AU FIL DES HOMELIES

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JE NE SUIS PAS VENU JUGER

Ac 8, 5-8+12+14-17 ; Jn 12, 44-50

Vendredi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(11 avril 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es paroles que nous venons d'entendre sont extrêmement mystérieuses et dures à accepter. Le Christ dit d'une part : "Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver". Et aussitôt après il ajoute ceci qui semble presque ne contradic­tion : "Qui me rejette et n'accueille pas mes paroles à son juge : la Parole que j'ai fait entendre !"

Autrement dit, Jésus distingue son œuvre (son œuvre n'est pas une œuvre de jugement, elle est une œuvre de salut) et de l'autre côté sa Parole (qui elle, accomplit une œuvre de jugement). C'est étrange, que le Seigneur Lui-même qui est pourtant le Verbe de Dieu (Au commencement était le Verbe !) c'est curieux que le Christ qui est la Parole éternelle de Dieu, en vienne à distinguer entre Lui-même et ce qu'Il fait (une œuvre de salut) et d'autre part quelque chose qu'Il présente comme presqu'étranger à Lui-même (sa Parole) qui va juger, c'est-à-dire faire quel­que chose que Lui-même ne fera pas.

Pourtant, ce n'est une contradiction qu'en ap­parence. Si nous voulons essayer de comprendre ce passage d'évangile assez obscur dans sa formulation, nous avons le moyen de le pressentir en regardant comment nous sommes nous-mêmes par rapport à l'œuvre de Dieu. Où en sommes-nous par rapport à Dieu dans notre propre existence ? Nous sommes entre la personne du Christ qui nous sauve et la Parole qui nous juge. Les deux termes de notre existence c'est le salut que nous recevons par le baptême et, à l'autre bout, la Parole qui accomplit le jugement.

Le salut par le baptême, c'est le Christ qui dans un acte d'amour donne sa vie pour son peuple. Et cela est irremplaçable, cela est fondateur de notre propre existence. Tout ce que nous sommes repose là-dessus. Mais si cela s'est accompli, si le Christ nous a sauvés, ce n'est pas pour nous établir dans une sorte de stabilité inébranlable, une sorte de fermeté dans laquelle on n'a plus à faire un pas en avant. Au contraire, si le Christ nous a rachetés, c'est parce qu'Il veut nous propulser vers son Père. L'œuvre même que le Christ accomplit est à la fois le détonateur qui nous fait partir dans une aventure qui est l'aventure même de notre rencontre de Dieu, mais d'autre part, en même temps qu'elle déclenche le mouvement (c'est le salut) elle nous propulse vers le but qui est le dé­ploiement total du mystère de Dieu. C'est là la Parole. C'est quand le Christ, apparaissant, nous révélera pleinement le visage du Père. Pour l'instant, nous ne voyons encore qu'en énigme, mais un jour nous ver­rons face à face. Et quand le Christ dit que c'est sa Parole qui nous jugera à ce moment-là, cela veut dire : à ce moment-là, mon œuvre de salut vous aura poussés au terme, vous aura menés au but, et là s'ac­complira le jugement, c'est-à-dire on verra si effecti­vement vous vous êtes laissés entraînés sur la trajec­toire de salut dans laquelle je vous ai mis. A ce mo­ment-là, vous verrez si vraiment mon œuvre de salut a été efficace en vous c'est-à-dire si je vous ai conduit au véritable visage du Père.

C'est cela la structure profonde de notre exis­tence chrétienne. Nous sommes sauvés, c'est vrai. Nous avons reçu le salut de Dieu, nous sommes en route, en marche, (presque malgré nous, par la puissance de salut de Jésus-Christ), vers le Père. Mais précisément, nous sommes sur une trajectoire, et le jugement n'est pas accompli car nous ne sommes pas encore en présence de la Parole du Père, de Jésus qui nous manifeste pleinement le Père. Et c'est à ce moment-là que s'accomplira pour nous le jugement, c'est-à-dire, en même temps que nous sera dévoilée la vérité même du visage du Père, sera aussi dévoilée la vérité même de notre amour pour Lui.

Etre saisi par le salut du Christ, vivre ce temps de la Résurrection qui nous est donné comme un temps de grâce, c'est mesurer à la fois le salut qui nous saisit et nous envoie progressivement dans la plénitude du Royaume, mais c'est aussi mesurer le but que le Seigneur nous a fixé, c'est-à-dire la plénitude de l'amour de son Père. Et tout comme Il a été livré pour nous, pour que nous soyons conduits au Père, le jugement ce sera pour nous d'être livrés au Père. Et à ce moment-là, dans le plus intime et le plus profond de notre cœur, de manifester si vraiment nous voulons être pour Lui ou si, au contraire, l'œuvre du salut de Dieu en nous a été vaine.

 

AMEN

 

 

 
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