AU FIL DES HOMELIES

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ANNONCE ET COLPORTAGE

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11-15

Mercredi de la deuxième semaine de Pâques – B

(26 avril 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a préhension de ce petit passage d’évangile peut se saisir comme un récit tout couturé, puisque pendant l’octave de Pâques, nous avons lu l’apparition aux saintes femmes, Jésus vient à leur rencontre, Il les salue et Jésus leur dit : "Ne craignez point. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là, ils me verront". Juste après, vient le passage de la supercherie des chefs juifs que nous venons d’entendre, ensuite, ce sera l’apparition de Jésus en Galilée en la mission universelle des apôtres.

Ce que nous avons lu, que vient-il faire là ? saint Matthieu prend garde d’avertir ses auditeurs qu’on annonce la résurrection de Jésus, mais qu’il y a d’autres personnes qui racontent une tout autre histoire : on a enlevé le corps de Jésus. On l’a simplement subtilisé, justement pour faire croire à la résurrection. Cela n’a pas beaucoup d’intérêt pour nous aujourd’hui, quoique … certains ne se sont pas privés de penser et de dire que même si le Christ n’était pas ressuscité, même si on ne le trouvait pas ressuscité, ce n’est pas grave, parce qu’en soi, son message est important, cela a de la valeur et de l’intérêt, et il faut le transmettre. Mais c’est une valeur comme une idée finalement. Quand on y réfléchit, nous n’avons pas à transmettre une idée, mais nous avons à laisser une personne passer à travers nous pour se dire elle-même.

Quand on regarde le texte de près, on est saisi par deux choses vraiment différentes : d’une part, l’annonce de la résurrection, d’autre part, le fait de raconter une chose. En effet, Jésus dit aux femmes au verset 10 : "Ne craignez point, allez annoncer à mes frères, et ils me verront". Tandis que le verset 11 va non plus parler d’annonce, mais quelques hommes, c’est-à-dire ces soldats qui étaient près du tombeau, le récit nous dit qu’ils ont vu l’apparition de l’ange, qu’ils ont été saisis d’effroi et sont restés comme morts : "Ils vinrent rapporter", premier verbe. Du coup, tout le monde tient une réunion, et ils donnent aux soldats une forte somme d’argent en leur disant : "Vous direz ceci : si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargerons de l’amadouer. Les soldats ayant pris l’argent exécutèrent la consigne". Cette histoire s’est colportée ! Rapporter, vous direz, arriver aux oreilles du gouverneur, histoire colportée. Et l’on va reprendre ensuite saint Matthieu dans l’apparition aux disciples où c’est l’annonce qui doit être faite.

S’arrêter comme cela aux verbes, montre bien la différence entre le récit qui précède la supercherie et celui qui le suit. Dans l’un qui l’ouvre, et l’autre qui le ferme, c’est toujours l’annonce. Dans l’autre, ce sont des dires et des racontars, des histoires, des choses que l’on colporte. Ce qui veut bien dire qu’on n’est pas dans la même situation, et qu’en somme, la résurrection est un fait qui transcende l’histoire, on ne peut pas dire à tel moment précis, c’est la résurrection. Il n’y a pas de preuves historiques. Il n’y a de la résurrection comme preuves, si l’on cherche une preuve, que l’écho, la résonance, l’onde de choc, de l’événement. Du coup, c’est bien une position différente selon que l’on scrute de manière historique ou scientifique l’événement, que l’on accepte l’annonce du message ce qui induit une attitude de foi.

Pour nous aujourd’hui, cela peut simplement nous poser une question. Quand nous voulons "transmettre la foi", ou "être en mission", est-ce que nous passons d’abord notre temps à raconter une histoire, ou à laisser passer comme une harmonie d’une corde qui fait résonner d’autres cordes, et ce depuis l’événement de la résurrection jusqu’à aujourd’hui, en passant par tous les visages des chrétiens de tout temps et de tous lieux, ce message et cette annonce donnés par l’ange et par Jésus lui-même. La question peut se poser parce que dans un cas, on est éventuellement dans la mission : "Je vous envoie comme celui qui m’a envoyé", dans l’autre cas, on est dans le prosélytisme, c’est-à-dire il faut faire des chrétiens à tout prix, il faut sauver la nation française etc … Ce sont vraiment deux attitudes différentes. Cela montre donc une chose essentielle, d’un côté il y a une sorte d’appropriation, de maîtrise du message, finalement, c’est comme si on considérait que le christianisme est une bonne idée supérieure qu’il faudrait comme imposer de l’extérieur, qu’il faudrait raconter, et de l’autre, il y a une attitude intérieure qui est de se laisser toucher soi-même par ce message et c’est ce qui nous fait courir, nous met en route vers l’autre, pour être à son service.

Lorsque Jésus-Christ dit justement aux disciples : "Allez, de toutes les nations, faites des disciples", c’est exactement sur cette thématique-là qu’Il leur donne d’être et de vivre, comme des serviteurs de sa Parole, parce que cette Parole s’est mise elle-même à leur service, et qu’ainsi par la Parole, ils peuvent servir leurs frères et non pas essayer d’avoir un pouvoir sur eux.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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