AU FIL DES HOMELIES

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 RESSUSCITER EN JÉSUS-CHRIST

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

(27 avril 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Un jour nouveau se lève

N

 

ous allons lire ces jours-ci pendant la première lecture le premier traité, la première grande explication des communautés chrétiennes sur le mystère de la résurrection. Saint Paul écrit aux Corinthiens, on est au début des années cinquante, vingt ans à peine après l'évènement qui a déclenché l'annonce missionnaire des premiers chrétiens à travers tout le bassin méditerranéen, vingt ans, seulement et il y a encore des témoins que l'on cite : Jacques, Pierre, les douze, cinq cents frères. Vingt ans depuis que la communauté ne cesse de confesser et de célébrer le mystère de Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous, comme le texte que nous avons entendu l'a affirmé. Maintenant, il y a deux mille ans, tout se passe comme si dans notre cœur, la vivacité des débuts s'était un peu émoussée, tout se passe aussi comme s'il y avait une pointe de doute peut-être un peu désabusé, peut-être que les uns et les autres nous avons été confrontés plusieurs fois au mystère de la mort des proches et croire à la résurrection à ce moment-là nous paraît une sorte de consolation difficile à accepter, un discours un peu ancien. En tout cas, cela ne nous rend pas ce qu'on a perdu.

       C'est pourquoi il est bon que nous nous remettions devant ce texte, à la fois pour le comprendre parce que nous avons comme chrétiens le souci de comprendre la Parole de Dieu, et en même temps de le comprendre pour nous. Que peut-il dire encore aujourd'hui, il y a deux mille ans qu'il est écrit, mais aujourd'hui qu'est-ce signifie "ressusciter"? Je voudrais attirer votre attention sur un détail, mais qui est fond est fondamental. Les premiers chrétiens n'ont pas d'abord perçu leur résurrection, comme nous-mêmes aujourd'hui lorsque nous sommes confrontés à la mort, nous ne percevons pas, nous n'imaginons pas, nous échouons à essayer de nous représenter la personne qui vient de mourir comme ressuscitée. C'est d'ailleurs voué à l'échec. Dans ces cas-là quand on veut ressusciter les gens, on finit par les tables tournantes. En fait, nous comme chrétiens, nous croyons vraiment à la résurrection des morts, nous y croyons, mais nous ne pouvons pas y croire directement. C'est ce qui fait que nous sommes démunis et que nous nous sentons insatisfaits devant la proclamation de la foi en la résurrection. Insatisfaits et démunis, parce que nous voudrions d'une certaine manière que ceux qui nous sont chers et qui ont disparu dans la mort, puissent nous manifester une sorte de signe de présence qui nous attesterait que maintenant, ça y est, ils sont bien dans l'autre monde, dans l'au-delà, ressuscités, et que nous avons une sorte de certitude individuelle sur ceux qui nous sont chers au sujet de la résurrection. Dès le début, cela n'a jamais existé de cette façon.

         Car dès le début, on a toujours affirmé la résurrection du Christ, et c'est seulement à l'intérieur de l'affirmation de la résurrection du Christ qu'on peut dire : "nous aussi nous ressusciterons". Ce n'est pas simplement une manière de construire son discours, c'est de dire qu'en réalité nous n'avons accès au mystère de la vie de ceux qui meurent dans le Christ, que par le Christ. Et cela, c'est une originalité radicale. Les chrétiens ne croient pas simplement à une sorte de résurrection que les hommes se fabriqueraient eux-mêmes, ou une résurrection dont nous aurions une sorte de certitude individuelle à propos des uns et des autres, ce n'est pas cela d'abord. C'est d'abord la foi en la puissance de Jésus-Christ ressuscité. Si nous sommes ressuscités c'est par Lui, si nous devons découvrir le mystère de notre propre résurrection ou la résurrection de ceux qui nous sont chers, c'est par Lui et en Lui, pas ailleurs. C'est pour cette raison que saint Paul ne se gêne pas pour le dire, il dit que nous sommes morts "avec" ou "dans" le Christ pour ressusciter "avec" ou "dans" le Christ. Ce n'est pas simplement une formule pieuse. On ne peut pas penser sa propre destinée éternelle en-dehors de ce qui nous a été manifesté dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus. C'est pour cela que la résurrection est objet de foi dans la personne de Jésus-Christ. Elle est objet de foi parce qu'en Celui-là Dieu a manifesté son oeuvre de vie, en Jésus-Christ Dieu a manifesté son pouvoir de faire vivre par l'Esprit. S'il l'a manifesté en Lui, alors cela pourra se manifester en chacun d'entre nous.

       Ce n'est pas exactement la même chose. Nous n'avons accès au mystère de la vie de ceux qui nous sont chers et qui sont entrés dans la mort, que par la médiation de Jésus-Christ Lui-même. Nous n'avons l'espérance ferme de leur résurrection que par la foi en la résurrection de Jésus-Christ, et cela change tout. Ainsi, à ce moment-là la résurrection n'est pas simplement le prolongement en pointillé de la vie d'ici-bas, mais la résurrection est vraiment le don que le Christ fait à ceux qui entrent sur ce chemin de la mort où normalement on ne devrait pas s'en sortir, et dans lequel Dieu, parce qu'il est entré sur ce chemin de la mort vient au-devant de ceux qui sont dans cette mort et leur propose la vie éternelle et la résurrection telles que Lui-même les a vécues pour nous.

       Frères et sœurs, cela reste aussi difficile à croire. Il est très difficile de croire à la résurrection, ce n'est pas un exercice intellectuel, ce ne sont pas des convictions ni un dressage mental, mais cela découle de cette foi confiante que nous pouvons avoir vraiment dans la personne et le destin de Jésus-Christ ressuscité.

       Et c'est dans la mesure où nous percevons la réalité, la vie, le destin de chacun de ceux que nous aimons, et notre propre destin dans la mort et la résurrection du Christ qu'à ce moment-là nous pouvons comprendre ce que cela veut dire ressusciter dans et par le Christ.

        Sinon, d'une manière ou d'une autre nous risquons de vouloir demander ce que Dieu n'a pas voulu donner, nous risquons de vouloir imaginer ce que Dieu n'a pas imaginé pour nous. Mais ce que Dieu veut, c'est que ce soit Lui la source de cette vie éternelle en son Fils Jésus-Christ mort et ressuscité depuis deux mille ans pour nous les hommes et pour notre salut.

        AMEN

 

 

 
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