AU FIL DES HOMELIES

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APRÈS CELA …

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

Samedi de la deuxième semaine de Pâques – C

(17 avril 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La multiplication des pains : mosaïque à Tabgha

 

A

près cela … ainsi commençait l'évangile que nous venons de lire. Mais après cela … quoi ? Au chapitre cinquième de l'évangile selon saint Jean, il est question de la guérison de l'infirme à la piscine de Bezatha que vous connaissez. C'est cet épisode au cours duquel cet infirme qui ne peut pas se plonger tout seul dans l'eau qui bouillonne, cet épisode nous raconte comment le Christ le prend, lui dit : "Lève-toi prends ton grabat et marche". Et l'homme fut guéri. Suit tout un long discours sur l'œuvre du Fils, et qui se termine par ces mots : "Ne pensez pas que c'est moi qui vous accuserai auprès du Père, mais votre accusateur ce sera Moïse en qui vous mettez votre espoir car si vous croyez en Moïse, vous me croiriez aussi car c'est de moi qu'il a écrit".

Après cela … ce n'est pas uniquement le chapitre sixième qui suit bien sûr le chapitre cinquième, "après cela" pour nous aujourd'hui, c'est après la résurrection. Cette célébration que nous avons eue il y a une quinzaine de jours qui bouleverse à la fois notre vie mais aussi l'écoute de l'Écriture.

"Après cela … Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée". Et s'ensuit la narration de la multiplication des pains. Comment ne pas voir à travers la multiplication des pains une sorte de décalque de ce qu'Israël a vécu dans le désert : le passage de la mer, le passage de la mort à la vie, puis ce long moment dans le désert qui se caractérise par la tentation. De fait, dans le décalque que nous venons d'entendre, Jésus dit que "c'est de moi qu'il a écrit", c'est-à-dire Moïse a écrit à mon sujet dans le livre de l'Exode, et dans ce décalque, il est aussi question de tentation. La tentation d'abord de la part de Philippe qui se dit qu'au niveau humain, il est impossible de nourrir toute cette foule qui est dans la montagne. André qui ne répond pas d'abord par une tentation, André qui part tout simplement de la réalité, si infime soit-elle : il y a un enfant. Qu'est-ce donc qu'un enfant surtout dans l'Antiquité ? Pas grand-chose. Un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons. Autant dire rien pour toute la foule. Il y a la tentation de baisser les bras avant même d'affronter le moment, c'est en tout cas ce que pense Philippe et même à un moindre degré André. Et puis, il y a la tentation après le signe de la part de la foule de s'emparer de Jésus pour le faire roi. On peut d'ailleurs retrouver dans ce geste la tentation d'Israël qui vient d'être sauvé de la mort, de vouloir ériger ce fameux taureau en l'honneur de celui qui les a sauvés de la mort, c'est-à-dire Dieu. Il y a la tentation du Christ peut-être de se laisser prendre par cette foule et d'être fait roi. Jésus résiste à cette tentation, il se rend compte qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, alors, il s'enfuit de nouveau dans la montagne, tout seul.

Jésus disait à Jérusalem au bord de la piscine de Bezatha que ce que Moïse écrivait c'était de lui-même. Dans la multiplication des pains, il y a à la fois un décalque de ce que Israël a vécu lors de sa Pâque et de la traversée du désert, et en même temps, ce décalque ne recouvre pas tout à fait ce que le Christ vit avec cette foule au bord du lac de Tibériade. Il est question de cette herbe verte, nous ne sommes plus dans le désert, cette herbe c'est cette herbe qui est promise au troupeau quand il arrive à bon terme, c'est déjà une vision eschatologique, une vision du paradis. Là aussi par rapport à ce qui se passe dans le désert, vous savez qu'on ne peut pas garder la manne sinon elle se corrompt, là Jésus dit : "recueillez les morceaux qu restent, afin que rien ne soit perdu".

Même s'il est juste de voir en Jésus une sorte de nouveau Moïse, selon une certaine familiarité et une représentation de Moïse en tant que berger du peuple d'Israël, le faisant passer de l'Égypte en terre promise, Jésus est à la fois ce Moïse et en même temps, il déborde cette Écriture, il déborde ce récit. Jésus n'est pas simplement le nouveau Moïse, Jésus est le Fils de Dieu.

Le dernier débordement que l'on peut voir dans ces deux récits, c'est le fait que dans le récit de la Genèse, il y a une différence entre le don et le donateur. Le donateur donne une nourriture, la manne, mais les deux choses sont distinctes. Dans le récit que nous venons d'entendre, avec le geste même du Christ qui prend le pain et qui le rompt, le don et le donateur sont maintenant identiques. Dieu ne fait pas simplement le don d'un substitut, d'une nourriture ou d'une boisson, cette eau qui coule du rocher, c'est Dieu lui-même qui se donne entièrement à son peuple, à sa future Église.

Frères et sœurs, que ce récit que nous venons d'entendre soit pour nous l'occasion de découvrir à la fois les racines de la Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ enracinée dans l'histoire d'Israël, mais en même temps que nous sachions être à l'écoute de cette nouveauté : le Christ, c'est Dieu lui-même qui se donne en nourriture et en boisson à son peuple. Notre tentation serait de prendre Jésus, de l'attraper pour nous-même, ce serait d'imaginer qu'à partir de maintenant, Dieu fait tout à notre place. Non, le livre des Actes des apôtres que nous lisons en ce temps pascal nous rappelle cette symbiose entre le don à la foi du corps et du sang du Christ, le don de l'Esprit, mais aussi le fait que Dieu nous laisse à chacun notre place pour que nous puissions être coopérateurs de l'édification de l'Église et de notre communauté ecclésiale. Frères et sœurs, que ce temps que nos prenons à midi pour recevoir le corps et le sang du Christ soit pour nous l'occasion à la fois de nous nourrir mais aussi de nourrir notre communauté.

 

 

AMEN

 

 
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