AU FIL DES HOMELIES

DEMAIN IL FERA BEAU !

Ac 8, 5-8+12+14-17 ; Jn  12,  44-50

Vendredi de la deuxième semaine du temps pascal – C

(7 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

i vous vous êtes intéressés aux nouvelles que nous avons reçues de nos frères de Haïti concernant l'adduction d'eau, réalisée en partie avec l'aide annuelle de notre communauté, il y avait ce dicton haïtien : "Si le dimanche est beau, tu le vois déjà le samedi !" Et dans l'évangile, Jésus vient nous révéler qu'Il est venu sur la terre, dans le monde, non pas pour le condamner mais pour le sauver. Et Il nous dit que le Père l'a envoyé pour que nous ayons la vie éternelle. Au fond, le Père, la vie éternelle, c'est le dimanche. Et déjà le Christ, qui peut faire figure de samedi, est présent au milieu de nous.

Mais savons-nous vraiment vivre à l'heure de l'évangile, c'est-à-dire à l'heure de la vie éternelle ? D'abord, croyons-nous que demain c'est dimanche, c'est-à-dire que demain "il fera beau", que demain c'est la vie éternelle, que demain c'est la contempla­tion du Père de ce Dieu que tant d'hommes cherchent, avec peine, avec difficulté, avec révolte ? Que ce Dieu qui est pour beaucoup l'occasion de scandale ou d'indifférence ou d'outrance ou d'intolérance, nous le connaissons. Nous le connaissons, en vérité, pour ce qu'Il est. Connaissance qui n'est pas simplement ré­ductible à quelque recherche personnelle, ou intuition ou pressentiment. De cela, nous en avons beaucoup qui ne correspondent pas toujours à la vérité du visage de Dieu. Mais ce Père, ce "demain", cette vie éter­nelle, ce dimanche, nous savons, nous croyons, c'est notre certitude, qu'il sera beau. Et d'une beauté qui comblera, non seulement notre sens esthétique, mais surtout le fond de notre cœur, notre désir si souvent pathétique, même à la recherche de Dieu.

Mais aujourd'hui, nous en sommes "au sa­medi". Déjà nous vivons dans un samedi qui, lui-même, est beau, partiellement c'est vrai, pas encore définitivement, c'est vrai. Au milieu d'un monde ou, chaque jour, nous est donné de façon brutale un flot de nouvelles qui n'ont rien à voir ni avec le samedi ni avec le dimanche, nous ne savons pas très bien dis­cerner, dans ce vendredi saint de la souffrance du monde, ce que, aujourd'hui et demain, ce monde, comme nous-même, est destiné à connaître. Au-delà des articles et des conférences ou des nouvelles radio­diffusées, il est étonnant de voir comment nos frères du Liban vivent leur drame actuel.

Ils ont cette conviction de vivre dans la tota­lité du mystère de Pâques. Et c'est à la fois le Ven­dredi Saint, le Samedi Saint et le dimanche de Pâques. Dans la foi, cela n'est jamais séparable, et dans la vie non plus. Aucun chrétien ne peut dire : pour moi c'est Pâques tous les jours. Ce serait un manque de réalisme inquiétant. Aucun chrétien ne peut dire : je ne suis qu'au Vendredi Saint, je n'en sors jamais. Ce serait désespérant et cela arrive. Aucun chrétien ne peut dire : le Samedi Saint, c'est tranquille, pas de gros problème, pas beaucoup d'espérance, mais enfin ça va !

Célébrer le mystère de Pâques, c'est vraiment vivre, dans chacune de nos journées, dans chacun de nos actes personnels, dans chaque situation du monde, c'est vivre à l'heure de Dieu. C'est pour cela que la foi n'est en définitive que la seule vision réaliste des évè­nements, parce qu'elle est capable de nous faire connaître et vivre ces évènements, pas seulement à leur surface heureuse ou malheureuse. Mais à l'inté­rieur même du sens qu'ils portent en eux, ils sont tra­vaillés par de dimanche, ils sont travaillés par la beauté de la vie éternelle. Mais nous savons que cette manifestation de la beauté de la vie éternelle ne peut se faire qu'à travers les déchirements du Vendredi Saint et l'espérance du Samedi Saint.

C'est ainsi que les chrétiens, quelles que soient les ténèbres qui les entourent, sont au cœur de la lumière. Comme le disait le Christ : "Je suis venu dans le monde apporter la lumière. Quiconque croit en Moi ne demeure pas dans les ténèbres, mais habite au cœur de la lumière." Que notre prière, que notre eucharistie, c'est-à-dire notre vie quotidienne dans l'Église, soit vraiment, profondément, même si ce n'est pas toujours brillamment, cette conviction tou­jours renouvelée en nous, que la lumière nous habite, que nous habitons au cœur de la lumière et que, dans tous les évènements du monde et de notre vie, nous sommes dans cette solidarité spirituelle et charnelle profonde de l'accomplissement du mystère de Pâques. Oui, quelles que soient les ténèbres, les nuages, les souffrances du samedi, il est quand même déjà beau, parce que demain sera très beau.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2017 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public