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LE BAPTEME D'EAU AUTHENTIFIE PAR LE BAPTEME DE L'ESPRIT

Ac 8, 1b-8 + 14-17 ; Jn 12, 35-36c
Vendredi 8 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

 

Frères et Sœurs, ce texte des Actes des Apôtres est sans doute un des textes importants pour comprendre les questions difficiles de la mise en place de l’évangélisation dans les premières décennies de la vie de l’Église. Il est question donc de l’évangélisation de la Samarie. Or, la Samarie n’est plus considérée à l’époque comme un élément constituant la réalité du peuple juif. Quand il y a les premières antennes qui commencent à évangéliser en Samarie, il faut donc une sorte de contrôle. C’est la raison pour laquelle les disciples de Jérusalem vont en Samarie : pour s’assurer que l’évangile est authentiquement proclamé. C’est sans doute en rapport avec le thème de la Samaritaine que nous avons vu lors du troisième dimanche de Carême où Jésus dit aux disciples que la moisson est déjà blanche et que l’été est proche. Ca signifie que l’évangélisation de la Samarie s’est plutôt bien passée que ça, en tout cas, a reçu un accueil peut-être plus favorable au départ que ce qu’il y a eu en Judée. On voit très bien dans les actes des apôtres que la mission est vraiment centrifuge, et que même s’il y a la communauté de Jérusalem à proprement parler qui reste, en fait Luc nous décrit surtout des mouvements qui partent dans toutes les directions, vers Gaza avec Philippe qui va baptiser l’eunuque de la reine d’Ethiopie, vers Lydda et Joppé avec Pierre qui va finalement à Césarée pour y baptiser Corneille et sa famille, et vers la Samarie. 

 

 

Curieusement, on dit des samaritains qu’ils ont entendu parler de l’évangile mais qu’ils n’ont pas reçu l’Esprit saint. Et on leur donne le  baptême de l’Esprit saint. Alors on se demande « Qu’ont-ils reçu avant ? ». Rien n’empêche de penser car on n’en sait pas plus que ça et Luc n’est pas très bavard sur la question, que Jésus lorsqu’il est passé parfois dans la Samarie, que ses disciples l’accompagnaient et qu’il envoyait baptiser aussi dans cette région-là, rien n’exclut de penser qu’un certain nombre de petits points de départ de communautés samaritaines avaient reçu le baptême avant la mort et la résurrection du Christ. Et que par conséquent, ce baptême était ou pouvait être assimilé aux mêmes formes de baptême que le baptême de Jean. 

 

 

Mais le coup reviendra plus tard à Ephèse. Dans les actes, deux fois on distingue deux sortes de baptême : une sorte de baptême qu’on appelle grosso modo le baptême de Jean, et par ailleurs un autre baptême qui est le baptême dans l’esprit. Entre nous soit dit, c’est ce qui a occasionné chez un certain nombre de charismatiques aujourd’hui à cause d’une lecture à mon avis un peu fondamentaliste des Actes des apôtres, de croire qu’on pouvait donner des baptêmes dans l’Esprit et j’allais dire, ça ne mange pas de pain, on le donne autant qu’on veut. Je ne crois pas que cette pratique soit véritablement orthodoxe. Enfin, si on devait éplucher toutes les pratiques qui ont cours dans l’Eglise actuellement, on n’en sortirait pas. Toujours est-il que ça ne veut pas dire qu’il y ait un baptême dans l’Esprit spécifique. Alors, qu’est ce que ça veut dire ? Je crois qu’il y a une clef importante, c’est que quand vous le lisez, vous savez que Luc a écrit un premier livre, c’est le livre de ce qu’à fait Jésus, et un deuxième livre, le livre de ce qu’ont fait les apôtres. Qu’est ce qu’à fait Jésus ? Il a reçu lui-même le baptême d’eau et il a envoyé ses disciples proclamer et accomplir ce baptême d’eau. Durant sa vie, c’est le baptême de l’eau. Par quoi commencent les actes des apôtres ? Par le don de l’Esprit au cénacle, un peu comme si les apôtres qui avaient peut-être reçu le baptême d’eau, on ne nous le dit pas, recevaient ensuite le baptême d’esprit, mais non pas comme un plus, comme autre chose ou comme un autre baptême mais comme l’achèvement du premier baptême qu’ils avaient reçu. 

