AU FIL DES HOMELIES

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LES PETITES SYNTHÈSES

Ac 5, 12-16 ; Mt 28, 8+11-15

Mercredi de la deuxième semaine de Pâques – B

(18 avril 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le Christ entouré des apôtres, serviteurs.

F

rères et sœurs, lorsque Luc rédige les Actes des apôtres, surtout dans la première partie qui relate tout ce qui se passe à Jérusalem, il a le souci de nous montrer comment la communauté, l'Église, se construit à la suite de la Pâque, de la mort et de la résurrection du Christ. Selon les procédés très utiles et courants à l'époque, quand on veut raconter une histoire, on a d'abord des épisodes que l'on a collectionnés de ci de là, un certain nombre de témoignages, ce sont généralement des petits récits qui évoquent la prédication, l'arrestation de Pierre et de Jean, le jour de la Pentecôte, etc … et en même temps, pour donner une sorte de liant au récit, pour soutenir l'attention du lecteur, entre deux histoires on insère une petite synthèse. On appelle cela généralement des "sommaires", ce sont des textes qui ne racontent rien mais ils font le point sur les récits qui viennent d'être exposés.

Ces petites synthèses sont intéressantes à plus d'un titre. La première commence par : "La multitude des croyants". C'est une synthèse sur la vie de la communauté elle-même et elle est définie comme n'ayant "qu'un cœur et qu'une âme". C'est la manière de Luc de commenter, d'expliquer et de rendre tangible ce que plus tard dans le Credo, nous dirons : "Je crois en l'église une". C'est le fait que la multitude, pour nous aujourd'hui ce n'est plus tellement parlant, mais la multitude, c'est "multi", beaucoup, et qui ne faisaient qu'un. Il y a toute la diversité des membres croyants qui ne fait qu'un cœur et qu'une âme. Pour Luc, c'est le mystère de l'Église.

Après, il développe que dans cette multitude "nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun". C'était la manière de montrer l'unité, c'est une sorte d'idéologie "communiste", c'est-à-dire que les membres de la communauté de Jérusalem avaient décidé que tout ce qu'ils avaient comme propriétés foncières devenait commun. Cela a mal tourné pour la communauté de Jérusalem, puisque à force de dilapider le patrimoine foncier ils n'avaient plus rien comme moyen de production, et la première communauté de Jérusalem a terminé en soupe populaire. Puisqu'on avait tout vendu "nul n'était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des terres les vendaient et en déposaient le fruit aux pieds des apôtres". Cela n'a pas duré très longtemps. C'est le récit de la communauté, c'est aussi l'histoire de l'Église qui est le lieu de la communauté des "multi", de tous les membres très différents les uns des autres, et qui ne faisaient qu'un.

Luc juge nécessaire après l'épisode d'Ananie et Saphire, de rajouter encore une autre petite synthèse et qui est celle que nous avons lu tout à l'heure. Elle est différente de la précédente et son sens est tout autre. La première concerne l'unité de l'Église entre tous les croyants. La deuxième synthèse concerne le groupe des apôtres : "Par les mains des apôtres, il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple". Ce qui va être souligné, c'est le rôle des apôtres. Pour que la communauté soit une, il faut des serviteurs au service de cette unité. Comment va se traduire pour Luc ce service de la communauté ? c'est essentiellement par les guérisons, la prolongation de l'action du Christ telle qu'il l'a réalisée au cours de son ministère. Les miracles sont le signe de la venue du Royaume et là par le groupe des douze et non plus par la multitude, s'opèrent les guérisons qui petit à petit ont ce rôle de polarisation. Aussitôt après on dit : "à tel point qu'on allait transporter les malades dans les rues et on les déposait sur des lits ou des grabats pour que tout au moins l'ombre de Pierre à son passage, couvrit l'un d'eux". La multitude accourait de Jérusalem et des campagnes environnantes.

Luc articule très consciemment et très finement la manière dont se constitue la communauté. Il y a l'ensemble des croyants, la multitude des croyants, c'est elle qui est une, qui est l'Église. Mais à l'intérieur pour que l'Église soit l'Église, il faut qu'il y ait les apôtres lesquels dans ce passage-là sont comme marqués par le fait qu'ils sont les instruments qui répercutent l'action que le Christ avait commencé dans sa vie publique. C'est ce qui deviendra le ministère dans l'Église. Evidemment, ce n'est pas encore aussi précis et rigoureux qu'un traité de Droit Canon, mais c'est bien ce que Luc veut dire : la communauté ne peut pas vivre d'elle-même uniquement sur une sorte de spontanéité de rassemblement. Il faut qu'il y ait le ministère apostolique, les apôtres qui soient là comme les signes, les moyens de cette unité et de cette construction de l'Église.

A travers ces deux petites synthèses, c'est une sorte de premier traité de l'Église qui nous est donné. Cela répercute quelque chose de très important : au moment du Concile Vatican II, quand on avait préparé le schéma sur l'Église on avait commencé par le chapitre sur le pape, les évêques, la hiérarchie, et ensuite le peuple de Dieu. Ce qui a été la révolution au moment du Concile Vatican II c'est que les Pères, quand ils ont reçu ce schéma ont envoyé immédiatement le projet à la refonte et ont demandé que l'on fasse d'abord un chapitre sur la communauté chrétienne, l'Église comme rassemblement de tous les croyants à l'intérieur de laquelle certains sont désignés, choisis par Dieu pour être les serviteurs de cette unité.

Ils n'ont fait qu'obéir à l'ordre des deux petites synthèses de saint Luc disant que l'Église existe d'abord comme Église, comme unité de la multitude des croyants, et cette Église existe avec ceux que Dieu choisit pour être les serviteurs et les messagers de cette unité.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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