AU FIL DES HOMELIES

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QUAND RADOTE NOTRE VIEILLE MÈRE ÉGLISE ...

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

Samedi de la deuxième semaine de Pâques – A

(20 avril 1996)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous nous répétons beaucoup dans nos prédi­cations : c'est même l'art de l'Église que de répéter toujours les mêmes choses.

A l'eucharistie, il n'y a ni surprise ni suspense. Vous en connaissez début et fin : Il est mort et ressus­cité pour chacun de nous. Point à la ligne. Il suffirait de l'entendre dire une fois, deux ou trois fois peut-être, pour bien le comprendre et pour en vivre, pour vivre ce qu'on a à vivre en sachant cela. Mais il y a, dans la vie, des choses qu'on aime puis qu'on cesse d'aimer parce qu'elles ne nous parlent plus, qu'elles ont moins d'écho en nous. Nous avons l'impression de changer, de nous modifier, et je pense aux événe­ments qui ont secoué votre famille et qui, pour cer­tains, ont radicalement transformé votre façon de vous positionner. Nous bougeons, nous vieillissons, nous mûrissons, nous nous transformons. Le point fixe, le centre de gravité autour duquel nous tournons et vers lequel nous revenons, c'est ce mystère de Dieu. L'Église ne bouge pas dans ce qu'elle a à dire. C'est nous qui avons un aperçu différent selon notre âge, selon les événements qui ont secoué notre vie, selon nos blessures, selon notre cœur. Pour ma part, et j'ai­merais vous le confier, je ne suis pas encore lassé de la fécondité des mystères que Dieu me laisse entrevoir alors que moi-même j'évolue. La façon dont Il réagit, ce qu'Il est dans ce monde à travers le mystère de sa Pâque, de sa mort et de sa Résurrection, apportent à ce que je vis, et Dieu sait que je bouge et que vous bougez ! un éclairage toujours nouveau, un enseigne­ment inédit.

Si l'Église répète, ce n'est pas parce qu'elle n'a rien à dire, mais c'est parce qu'en disant toujours cette même chose, elle nous permet d'aller plus loin là où nous en sommes. Si l'Église reprend sans arrêt ce même refrain qui, d'année en année, égrène la vie du Christ, sa mort et sa Résurrection, c'est que ces évé­nements-là, qui sont les événements d'un autre, n'ont pas cessé d'enseigner ce que nous sommes et d'éclai­rer d'une façon nouvelle et unique ce que nous vivons. On n'a jamais fini de confronter l'être ancien qui est en nous avec ce Christ, cette Église, cette Parole.

Quand on relit cet évangile que l'on connaît par cœur et que l'on finit par oublier, peut se dégager quelque chose que nous n'avions pas encore entendu parce que nous n'étions pas capables de l'entendre à l'époque où nous l'avions entendu. Il faut une sorte de patience pour que les choses pénètrent en nous comme s'est imprégnée l'huile sur la tête de Marie-Jeanne. Nous sommes parfumés de l'enseignement du Christ Dans le fait que l'Église répète année après année ce même mystère, nous apprenons qu'il y a une patience de Dieu qui veut que nous nous asseyons, le Christ dit dans l'évangile : "faites-les asseoir", pour attendre d'être un jour assez grands, assez larges, as­sez profonds, pour étreindre tout ce que Dieu a à nous dire de Lui. Souvent nous ne savons pas que nous avançons, nous oublions que nous avons faim de Lui, et il faut un événement impromptu et parfois doulou­reux, souvent douloureux, pour briser notre indépen­dance intérieure, notre satisfaction personnelle, pour nous faire découvrir que nous sommes en route vers quelqu'un, vers un mystère, que nous n'avons pas fini de marcher, mais que nous nous sommes peut-être arrêtés en chemin pour flâner en nous disant que tout cela ne nous parle plus ni ne nous dit plus rien. Un événement extérieur vient alors aiguillonner, exciter notre âme qui s'était un peu endormie sur elle-même et qui de nouveau trouve, je fais le souhait, et je me mets dans ceux à qui je l'adresse, que nous ayons toujours à cœur de revenir auprès de cette Église qui forcément, j'en suis certain, aura toujours une parole à dire à l'événement que nous venons de vivre. Si nous baptisons un enfant, si nous célébrons l'anniversaire de ceux qui nous ont quittés, c'est parce que nous sentons bien que tout n'est pas encore dit et que quel­que chose de nouveau doit encore se dire, quelque chose que nos oreilles trop habituées à une parole usée n'entendent pas. Lorsque nous déposons en un enfant toute l'immensité du mystère de Dieu, c'est que nous sentons qu'il n'aura pas assez de sa vie pour en épuiser le contenu, comme nous-mêmes sentons bien que nous n'avons jamais fini de nous confronter à ce mystère et que nous grandissons chaque fois que nous y sommes confrontés.

Frères et sœurs, Dieu prend le temps de nous enseigner, de nous dire Qui Il est, prenons ce temps avec Lui. Nous sommes invités à nous asseoir. Le sacrement est le lieu de cette invitation. Ces quelques morceaux de pain sont peu de chose contre le mal du monde, contre la vieillesse ou les événements doulou­reux, mais ils sont largement suffisants. Nous n'au­rons jamais fini d'épuiser ces cinq pains d'orge et ces deux poissons qui, à profusion, donnent à notre vie, aujourd'hui encore et demain, le pain de l'éternité et de l'immortalité. Acceptons d'être touchés, ouverts par celui qui n'a jamais cessé de frapper à la porte de no­tre cœur et qui nous dit : "Voici, c'est moi. Je viens vers toi."

 

 

AMEN

 

 
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