AU FIL DES HOMELIES

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VIVRE LA PRÉSENCE

Col 1, 2429 ; Mt 22, 34-40

Samedi de la deuxième semaine de Pâques – B

(21 avril 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Paul écrivant ses épîtres

F

rères et sœurs, cette épître aux Colossiens dont nous avons lu un extrait est sans doute un texte dans lequel Paul exprime avec le plus de lyrisme et le plus d'étonnement la manière dont il conçoit son ministère. Quand on s'imagine le ministère de Paul, on pense que c'est très simple, comme persécuteur il est parti avec des lettres et des mandats d'arrêt pour empêcher l'extension du christianisme vers la ville de Damas qui est à quatre-vingt kilomètres de Jérusalem à peu près, il lui est arrivé cette divine surprise de l'apparition du Christ ressuscité qui lui a demandé pourquoi Paul le persécutait, et il lui a donné cette mission très claire d'aller vers les païens. Après on se dit qu'il a réfléchi un petit moment, quelques années, et ensuite qu'il s'est mis à parcourir le bassin méditerranéen en annonçant l'évangile et la parole de Dieu à ce monde encore terriblement païen, dans sa pensée dans sa religiosité mais également dans sa manière de vivre et ses mœurs. Cela nous paraît tout simple. On imagine toujours que la voie de Paul est toute tracée et qu'il n'avait que cela à faire !

Mais Paul est quand même surpris. Les Colossiens sont de bons vieux païens grecs, ils ne savent rien de la Bible, rien de la Loi, ils ont conservé des coutumes très liées à la société païenne, et il faut tout leur expliquer. C'est ce qui motive le ton de la lettre. Paul est émerveillé d'une part par les païens qui pour lui, par définition ne comprennent pratiquement rien. La preuve c'est qu'un peu plus tard, il est obligé de vitupérer contre le fait qu'ils ont encore des calendriers inspirés de leurs pratiques païennes, et peut-être de leurs pratiques juives un peu déviantes, et tout cela les conduit à des comportements et des attitudes qui n'ont rien à voir avec le Christ. Paul se moque ouvertement de tout cela. Mais Paul en même temps est émerveillé par le fait qu'ils accueillent la parole de Dieu. Cela mérite d'être souligné.

Paul est un juif de pure race, et pour lui l'accueil de la parole de Dieu à travers sa formation pharisienne, c'est l'accueil de la Loi. C'est un accueil normal, naturel, il a été baigné là-dedans depuis son enfance, il a fait ses études à Jérusalem auprès de Gamaliel. Tout cela va de soi et là, il se trouve tout à coup devant des communautés qui n'ont jamais lu la parole de Dieu, qui n'ont jamais soupçonné que Dieu avait pu se révéler. Il s'étonne que l'évangélisation marche. Il dit que ce mystère resté caché depuis les siècles et qui maintenant vient d'être manifesté à ses saints, cela étonne Paul. Le pari invraisemblable, le défi que Dieu avait mis entre ses mains en l'envoyant auprès des païens, il s'étonne que cela marche. C'est pour cela qu'il dit : Dieu a bien voulu vous faire connaître à vous les Colossiens de quelle gloire est riche ce mystère, c'est le Christ parmi vous dans l'espérance de la gloire, ce Christ nous vous l'annonçons.

Ce qui fait l'émerveillement de Paul c'est le fait que ce qu'il a jusque-là accompli presque par devoir, puisqu'il en avait reçu la mission, tout à coup il s'aperçoit que ces communautés chrétiennes nouvelles qu'il vient de fonder, découvrent ce qu'est vraiment la parole de Dieu. Ils découvrent cette parole à travers l'annonce de la présence du Christ. C'est cela qui fait sans doute l'originalité de la parole de Paul par rapport à toute la prédication juive ambiante qu'il devait y avoir dans le bassin méditerranéen. Les juifs étaient assez prosélytes, ils formaient des communautés extrêmement vivantes et qui fascinaient un certain nombre de païens. Mais pour les juifs, cette parole c'était une évidence, et il était sans doute très difficile pour les païens de comprendre qu'il fallait appliquer la parole parce que c'était la Loi, des préceptes, des coutumes différentes de leur vie à eux les païens. Et Paul s'aperçoit qu'en annonçant le Christ ressuscité, à ce moment-là la parole qu'il annonce et qui est essentiellement l'Ancien Testament, tout à coup, "ça prend".

Cela devrait nous faire beaucoup réfléchir. Surtout aujourd'hui, nous considérons que le fer de lance de la mission, de l'évangélisation, est d'annoncer la parole. C'est vrai d'une certaine manière, il faut que la parole de Dieu soit quelque chose qui fasse partie de notre compagnonnage habituel au jour le jour de notre recherche de Dieu. Si cette parole de Dieu n'est pas reçue dans la reconnaissance de la présence du Christ ressuscité au milieu de la communauté, alors elle risque de ne pas s'enraciner aussi profondément qu'elle le devrait. Je pense que c'est cela la marque d'une communauté vivante aujourd'hui. Ce n'est pas simplement une communauté dans laquelle chacun lirait la Bible, un chapitre tous les jours et appliquerait bien tous les préceptes de l'Écriture. C'est cette même parole de Dieu mais lue dans la présence du ressuscité au milieu de la communauté.

Vous comprenez pourquoi encore aujourd'hui, dans la célébration eucharistique, on commence toujours par la lecture de la parole de Dieu. Pourquoi ? non pas parce que la parole nous introduirait au mystère eucharistique qu'on célèbre après, mais parce que nous sommes rassemblés pour accueillir le mystère de la présence, et à ce moment-là la parole va avoir une résonance, une profondeur et un enracinement qu'on ne soupçonne pas. C'est ce que Paul veut faire comprendre à ces Colossiens. Il veut leur faire comprendre que l'intelligence qu'ils ont de la parole de Dieu ne vient pas de leur capacité intellectuelle supérieure pour écouter des textes étranges qu'ils n'avaient jamais entendu. Cette intelligence vient de ce que le Christ vivant ressuscité est au milieu d'eux. C'est cela tout le dynamisme de la prédication de Paul et de tous ceux qui l'ont suivi par la suite : c'est la reconnaissance d'abord du Christ ressuscité au milieu de la communauté qui ensuite permet d'accueillir sa parole, de la méditer, de l'approfondir, d'en vivre. Ce qui est premier, c'est la présence du Christ ressuscité.

Frères et sœurs, que cette parole de Paul, le Christ parmi vous, sa gloire parmi vous, soit le point de repère de notre propre vie chrétienne, de notre communauté chrétienne. Elle n'existe d'abord que par la présence du Christ et à la lumière de cette présence, selon la vitalité de cette présence et la manière dont nous l'accueillons alors, l'approfondissement et la reconnaissance de la parole du Christ prendront véritablement chair et racine en nous.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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