Lui-même dans la gloire qui attire tout homme à Lui. L'Église sur la terre est cette partie qui est déjà attachée, qui fait déjà corps avec le corps glorieux du Christ et qui en vit par l'eu­charistie, mais il y a aussi toute une partie, floue, invi­sible, indistincte que Dieu seul connaît parce que cela se passe dans le cœur des hommes, qui est aussi l'Église, mais l'Église qui n'est pas encore née, qui n'a pas encore pris sa forme, l'Église qui est en attente, j'allais dire qui est en gestation, en période de gros­sesse. Elle n'est pas encore née à la vie visible, elle n'est pas encore née au corps même de la vie du Christ.

Mais tout homme ne peut être sauvé que dans l'Église, mais pas uniquement dans l'Église qui est sur la terre, mais de toute façon, dans l'Église qui sera récapitulée dans la vie éternelle, au moment du juge­ment final.

Vous voyez que ces phrases extrêmement fortes, précises, nettes, qui peuvent, au premier abord, choquer et nous faire traiter de racistes au niveau reli­gieux, véhiculent un mystère beaucoup plus grand que ce que le Christ nous a donné de vivre. L'Église est sacramentelle, elle est le support de tous les autres sacrements pour la vie terrestre de ceux qui croient et qui veulent chercher Dieu. Mais la grâce de Dieu ne se réduit pas aux moyens qu'Il a donnés à l'Église pour que nous en vivions, Elle est beaucoup plus large, elle est beaucoup plus surabondante. Et tout homme, d'une façon ou d'une autre, à la fin de sa vie, aura à se prononcer vis-à-vis du baptême mystérieux qu'est la Pâque du Christ pour entrer dans l'Église qui sera son corps glorieux, homme parfait, composé de tous les membres que nous sommes et qui seront atta­chés à Lui pour l'éternité.

Que cette eucharistie nous fasse pénétrer de façon plus profonde dans cette réalité mystérieuse de la foi, du baptême, de la Pâque du Christ qui est le pivot de toute explication de notre baptême sacra­mentel ou de l'accueil dans le Royaume de ceux qui ne sont pas visiblement croyants sur la terre, et aussi que cette eucharistie provoque notre prière pour que le plus possible d'hommes puissent déjà connaître ce salut et en vivre, grâce au ministère de l'Église et au baptême que le Christ a confié à cette Église afin que le salut soit déjà annoncé et proposé à tous les hom­mes.

 

AMEN

 
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