AU FIL DES HOMELIES

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 PÉDAGOGIE DE LA FOI

Ga 3, 22-28 ; Jn 12, 44-50

(19 avril 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Delphes : enfance heureuse

N

ous avons entendu tout à l'heure un petit passage de l'épître de Paul aux Galates qui oppose le régime de la Loi à celui de la foi. Pour évoquer le régime de la Loi, Paul prend une image très familière au monde de son époque, celle du pédagogue. Il y a peut-être autour de cette image quelques ambiguïtés qui proviennent de ce qu'aujourd'hui nous n'avons pas de la pédagogie l'idée que s'en faisaient saint Paul et ses lecteurs grecs ou juifs. Pour les anciens, l'instrument pédagogique fondamental, c'est la baguette. Cela a d'ailleurs duré assez longtemps puisque le premier qui a commencé à s'inscrire en faux contre cette méthode pédagogique, c'est Jean-Jacques Rousseau. Pendant très longtemps, on a considéré que les enfants étaient de petites bêtes sauvages qui ne maîtrisent pas leur instinct et n'ont pas la raison totalement épanouie. Il faut dire aussi que la théologie chrétienne du péché originel n'améliorait pas le tableau ! L'enfant ne savait pas raisonner, ne disposait pas du langage (étymologiquement infantes signifie d'ailleurs "qui ne parlent pas, n'ont pas l'usage de la parole "), ne maîtrisait pas ses passions (il crie, pleure, ne gère pas son affectivité) et ne participait pas à la vie de la société (ils étaient enfermés avec leur mère jusqu'au sevrage puis confiés aux pédagogues qui étaient essentiellement des esclaves).

Saint Paul, par conséquent, dit que le régime connu jusque-là, le régime de la Loi juive ou celui de la loi naturelle inscrite dans le cœur des hommes, ce régime fait vivre les hommes sous une loi, une parole qui sont littéralement une baguette donnant des coups lorsqu'on n'obéit pas. Saint Paul explique que sous ce régime-là, les hommes n'étaient pas parvenus à une véritable maturité spirituelle et humaine. Ils n'étaient pas des hommes, mais des enfants. Ils avaient besoin d'un pédagogue les arrêtant à tout moment pour leur dire de ne pas faire ceci ou cela. Chacun des préceptes de la loi est indiqué de manière négative : "tu ne tueras pas …" Par la foi, dit saint Paul, vous avez complètement changé de régime.

Je crois que tout cela montre l'intimité entre la foi et la Résurrection. Quand on est sous la Loi, la baguette est nécessaire pour empêcher de faire des bêtises qui conduiraient, d'une manière ou d'une autre, à la dégradation de la vie en nous, une dégradation telle qu'elle mènerait à la mort. La Loi est une économie de survie. Le pédagogue est celui qui apprend à vivre, c'est-à-dire à ne pas gaspiller ses forces vitales, mais à les canaliser selon la raison pour arriver à avoir une vie épanouie dans la société. Saint Paul dit que quand on entre dans le régime de la foi, on entre dans un régime de liberté. Il n'y a plus à proprement parler de contraintes puisqu'on entre dans une surabondance de vie où l'on partage avec les autres une vie et une communion si profondes, si radicales, si abondantes qu'il n'y a plus ni juifs ni grecs, ni hommes civilisés ni barbares, ni hommes ni femmes, mais seulement des êtres qui, par la Résurrection du Christ, vivent de la liberté désormais parvenue à sa maturité en chacun.

Tant dans l'histoire la plus concrète de la Tradition ecclésiale que dans notre propre histoire personnelle, nous avons très souvent tendance à en revenir au pédagogue. Il y a toujours en nous ce vieil homme qui a des complicités avec la servitude et qui pense que de temps en temps un coup de baguette ferait un bon coup de ménage spirituel.

Cela n'est pas très paulinien. C'est le moins qu'on puisse dire ! Saint Paul nous montre que la Résurrection nous fait radicalement changer de régime. Le christianisme est en cela très dangereux à manipuler car il surestime tellement la liberté et la vie nouvelles données par le Christ et par la Résurrection qu'il nous impose de vivre sans nous retourner en arrière, sans revenir au stade de la pédagogie telle que l'entendaient les juifs et grecs de l'époque.

Alors je crois qu'en ce temps de la Résurrection, nous pouvons nous interroger sur la manière dont se côtoient en notre cœur ces deux registres. Il y a toujours un registre soumis à la pédagogie, ce côté qui veut ruer dans les brancards, qui n'est pas vraiment obéissant au sens de la liberté spirituelle et qui a besoin de temps à autre d'être châtié ou fouetté. Et cependant il y a aussi cette promesse de la vie et de la pleine liberté par la Résurrection du Christ, promesse qui devrait "être le seul point d'appui de toute notre existence et de notre vie dans la Résurrection".

 

AMEN

 

 

 
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