 

 

Et, chose curieuse, on constate donc une sorte de symétrie radicale entre les deux textes : le texte de l’évangile de Jean et le texte des Actes. Premièrement un baptême d’eau. Jésus reçoit le baptême d’eau et ensuite on voit que d’autres personnes reçoivent le baptême d’eau de Jean ; ensuite, les Actes des apôtres, nous parlent d’un baptême d’esprit qui est celui que les Samaritains n’ont pas reçu … Alors, comme je le disais, ça ne veut pas dire nécessairement qu’il faut couper ou séparer les deux baptêmes l’un de l’autre. Mais que signifie cette dualité, telle que Luc nous la présente ? Elle signifie que quand on reçoit le baptême, on reçoit deux choses : on ne reçoit pas que de l’eau sur le corps. Mais par ce geste contemporain que Jésus a voulu adopter pour lui-même en recevant le baptême de Jean, dans un cadre historique et géographique bien précis, s’inscrit déjà un second geste : un geste qui lui, est indépendant du fait d’être près de Jésus ou pas, sur les bords du Jourdain ou ailleurs. C’est le baptême d’esprit. Ce baptême va être célébré en tous les endroits de Samarie, sur le bord de la côte méditerranéenne puis plus tard dans les différentes communautés du monde romain et hellénistique. 

 

 

Ca veut dire que le baptême a deux dimensions : on est rendu contemporain du Christ, on reçoit le baptême d’eau comme le Christ l’a reçu, mais le baptême d’esprit vient authentifier ce baptême d’eau. Ce n’est pas tout à fait à la même chose. Dans un cas, dans une première dimension, on est rendu contemporain du Christ, c’est ce que saint Paul dit très bien lorsqu’il écrit : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ ou avec le Christ, vous avez revêtu le Christ ». Quand on est baptisé, on est rendu contemporain du Christ qui s’est fait chair dans un endroit précis, Judée, Galilée etc pour annoncer le salut et le communiquer aux hommes. Mais ensuite, pour que ce baptême soit transposable partout, c’est l’Esprit qui fait la transposition. Autrement dit, vous voyez, c’est assez complexe et assez subtil, la théologie du baptême dès le départ. Les chrétiens se sont effectivement posés la question. Comment garantir que le baptême d’eau est bien le même baptême que je reçois en Samarie, en Galilée, à Athènes, à Corinthe, que c’est bien le même que les origines ? Eh bien, je renouvelle le même geste du baptême d’eau, mais ce  qui garantit la vérité du geste de l’eau, c’est le baptême d’esprit. 

 

 

Autrement dit, il y a le double témoignage de l’eau et de l’esprit. Le baptême, ce sont les deux choses en même temps. L’eau est nécessaire pour rappeler et enraciner à des siècles de distance notre acte baptismal, notre entrée dans l’Eglise à travers le geste même que Jésus a voulu, mais il faut que l’Esprit soit donné pour authentifier que c’est bien toujours le même geste qui à travers le temps et à travers l’espace continue à accomplir le salut pour tous les hommes. On ne peut pas essayer d’expliquer baptême d’eau et baptême d’esprit comme deux couches, deux expériences, ou deux choses indépendantes l’une de l’autre, dont la seconde viendrait s’ajouter à la première. Non, en réalité, on est toujours baptisé dans l’eau et c’est pour ça que l’Eglise a toujours tellement insisté sur l’aspect matériel du baptême. On ne peut pas dire à des gens « Je vous baptise en pensée, ou en montrant des diapositives de Jésus-Christ au Jourdain », ça n’a pas de sens. C’est « Je te baptise dans le geste même qui te rend contemporain de ce que le Christ a voulu faire ». Mais ensuite ce qui authentifie ce geste, c’est le don de l’Esprit qui dit qu’effectivement à travers ce geste, tu es non seulement rendu contemporain, mais s’accomplit pour toi aujourd’hui le Salut que le Christ est venu t’apporter quand il est entrée dans sa vie de ministère au service de toute l’humanité, par le don de sa vie, par sa mort et par sa résurrection. 

Que cela nous aide à voir le problème des sacrements et notamment celui du baptême d’une façon un tout peu plus ouverte que simplement le problème de la répétition à l’identique des gestes. En fait, le geste d’un baptême n’est jamais identique dans une célébration et dans une autre. C’est chaque fois le baptême pour quelqu’un. Et ce qui authentifie que ce baptême pour quelqu’un est vraiment le baptême de Jésus Christ, c’est l’Esprit saint, c’est le baptême de l’esprit. Frères et sœurs, qu’en relisant si vous en avez le temps les Actes des apôtres, vous voyiez comment Luc avec beaucoup de finesse et de délicatesse essaie de montrer les sacrements inaugurés dans la vie incarnée, présente parmi nous de Jésus Christ, se démultiplient, se concrétisent dans la vie de chacun d’entre nous de toutes les communautés à travers lesquelles la parole de Dieu et l’annonce du Salut sont proclamées.

 
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