AU FIL DES HOMELIES

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EST-IL RESSUSCITÉ ?

Ac 4, 32-37 ; Mt 28, 8 + 11-15

Mercredi de la deuxième semaine de Pâques – C

(14 avril 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Stèle funéraire

 

C

her Xavier, vous tous, amis et famille d'Odette, Jean-Louis, depuis que le Christ est ressuscité, bien sûr, nous, cela fait deux mille ans qu'on entend cette histoire, on en connaît la fin comme si l'on relisait toujours le même roman policier, et que l'on connaissait déjà par avance celui qui est le coupable. Peut-être que l'on y est trop habitué et qu'il faut quelquefois jeter un regard neuf sur la résurrection ? Quand on jette un regard neuf sur la résurrection, non seulement parce que nous avons traversé des événements qui nous ont touché de plein fouet, la mort de votre mère Odette, ou la mort d'une épouse, nous voyons les choses différemment. Peut-être que nous nous laissons aller en écoutant plus précisément les autres textes qui nous racontent le fait que la résurrection n'a pas été acceptée par tout le monde.

Depuis plusieurs jours et notamment hier, nous avons entendu la finale de l'évangile de Marc où il n'est question que d'incrédulité. L'incrédulité : ce n'est pas possible la résurrection ! Aujourd'hui, nous n'avons pas affaire à l'incrédulité du corps constitué des amis et des disciples et de la famille de Jésus, mais nous avons affaire à un autre problème du côté des détracteurs de Jésus : les grands-prêtres, qui cherchent une solution vraisemblable pour expliquer la disparition du corps de Jésus. Là on n'est plus dans l'incrédulité, on est dans la recherche d'un vraisemblable rationnel, d'une histoire qui pourrait nous permettre de comprendre comment cela s'est passé mais par la raison et la vraisemblance. Et nous avons entendu cette histoire : ce sont les disciples de Jésus qui sont venus dans la nuit et ont volé le corps de Jésus.

Nous avons écouté en première lecture un extrait du livre des Actes. Là aussi, hier, ce n'était pas évident. Pierre et Jean subissent les persécutions de la part des autorités de l'époque. Au milieu de tout cela, il y a ce petit passage de ce jour, de cette communauté que forment ces hommes et ces femmes, la première génération d'incrédules (je le dis exprès comme cela), de ceux qui se posent la question de savoir si vraiment il est ressuscité ? Ils ne savent pas où ils en sont, ils ont du mal à croire, ils sont persécutés, tout devrait les inciter à abandonner, et en même temps, ils sont ensemble, ils constituent une communauté, ils prient et ils partagent leurs biens. Le corps du Christ a disparu, plus précisément il va disparaître le jeudi de l'Ascension quand il va remonter définitivement auprès du Père, mais déjà la disparition du corps du Christ dans la tombe laisse place à la constitution d'un autre corps : le corps de la communauté, le corps de la famille, le corps des amis.

Oui, le Christ se laisse de moins en moins voir, certes vous me direz qu'il apparaît encore aux apôtres, il va manger du poisson sur le bord du lac de Galilée, il se laisse toucher par Thomas. Mais nous constatons dans les Actes des apôtres, cette chose extraordinaire, en fait ce qui compte aux yeux de Dieu ce n'est pas tant que son Fils aille se faire toucher par Thomas ou les autres, ce qui compte aux yeux de Dieu à ce moment-là, c'est l'apparition d'un autre corps qui est l'Église et qui est constitué à la fois de ceux qui ont accompagné Jésus sur les chemins de Galilée, et aussi d'autres qui vont s'adjoindre au groupe. Et je crois, que nous qui sommes réunis avec Odette, nous sommes confrontés à ce même problème. Il y a la disparition physique du corps de celle que nous avons aimé, que nous avons accompagné tout au long de notre vie, qui a su vous aimer en vous apportant son amour de mère. Nous sommes face, non pas à un tombeau vide, mais à un cercueil qui est bien là, mais nous sommes face à un autre vide et nous nous demandons comment ce vide va laisser place à autre chose?

Je crois que la lecture des Actes aujourd'hui est là pour nous aider, pour nous indiquer un chemin, c'est le chemin de la communauté, de la famille, c'est le chemin de ceux qui croient que la mort n'est pas définitive, mais que le corps physique laisse place à une autre présence. Bien sûr, cette présence, elle vous est personnelle et liée à vos propres souvenirs, à des événements que vous êtes seuls à avoir vécu avec votre amie, votre mère, votre épouse. Mais ce qui est beau dans les Actes des apôtres, c'est que la communauté de ceux qui ont connu Jésus laisse place et intègre aussi des personnes qui n'ont pas connu le Christ plus personnellement. C'est un indice pour chacun d'entre nous, c'est un indice pour ceux qui ont perdu un être cher de découvrir qu'après la mort de ceux que nous avons aimé il y a une place dans notre vie aussi pour des gens qui n'ont peut-être pas nécessairement connu cette personne et avec qui nous pouvons former une communauté.

Je finirai là-dessus : ce corps que nous formons, c'est le corps de la prière, c'est ce que font les apôtres avec la mère de Jésus et bien d'autres personnes. Mais cette prière se concrétise à travers quelque chose d'encore plus fort, c'est le partage des biens. La prière c'est bien, mais la fécondité de la prière et de la vie qui est plus forte que la mort, cette fécondité apparaît dans une vie de communion, une vie d'amour et une vie de partage.

Cher Xavier, Jean-Louis, pour tous ceux et celles qui ont perdu un être cher, je crois que c'est cela que nous découvrons quand envers et contre tout, nous venons quand même prier à l'église. Quand on vient prier à l'église, on espère et c'est normal, toujours retrouver quelque chose du défunt ou de la défunte, des souvenirs plus précis qui s'aiguisent paradoxalement par la mort de ceux que nous avons connu, et en venant dans cette église, nous y trouvons le prolongement du corps de ceux que nous avons aimé. Le prolongement de ce corps, c'est d'abord le Christ mort et ressuscité et qui sur l'autel donne son corps et sa vie : c'est l'eucharistie, c'est ce magnifique récit des pèlerins d'Emmaüs qui découvrent que le Christ ressuscité c'est ce pain et ce vin partagés. C'est le prolongement de cette eucharistie partagée ensemble, c'est la communauté.

C'est ma prière en tant que frère, que vous puissiez dans cette eucharistie, puiser la grâce et la force de Dieu pour découvrir que même si la mort est douloureuse, encore plus quand elle est subite, que vous puissiez découvrir dans cette eucharistie le prolongement de cette vie féconde, et vous intégrer à ce corps qui est l'Église, le corps des croyants.

 

AMEN

 

 

 
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