AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PROXIMITÉ DE DIEU NOUS FAIT PEUR

Ac 5, 17-21+25-33 ; Jn 6, 16-27

Samedi de la deuxième semaine du temps pascal – B

(24 avril 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

I

 

l y a dans cet évangile un double mouvement, double mouvement qui cependant ne véhicule pas la même valeur. Vous l'avez remarqué, d'abord, ce premier mouvement c'est celui de Jésus qui, la nuit, vient rejoindre ses disciples, alors qu'ils sont sur la mer et qu'ils se battent avec la tempête. Ce premier mouvement de Jésus vers les disciples engendre chez eux la peur, la crainte, comme s'ils étaient plus sûrs, plus tranquilles lorsqu'ils étaient seuls, même dans les difficultés. Le deuxième mouvement, c'est celui de la foule qui cherche le Christ, qui cherche le Christ parce que Jésus leur a donné une nourriture apparemment et réellement matérielle. Et cette foule est capable de parcourir une grande distance malgré sa fatigue de faire le tour du lac, d'aller sur l'autre rive pour y chercher et y trouver Jésus, et en attendre sûrement quelque chose pour leur réconfort humain.

Je crois que ce double mouvement de Jésus vers les disciples et de la foule vers Jésus, c'est un petit peu la situation paradoxale, parfois contradictoire de notre propre vie spirituelle. Nous sommes un petit peu comme la foule et nous avons dans notre cœur un certain nombre de besoins, de besoins humains, de soif humaine qui sont nobles d'ailleurs, qui sont vrais. Tout ce qui vient de notre cœur d'homme n'est pas mauvais, bien au contraire. Mais souvent nous nous trompons de signes. Nous avons l'impression et comme la certitude que la foi, que la recherche de Dieu va nous donner, va nous combler, va venir dans notre cœur, dans notre vie humaine pour nous rassasier de ce qui nous manque. Peut-être pas d'abord des biens matériels, mais ces biens du cœur, ces biens de l'esprit, cette confiance, cette paix, cet optimisme, j'allais dire purement humain.

Or il ne s'agit pas d'abord de cela, car ce qui est premier, c'est la venue du Christ vers nous, comme Il est venu, le soir, pendant la nuit, vers les disciples. Vous avez remarqué que cette venue du Christ, lorsqu'Il s'est approché d'eux, les a effrayés. Et c'est vrai que dans notre vie spirituelle, lorsqu'à un moment ou à l'autre nous avons comme la certitude que le Christ s'approche de nous, nous avons peur, car la proximité du Christ est toujours très exigeante. Les apôtres savaient bien que si le Christ venait vers eux, ce n'était pas pour les laisser tranquilles. Mais c'était pour leur révéler quelque chose qui allait les conduire un peu plus loin qu'eux-mêmes, un peu plus loin que la barque de leur vie, un peu plus loin que les signes matériels. Il nous est arrivé sûrement à tous ces moments où la proximité du Christ, l'approche du Christ se fait plus claire, plus tangible et donc plus exigeante et nous avons parfois un peu peur. Nous sommes un peu pris de panique car il va falloir y répondre, répondre à cette exigence. Et cette exigence de la présence du Christ est toujours, un appauvrissement de nous-mêmes, car il s'agit de compter d'abord sur lui et non pas sur nous.

Alors, demandons au Seigneur qui, aujourd'hui encore, va s'approcher de nous, de ne pas avoir un cœur de commerçant. Nous te cherchons pour ceci ou pour cela, alors Tu nous le donnes. Ce n'est pas comme cela que le Seigneur agit. Il vient Lui-même, quand Il veut, dans notre vie, pour se donner et se donner gratuitement. Parfois notre vie spirituelle, c'est un petit peu un jeu avec Lui. Nous le cherchons, nous l'appelons, nous avons envie d'être avec Lui et qu'Il soit proche de nous. Mais quand Il s'approche de Lui-même, sans que nous le lui ayons demandé, nous avons peur et parfois nous refusons sa présence et nous nous cachons en nous-mêmes, nous nous cachons dans nos besoins humains, dans nos réalités matérielles.

Je voudrais vous rappeler que cette approche de Dieu est tout à fait gratuite et que notre désir de Dieu doit être également gratuit. Nous n'avons rien à attendre de Dieu, simplement Lui-même. Comme Lui attend de nous que nous soyons nous-mêmes pour Lui. C'est déjà ce qu'avait annoncé le prophète Isaïe lorsqu'il disait au chapitre 55 de son livre : "Vous tous qui êtes altérés, venez vers l'eau. Même si vous n'avez pas d'argent, venez. Achetez du blé, consommez sans argent et sans payer du pain et du lait. Pourquoi dépenser votre argent pour autre chose que du pain votre salaire pour ce qui ne rassasie pas ? Ecoutez-moi et vous mangerez de bonnes choses. Vous vous délecterez de mets succulents. Prêtez l'oreille et venez à moi. Écoutez et votre âme vivra."

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public