AU FIL DES HOMELIES

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LA COURSE AU TOMBEAU

Ac 4, 23-31 ; Mc 16, 9-18

Mercredi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(9 avril 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

I

l y a dans cette course des femmes, alors qu'il fait encore nuit, vers le tombeau, une sorte de contra­diction interne, tout au moins un paradoxe, je dirais même que cette course au tombeau comporte en elle-même ce que l'on pourrait considérer comme son propre échec. Ces quelques femmes courent au tom­beau pour achever l'ensevelissement du corps du Sei­gneur, pour compléter ce qu'elles avaient fait en hâte quelques heures après la mort du Christ, c'est-à-dire l'embaumement, ceci afin que tout soit fait avant le coucher du soleil avant la fête de Pâque, avant le sab­bat. Elles arrivent donc avec leurs aromates pour faire une œuvre, mais elles ne savent pas comment elles vont la faire. Et c'est curieux parce qu'on a l'impres­sion qu'elles sont intérieurement persuadées qu'elles ne pourront pas l'accomplir, d'où leur question : "Qui nous roulera la pierre ?" car elles savent que cette pierre est lourde et fort grande.

Or malgré cette question sans réponse, elles courent quand même au tombeau. Et je crois que cette course vers le tombeau, qui n'a humainement aucune chance de se réaliser, (la pierre est trop grande pour elles), c'est l'image même de notre foi. Vous le savez aussi bien que moi, notre vie est peuplée de questions, par rapport à la vie elle-même, par rapport à notre existence, et plus encore par rapport au sens de notre vie, par rapport à Dieu et à sa présence. Et au fond, bien souvent, nos questions reviennent à celles-ci : "Qui nous roulera la pierre ?" pour que nous puis­sions entrer dans ce que nous cherchons, rencontrer Dieu, en soi sortir de ce cercle infernal de la nuit et de la mort. Qui pourra faire en sorte que nous puissions aller au-delà de ce qui nous paraît un mur infranchis­sable, celui de la mort en fin de compte, mais aussi celui de toutes nos questions sur notre propre finitude et sur la finitude du monde ? Nous sommes vraiment comme ces femmes qui, dans la nuit, courons vers un lieu, le tombeau, sans savoir comment nous pourrons y entrer.

Or il n'y a pas d'autre réponse à la question de ces femmes que la Résurrection du Christ elle-même puisqu'elles vont arriver pour s'apercevoir que leur question était une fausse question, que leur question était simplement raisonnement humain, événementiel, matériel. Elles vont arriver au tombeau pour s'aperce­voir que non seulement la pierre est roulée, première constatation heureuse, mais deuxièmement que le tombeau est vide. Donc elles ne pourront même pas accomplir cette œuvre de piété et de respect qu'était l'ensevelissement du Christ. D'où leur stupéfaction, d'où leur étonnement, d'où leur peur et leur crainte.

Et bien, je crois que nous aussi, il nous faut marcher vers notre but, marcher vers le sens de notre vie, vers l'au-delà de notre finitude, avec ces ques­tions, c'est vrai : "Qui nous roulera la pierre ?" mais aussi probablement avec cette sorte de foi, un petit peu diffuse, un petit peu confuse peut-être, dans le cœur des femmes, cette certitude que, de toute façon, elles y arriveraient quand même, sans savoir com­ment, et que la réponse à toutes nos interrogations ne doit pas nous empêcher de marcher. Ce n'est pas parce que nos questions n'ont pas de réponse qu'il ne faut pas avancer. Et justement, en avançant, nous découvrirons quelle est la réponse : c'est la présence du Christ Ressuscité. Non pas comme une explica­tion, non pas comme une solution, qui serait à ce moment-là de l'ordre humain, matériel donc sans im­portance, mais qui est simplement sa réponse, sa pré­sence. Et sa présence qu'on ne peut pas saisir mais qui est là. Car en définitive, si la pierre est roulée, c'est pour que les femmes s'aperçoivent que le tombeau n'est pas si vide que cela. Il est vide du corps mort du Christ, mais il est rempli de sa présence de Ressus­cité.

Et notre propre vie à nous, nos tombeaux, nos tombes, tous ces endroits secrets, ténébreux de péché, de mort, ne sont pas vides de sens, au contraire, ils sont remplis de la présence de Dieu. Et c'est de cette présence-là qu'il faut vivre, au-delà de nos questions, au-delà de nos interrogations, au-delà de notre nuit. Comme le dit saint Paul : "La foi est une course" et il faut courir quelle que soit la nuit, sans faire que nos questions nous empêchent de courir, car elles portent en elles-mêmes comme le critère même de notre foi, puisque si nous courons vers le tombeau, nous pou­vons humainement nous poser : "Qui nous roulera la pierre," mais nous savons dans la foi, que la pierre est non seulement roulée, que non seulement le tombeau est vide, mais que le Christ est présent. Et ce qui faisait courir ces femmes, c'était déjà le dynamisme intérieur de la Résurrection du Christ qui remplissait le tombeau mais qui remplissait aussi déjà leur propre cœur, leur propre cœur plein de ténèbres et d'interro­gations.

Oui, c'est cela aussi vivre de la Résurrection du Christ : courir avec nos propres questions, mais en sachant que le Christ habite ces questions et que Lui-même, par sa présence, par son visage, par sa vie, saura leur donner des réponses qui nous étonnerons. "Elles furent étonnées, elles furent bouleversées." C'est d'étonnement en étonnement, de bouleversement en bouleversement, que nous pourrons comprendre que probablement beaucoup de nos interrogations, de nos questions, sont, dans la foi, pas tout à fait justes, et qu'il faut davantage s'étonner de la présence du Christ que de se scandaliser de son apparente absence.

 

AMEN

 

 

 
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