AU FIL DES HOMELIES

L'EUCHARISTIE EST LA PÂQUE CONTINUÉE

Ac 5, 12-16 ; Jn 6, 1-15

Vendredi de la deuxième semaine du temps pascal – B

(23 avril 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Emmaüs : l'église

L

 

'eucharistie, dont cette multiplication des pains est l'image, la préfiguration, de l'eucharistie qui est bien la Pâque du Christ continuée parmi nous. C'est le sacrifice de la croix de Jésus chaque jour rendu présent, chaque jour réactualisé parmi nous. Chaque jour nous devenons contemporains du Christ dans sa mort. En même temps l'eucharistie, c'est le pain de vie, c'est le corps du Christ vivant aujourd'hui, du Christ ressuscité. C'est cette présence réelle qui, au soir d'Emmaüs, remplace la présence physique du Christ apparaissant aux disciples quand, dans l'auberge, Il rompt le pain et que, tout à coup, leurs yeux le reconnaissent mais Il disparaît à leurs yeux car ils l'ont désormais dans leurs mains ou plus exactement dans leur bouche et dans leur cœur, dans leur corps.

Oui, l'eucharistie, c'est la Pâque du Christ qui se continue à travers tout le temps de l'Église, nous permettant ainsi d'annoncer la mort du Christ, comme dit saint Paul : "jusqu'à ce qu'Il vienne," jusqu'à ce qu'Il revienne reprendre à nos yeux sa place parmi nous afin qu'Il soit tout en tous et que ce pain qui est sa présence au temps de son absence, cesse d'avoir sa nécessité, laissant la place au Christ Lui-même, visible aux yeux ressuscités de notre propre chair quand tout sera accompli.

C'est pourquoi nous allons, pendant quelques jours, méditer avec saint Jean sur l'eucharistie, à partir de ce miracle de la multiplication des pains. Ce miracle, que tous les évangélistes nous ont rapporté, mais saint Jean nous en donne quelques détails qui lui sont propres et que je veux simplement vous faire remarquer. Et les détails propres à saint Jean tournent surtout autour des intermédiaires entre Jésus et la foule, car Jésus ne se contente pas de prendre pitié de cette foule rassemblée autour de Lui et de multiplier les pains pour la nourrir. Jésus se sert d'intermédiaires.

Tout d'abord Il interroge ses disciples, Philippe, et celui-ci ira ensuite demander conseil à André. Il interroge ses disciples sur la manière de s'y prendre pour nourrir cette foule. C'est presque un piège, si l'on peut dire, que Jésus tend à Philippe car Philippe est un peu désemparé : "Où prendrions-nous du pain pour nourrir cette foule ?" Comment faire, à vues humaines, à moyens humains ? Quelles sont les possibilités de nourrir pareille foule ? Et Jésus, à ce moment-là, va montrer à Philippe qu'entre les mains de l'amour de Dieu, rien n'est impossible et que cette foule va être nourrie, mais pas avec les propres forces de l'homme. Et ainsi, je pense, Jésus, dans l'évangile de saint Jean montre un peu quel est le rôle des ministres de l'eucharistie qui, eux aussi sont chargés, en quelque sorte, d'être les intermédiaires entre Jésus et nous, mais qui n'agissent pas avec des forces humaines, qui ne nous donnent pas une nourriture ou une sanctification dont ils auraient eux-mêmes le secret, mais qui sont seulement comme confrontés au mystère dont ils sont chargés de nous faire part. Ils sont seulement, en quelque sorte, les catalyseurs de la réalisation de ce mystère devant nous et en nous. Ce n'est pas à partir de leurs propres forces, à partir de leur propre sainteté que les prêtres du Christ célèbrent l'eucharistie. Ils sont seulement les signes, les témoins, les instruments de la toute-puissance de Dieu qui s'avance vers nous à travers ce miracle plus merveilleux encore que celui de la multiplication des pains puisque c'est le corps même du Christ qui se trouve ainsi multiplié à l'infini en chacun d'entre nous, puisque, en mangeant la chair du Christ, nous devenons Christ.

Un autre intermédiaire, dont nous parle saint Jean, c'est ce jeune homme qui avait apporté les cinq pains d'orge et les poissons, ce jeune homme qui avait eu, lui, l'idée d'emporter de quoi se nourrir alors que la foule était venue sans y penser. Jésus, vous le remarquerez, ne multiplie pas les pains à partir de rien ou à partir de pierres, comme le lui avait suggéré Satan dans le désert. Jésus prend le pain de ce jeune homme, et c'est avec ce pain humain, ce pain qui avait été fait par des mains humaines, apporté par un homme, c'est à partir de ce pain que Jésus donne le pain du ciel, qu'Il donne cette manne nouvelle à tous ceux qui étaient là rassemblés. C'est donc que, à travers l'eucharistie, nous sommes invités à apporter notre propre pain, à apporter notre propre vie, à apporter nos propres forces. Non pas, encore en nous imaginant que, à partir de nos propres forces, on pourrait faire quoi que ce soit, pas plus nous que les ministres de l'eucharistie. Cependant le Christ veut nous associer au miracle qu'Il veut accomplir. Il ne veut pas simplement nous nourrir par sa toute-puissance, mais il veut aussi que nous prenions part à ce banquet, à la préparation de ce banquet en nous donnant les uns aux autres, en donnant notre vie, en donnant notre amour, en donnant notre temps, en donnant notre cœur.

La chair du Christ, que nous recevrons tout à l'heure, dans l'eucharistie, cette chair du Christ qui veut nourrir les hommes du monde entier, associer à son don notre propre don. Nous aussi, le Christ nous entraîne avec Lui, pour que nous nous donnions aux autres pour que les autres puissent se nourrir de notre vie, en se nourrissant de la vie de Jésus.

 

AMEN

 
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