AU FIL DES HOMELIES

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LA PETITE PENTECÔTE

Ac 5, 12-16

(6 mai 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Brienne-le-chateau : l'auteur des Actes

Q

uelques réflexions sur le texte de la première lecture que nous avons entendu tout à l'heure dans les Actes des Apôtres. Dans le jargon des exégètes, on appelle cela la "petite Pentecôte". Pierre et Jean ont été arrêtés, ils ont comparu devant le Sanhédrin, ils ont témoigné du Christ, ils n'ont pas encore souffert comme dans la deuxième arrestation, mais ils ont témoigné pour le nom du Christ, et finalement, le Sanhédrin les a relâchés. Dès qu'ils sont libres, ils reviennent au milieu des leurs dans la communauté de Jérusalem, et là, tous ensemble, ils font une prière. Cette prière est basée sur le psaume deuxième : "Les rois de la terre se sont mis en campagne, les magistrats se sont assemblés de concert, contre le Seigneur et contre son Oint, contre le Christ". Pourquoi citait-on si volontiers ce texte ? Parce qu'on interprétait : "les rois de la terre" comme Hérode, et les "magistrats", on interprétait Ponce-Pilate. C'est d'ailleurs exactement ce que Luc rapporte après, c'est vraiment qu'ils se sont rassemblés dans cette ville contre son Saint serviteur Jésus que Dieu a oint, Hérode et Ponce-Pilate. Ainsi, dans cette affaire de la culpabilité supposée du peuple juif par rapport à la mort de Jésus, la première communauté avait une idée très précise : ce n'était pas comme on le dit souvent, les juifs qui avaient mis à mort Jésus, mais c'était Hérode et Ponce-Pilate. Pour la première communauté chrétienne, le problème de la mort de Jésus n'était pas une affaire uniquement interne au peuple juif, mais c'était une affaire dans laquelle les païens eux-mêmes en la personne de Ponce-Pilate avaient trempé. Cela veut dire une chose très importante, que face au problème de la mort du Christ, personne ne peut désigner de coupable, c'est le problème de l'universalité du péché par rapport à la mort du Christ. Il n'y a pas, ce qu'on a dit parfois, dans le Nouveau Testament, il y a une lucidité très forte sur cette affaire, Luc souligne à travers la citation du psaume deuxième, la responsabilité universelle aussi bien partagée par les juifs que par les païens, de la mort de Jésus.

Quand ils ont prié, ils sortent du Sanhédrin qui leur a enjoint de se taire, et ils auraient pu charger ce groupe de tous les malheurs du monde et de la mort du Christ, or ils ne le font pas et dans leur prière ils disent que c'est tout le monde qui est responsable de la mort du Christ. Ensuite, ils invoquent la puissance de Dieu, en demandant au Seigneur : "Considère Seigneur leurs menaces, afin de permettre à tes serviteurs d'annoncer ta Parole en toute assurance". Apparemment, cette communauté est verrouillée par l'interdit de parler venant du Sanhédrin, mais ils demandent la liberté de parole, et après avoir prié ainsi, la réponse vient immédiatement: "Tandis qu'ils priaient, l'endroit où ils se trouvaient réunis, trembla". C'est comme l'équivalent du tonnerre à la Pentecôte, "tous furent alors remplis du Saint Esprit et se mirent à annoncer la Parole de Dieu avec assurance", c'est comme dans le chapitre deuxième. Pour Luc, lui-même l'épisode de la Pentecôte n'est pas l'évènement unique qui aurait lieu le jour même de la fête des moissons, mais c'est un épisode "à répétition". Pour Luc, on pourrait dire que les Actes des apôtres sont bâtis sur ces pentecôtes successives qui poussent petit à petit la première communauté d'abord à avoir le droit à la Parole, ensuite de s'aventurer en-dehors des frontières de Jérusalem, puis, hors des frontières d'Israël, et enfin d'aller jusque chez les païens.

C'est intéressant à travers ce petit texte nous voyons ce qui est le cœur même de la préoccupation de Luc dans le récit des Actes : l'universalité du Salut à cause de l'universalité du péché. Parce que tous sont pécheurs par rapport à la mort du Christ, tous ont besoin de salut et tous ont besoin de la prédication et de l'annonce du salut. Donc tous ont besoin de la liberté de parole, et l'Esprit Saint est comme celui qui permet que dans la société humaine où tout est verrouillé par le péché, il est capable de faire trembler et ébranler les bases de cette vieille société qui n'en finit pas de mourir dans son péché, et dans son incompréhension et dans son refus de Dieu, pour petit à petit libérer la parole des apôtres et annoncer le salut à toutes les nations.

Je crois qu'aujourd'hui encore, et c'est dans la bonne théologie de saint Luc et des apôtres, nous sommes ceux qui vivons comme des témoins de la puissance de cette parole et du Saint Esprit qui nous rend libres pour témoigner de la vérité du salut au cœur de ce monde.

 

AMEN


 

 

 
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