AU FIL DES HOMELIES

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JE M'EN VAIS... JE REVIENDRAI

Ac 10, 34-43 ; Jn 14, 1-6

Samedi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(12 avril 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est en plein drame de sa Passion que le Christ donne à ses disciples ces quelques paroles d'apaisement. Il vient de leur laver les pieds, annoncer la trahison de Judas, Il leur a annoncé son départ et Il a fait comprendre à Pierre que, dans sa fougue, celui-ci irait jusqu'à le trahir avant l'aurore. Et dans son cœur le Christ sait où va le mener l'accom­plissement de la volonté de Dieu son Père. Et déjà, dans sa chair, cette chair qu'Il vient de livrer comme corps et comme sang versé, déjà Il comprend et Il vit les affres de la Passion et de la mort.

C'est donc dans ce contexte tout à fait tragi­que que le Christ donne a ses disciples des paroles de paix, des paroles d'espérance et en même temps des paroles qui doivent leur faire comprendre le sens du moment présent qu'ils sont en train de vivre. De fait le Christ leur annonce son départ, mais non pas comme Il l'a fait plusieurs fois, dans le contexte de la passion, de la souffrance. Il leur annonce son départ dans un contexte beaucoup plus proche pour les disciples, parce qu'Il leur dit : "Je pars, oui, mais je pars pour vous."

"Je pars vous préparer une place". Et non seulement je pars vous préparer une place dans la demeure du Père, mais dès que je l'aurai préparée, Je reviendrai ! "Je reviendrai pour vous prendre avec Moi, afin que là où Je suis, vous soyez aussi !"

Ces quelques paroles du Christ, Saint Jean les recevra dans la révélation de l'Apocalypse, une nou­velle fois lorsqu'il écrira, de la part de Celui qui l'ins­pire, à l'Église de Laodicée : "Voici ! Je me tiens à la porte et je frappe ! Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui et lui près de Moi !"

Ainsi cette parole du Christ et l'écho de l'Apocalypse nous font comprendre une des dimen­sions de la Résurrection du Christ. C'est d'abord qu'Il ne nous a pas quittes, même si sa Résurrection, son Ascension L'ont enlevé des circonstances physiques, terrestres, visibles. Même si nous ne Le voyons pas agir dans le monde d'aujourd'hui, comme nous le sou­haiterions ou comme nous le voudrions, le Christ est cependant présent. Et Il est présent comme Quelqu'un qui vient, pas simplement comme Quelqu'un qui est là pour attendre que la fin du monde arrive. Il est présent comme Quelqu'un qui vient, comme Quelqu'un qui frappe, comme Quelqu'un qui vient nous chercher pour nous prendre avec Lui. Il ne faudrait pas lire de façon erronée cette expression "pour nous prendre avec Lui" dans le sens où nous dirions que le Christ vient nous prendre, vient nous enlever de cette vie, vient nous faire mourir comme on l'entend parfois, et nous prendre avec Lui au paradis. Non ! Cela est une explication qui est fausse.

Par contre, Il nous désigne par là, ce qui est le sens même de notre vie quotidienne. Dans notre vie quotidienne, il y a d'abord, de notre part, un grand trouble. Nous sommes beaucoup trop troublés, nous sommes beaucoup trop angoissés. Et c'est pour cela que Jésus nous dit : "Ne vous troublez pas ! Ne crai­gnez pas !" Peut-être que les circonstances que vous vivez, peut-être que les événements de votre vie sont cause de trouble, d'inquiétude ou d'angoisse, mais vous ne vivez pas au rythme de vos événements ; mais vos raisons de vivre ne sont pas dans les évène­ments, vos raisons de croire ne sont pas dans les évè­nements. Toutes ces raisons sont en Moi et en ma présence près de vous, et en une présence qui, sans cesse, vous interpelle, frappe à la porte de votre cœur. Mais est-ce que votre cœur n'est pas refermé sur lui-même, sur ses propres pleurs, sur ses propres angois­ses, sur ses propres péchés, sur ses propres infidélités.

Nous sommes donc beaucoup trop troublés, et nous sommes beaucoup trop ignorants. C'est pour cela que Jésus dit à Thomas : "Je suis le Chemin, la vérité et la vie !" Thomas lui dit : Ce que Tu nous racontes, c'est très beau, mais cela ne nous sert pas à grand chose parce qu'on ne sait pas où Tu vas. Thomas fait preuve d'ignorance, d'incompréhension. Cela nous arrive souvent. Nous aussi qui vivons pourtant en plein dans le mystère de Dieu et qui le célébrons de dimanche en dimanche, il nous arrive de dire à Dieu, dans notre cœur : "Nous ne savons pas ni qui Tu es, ni ce que Tu fais, ni où Tu es !" Et, il n'y a pas d'autre réponse à ces questions que la présence de Jésus Res­suscité, au milieu de nous, qui sans cesse, frappe à notre porte pour nous faire entrer dans sa vie. Il dit : "Je frapperai ! Et celui qui ouvrira, J'entrerai et Je me mettrai à table avec lui !"

Il faut prendre ces paroles comme une invita­tion à ouvrir vraiment notre vie et notre cœur à la présence du Christ Ressuscité. Et c'est dans cette in­timité de sa présence de Ressuscité que tomberont nos fausses angoisses, nos fausses craintes ou nos peurs et que nous pourrons connaître, reconnaître qu'Il est le chemin, qu'Il est la vie, qu'Il est la vérité et nous dis­cernerons alors, dans notre propre vie qu'en vivant avec Lui cette intimité-là, nous contemplons le Père et que le Père est déjà en nous.

Nous comprendrons aussi que le Père nous attire et que, avant de nous accueillir dans la-place qui nous est réservée, Il attend que nous puissions L'ac­cueillir dans une place qu'Il se prépare et qui est notre vie, qui est notre cœur et tout notre être.

Que cette eucharistie où le Christ vient frap­per à votre porte pour s'asseoir à votre table et souper avec vous, soit vraiment une réponse à cette parole du Christ : "Que votre cœur ne se trouble pas ! Je viens pour que vous soyez avec Moi !"

 

AMEN

 

 

 
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