AU FIL DES HOMELIES

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JE CROIS EN LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

1 Co 15, 12-19 ; Jn 6, 16-24

Samedi de la deuxième semaine du temps pascal – A

(28 avril 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous avons commencé à lire en même temps le chapitre sixième de saint Jean où l'eucha­ristie est annoncée par le miracle de la mul­tiplication des pains dont Jésus expliquera le sens à la foule et révélera quel est le pain véritable qu'Il est venu nous apporter, et le chapitre quinzième de la première épître aux Corinthiens qui est un long texte de saint Paul sur la résurrection des morts.

Dans le passage d'aujourd'hui, saint Paul traite étroitement la résurrection du Christ et notre propre résurrection au point que si nous ne croyons pas effectivement à la résurrection des morts, à la résurrection de notre chair, nous ne pouvons pas, se­lon saint Paul, croire à la résurrection du Christ. C'est dire donc que la vérité essentielle de notre foi, la Ré­surrection du Christ qui est l'objet de cette fête de Pâque au centre de notre vie chrétienne, et rien de notre vie chrétienne n'est en dehors de ce rayonne­ment de la Résurrection du Christ, cet élément fon­damental de notre foi est lié à la foi en la résurrection de notre propre chair.

Cette vérité du Credo est pourtant une de cel­les que beaucoup n'arrivent pas à admettre et mettent en doute. Comment est-il possible que notre chair ressuscite ? N'est-il pas évident que l'on enferme des cadavres dans le tombeau et qu'ils sont détruits dans la terre et retournent à la matière générale ? Comment pouvons-nous dire qu'il y a une résurrection de notre chair ? N'est-ce pas trop beau pour être vrai ? N'est-ce pas une imagination primitive d'une foi encore naïve qui pourrait penser que d'une façon un peu magique le corps reprendrait vie ? Croire à une vie après la mort, certes. Croire que l'âme ne disparaît pas avec le der­nier soupir, cela l'ensemble des croyants l'accepte volontiers. Cela fait partie de la foi chrétienne nor­male et pas seulement chrétienne d'ailleurs, car d'au­tres religions en sont persuadées. Croire que tout ne finit pas avec la mort est normal, mais s'imaginer que cette vie éternelle n'intéresse pas seulement la partie spirituelle qu'est notre âme mais aussi la partie char­nelle, cette défroque corporelle que souvent nous traî­nons avec une certaine impatience, pourquoi croire à une chose aussi invraisemblable ? aussi inexplicable ? Comment faire concorder cette résurrection de la chair avec ce que nous savons de la biologie ? Quel sera le fonctionnement d'un corps ressuscité ? Comme le corps ressuscité se nourrira-t-il, ou aura-t-il besoin de se nourrir ? le nombre des questions que nous pou­vons nous poser à ce sujet est considérable et, de fait, conduit beaucoup d'entre nous à ce doute sur ce point précis.

Pourtant saint Paul est formel : "Comment pourrait-il y avoir résurrection pour le corps du Christ s'il n'y a pas résurrection pour notre corps à nous ?" le corps du Christ est un corps comme le nô­tre et la résurrection de la chair du Christ est "les prémices de notre propre résurrection". Si le Christ a pris un corps de chair semblable au nôtre, c'est pour que, à travers sa propre chair, à travers son corps, toutes nos chairs soient elles-mêmes assumées, soient elles-mêmes sauvées, selon ce principe fondamental que les Pères de l'Église ont sans cesse répété, que "rien ne peut être sauvé sinon ce que le Christ a as­sumé en Lui." C'est pour cela qu'Il a pris une âme humaine, c'est pour cela qu'Il a pris un corps humain, c'est pour cela qu'Il a pris une personnalité humaine complète, c'est pour que nous soyons sauvés en Lui. Si donc le Christ a pris un corps et si ce corps, après être mort sur la croix, est ressuscité, c'est précisément pour nous dire que notre corps ressuscitera et pour nous montrer qu'il y a, en Lui, une force capable de ressusciter nos corps.

Alors le comment nous échappe, bien sûr, car nous ne pouvons pas savoir ce que sera le fonction­nement d'un corps ressuscité, pas plus d'ailleurs que les apôtres n'ont pu savoir quel était le fonctionne­ment du corps du Christ ressuscité. Mais c'était bien un corps. Le Christ leur a dit : "Touchez-Moi !" Il a dit à Thomas : "Mets ta main dans mon côté ! Mets ton doigt dans les trous de mes mains " Il a dit aux apôtres : "Voyez que je ne suis pas un esprit". Et de­vant leur doute Il leur a dit : "Donnez-Moi quelque chose à manger !" le Christ a multiplié pour eux les preuves et les affirmations de la réalité de sa chair ressuscitée pour nous faire bien comprendre que notre chair ressuscitera. Le comment, nous ne le savons pas, mais le pourquoi est très clair. Notre chair doit ressusciter. Si nous considérons notre chair, notre corps comme une unité négligeable, comme une dé­froque sans valeur, si nous pensons que l'âme suffit, que l'intelligence, l'esprit, le cœur, appelez cela comme vous le voulez, est l'essentiel de nous-même, nous nous trompons. Aux yeux de Dieu notre corps a autant de valeur que notre âme parce que notre corps aussi bien que notre âme sont sortis des mains de Dieu, ont été créés par Dieu. Or Dieu ne crée rien pour rien. Si Dieu nous crée c'est comme un jaillisse­ment de son amour, c'est une surabondance de l'amour qui remplit son cœur qui crée le monde.

Dieu donc crée par amour notre âme comme notre corps qui sont profondément inséparables et forment notre être tout entier, C'est une violence que la mort par laquelle l'âme est arrachée à sa chair. Cet être de chair, d'âme, d'esprit que nous sommes, que Dieu a créé par amour, Il ne l'a pas créé pour qu'il disparaisse à tout jamais. L'amour de Dieu est un amour sans repentance. Quand Il le donne c'est pour de bon, c'est vraiment pour que nous vivions de cet amour. C'est pour cela que Dieu ne veut pas que ce corps disparaisse pas plus qu'Il ne veut que dispa­raisse notre personnalité. Nous sommes faits pour vi­vre de l'amour de Dieu et pour en vivre non pas avec la fine pointe de notre esprit mais aussi avec cette chair, avec ce corps humble mais merveilleux aussi, tente merveilleuse de l'amour de Dieu.

Ceci est une raison suffisante pour que nous croyions à la résurrection de la chair même si nous ne savons pas vraiment comment cela fonctionnera se cela se produira. Cela n'a pas tellement d'importance. Il y a tellement de choses que nous ne savons pas, tellement de choses que nous découvrirons plus tard, émerveillés. Alors, fortifions notre foi en la résurrection de notre propre chair, en la résurrection de notre être tout entier, entraîné à la suite du Christ qui nous ouvre le chemin.

 

 

AMEN

 

 
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