AU FIL DES HOMELIES

PAUVRES SAMARITAINS

Ac 8, 5-8+12+14-17

(23 avril 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Les samaritains

J

'aurais voulu vous proposer une petite méditation sur la première lecture, le texte des Actes des apôtres qui, à mon avis, peut nous donner quelques pistes pour notre vie spirituelle. D'une manière générale, face aux Actes des apôtres, il y a quelques écueils à éviter, et le premier concerne une lecture qui ressemblerait à une autoroute où tout semble couler de soi, il n'y a pas de problèmes, la communauté est absolument parfaite. De temps, quelques membres posent problème, mais tout est réglé rapidement par Dieu. Je pense qu'il ne faut pas attacher trop d'importance à tout cela, car les Actes des apôtres ressembleraient à la Pravda des années soixante. Mais il faut savoir décrypter les Actes, notamment grâce aux lettres de saint Paul. Donc, premier écueil à éviter.

Le deuxième écueil est un peu issu de l'air du temps, on en a beaucoup parlé à la télévision, la lecture des Actes des apôtres peut nous arrêter sur la problématique qui existe entre les chrétiens et les juifs, à la manière dont il y a eu une sorte de bataille théologique au sujet du Salut, une appropriation des textes qui a fait que, comme le dit la formule bien connue, le christianisme est une secte qui a gagné.

Cela dit, on peut oublier un élément très intéressant des Actes des apôtres, et qui est en fait, la Samarie. On oublie trop souvent ce territoire qui est perdu entre la Judée et la Galilée, un peu comme un peuple qui semble s'être perdu entre les juifs dont on dit qu'ils ont un religion licite, c'est-à-dire qu'ils ont l'autorisation de la part de Rome, qui ont comme une sorte de grande antiquité dans leur religion, et face à eux, il y a cette autre religion à peine naissante, comme si la Samarie théologiquement et géographiquement était prise en sandwich entre d'une part le judaïsme et d'autre part le christianisme naissant, et je pense, entre nous soit dit, qu'on ne sait pas très exactement qui sont ces samaritains.

Or, la première lecture nous ouvre des pistes de réflexion concernant les samaritains. Qui sont-ils ? Ils seraient du côté de la théologie et de la spiritualité, mais surtout du côté de ceux qui ont un peu pactisé avec l'ennemi. En effet, les juifs, de retour de Babylone, se considèrent comme étant purs. Ils reviennent avec leurs principes, leurs livres, dans la pureté originelle, dans la recherche d'une religion pure de tout compromis avec les autres religions. C'est le judaïsme qui revient avec Esdras et Néhémie. Ils se retrouvent face à des samaritains qui ont un peu traîné les oreilles et la bouche du côté des idoles, et ils ne sont plus juifs. De l'autre côté, il y a maintenant cette secte naissante : le christianisme autour de Jésus. La Samarie nous dit quelque chose d'intéressant pour notre vie spirituelle et même pour notre vie liturgique. Nous avons souvent une part de nous-mêmes qui a de la peine à se situer, nous cherchons une pureté de notre vie, nous voulons vivre l'évangile de la meilleure manière possible, un peu comme les juifs de retour d'Exil, nous avons envie d'épurer, de faire un grand ménage dans notre vie, et cependant, nous traînons aussi volontiers du côté des samaritains excusez-moi l'expression, pas très catholiques ! Nous laissons traîner nos oreilles ou notre vue vers de choses qui vont abîmer notre vie chrétienne, notre vie spirituelle.

Ce que je trouve très beau, c'est que la mise en place de l'évangile, ne peut pas se passer des samaritains. Nous pensons volontiers que l'évangile va vers des gens dont nous savons qu'ils étaient juifs, du moins aux origines, car j'espère qu'on le sait, il s'agit de Pierre et des autres apôtres, et que l'évangile s'adresse immédiatement aux juifs. Nous oublions ces samaritains. Or, ils représentent d'une certaine manière, la partie non aimée du peuple juif, refusés comme juifs de la part des juifs, et l'évangile qui nous est annoncé n'est pas annoncé uniquement à notre côté "pur" de chrétien, mais aussi à notre côté un peu abîmé, notre côté samaritain. Lisez et repensez à ce si beau texte de la rencontre de Jésus et de la samaritaine, dans l'évangile de Jean.

Dans ce temps pascal, ce temps de l'expansion de l'évangile, nous ne pouvons pas aller directement vers ce que nous aimerions vivre dans la pureté, une sorte de programme que nous nous sommes donné. Nous avons à passer par notre Samarie. Nous avons à accepter que le côté le moins beau, le côté moins intransigeant de notre cœur, soit véritablement repris par l'évangile, soit purifié, afin que ce ne soit pas qu'une partie ne nous-mêmes qui soit évangélisé, mais tout notre être.

Frères et sœurs, pensons au Seigneur qui a voulu passer par la Samarie, et pour qui la première chose à faire avant de parler aux païens, était de parle d'abord au peuple samaritain. Tournons notre oreille vers cette annonce, l'annonce de l'évangile.

 

AMEN


 

 

 
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