AU FIL DES HOMELIES

LE CHRIST LUMIÈRE QUI RÉVÈLE

Ac 8, 5-8+12+14-17 ; Jn 12, 44-50

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – B

(12 avril 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

T

outes les semaines du temps pascal nous in­vitent à nous replonger dans l'annonce de la Résurrection, dans le mystère de Pâques qui est à la fois la permanence de la mort et la perma­nence de la Résurrection, mais celle-ci, dans l'espé­rance, faisant éclater l'étroitesse de la mort, la finitude du péché. C'est pourquoi nous lisons souvent les récits des apparitions de Jésus ou les proclamations des apôtres dans les Actes ou d'autres livres du Nouveau Testament.

L'autre aspect du temps pascal c'est la médi­tation du mystère de Pâques et les deux textes d'au­jourd'hui nous font entrer plus profondément dans cette méditation. Dans l'évangile, le Christ dit de Lui-même : "Je suis la lumière. Je suis venu dans le monde pour que quiconque croit ne meure pas dans les ténèbres." Vous le savez, la lumière n'apporte rien aux choses, elle ne crée pas les choses. Lorsque nous sommes dans une salle obscure, les choses, nous ne les voyons pas mais elles y sont et nous-mêmes en premier. La lumière vient révéler ce qui existe déjà. La lumière vient mettre en valeur la réalité des cho­ses. Et c'est elle seule qui nous permet de prendre la véritable mesure des réalités soit de ce monde terres­tre soit du monde invisible, celui de notre propre cœur.

Or lorsque Jésus vient nous dire aujourd'hui : "Je suis la lumière venue dans le monde !" ceci nous révèle d'abord que nous sommes dans l'obscurité et souvent nous avons de la peine à croire que nous vi­vons dans l'obscurité. Nous avons de la peine à croire que ce que nous savons reste tout à fait obscur autant des choses de ce monde qu'à plus forte raison des choses de l'autre monde et que, de fait, nous sommes dans les ténèbres. Le sens du mot ténèbres peut être pris de deux façons. Soit les ténèbres du péché, les ténèbres de la mort, mais aussi les ténèbres de l'igno­rance. Nous ne savons pas, nous vivons, mais nous ne savons pas. Comme un marcheur dans la nuit marche, mais il ne sait pas le paysage qui l'entoure, il ne dis­cerne pas ou quand il discerne, il n'est pas capable de prendre la véritable mesure, la véritable distance, la couleur, la forme ou la densité des choses.

Jésus est la lumière. Il vient nous révéler quelque chose qui existe déjà en nous. Les paroles qu'Il dit ensuite sont très fortes. On a l'impression qu'Il se retire Lui-même du champ d'observation inté­rieur, du champ de la foi des disciples pour mettre en valeur le visage du Père. "Celui qui entend mes paro­les, ce n'est pas Moi qu'il entend, c'est le Père. Celui qui Me voit, voit Celui qui M'a envoyé. Celui qui écoute Ma parole, accomplit ce que demande le Père." C'est cette réalité-là que Jésus, ce matin, vient nous révéler. Quand Il nous dit qu'Il est lumière c'est que, l'accueillant, Lui, nous découvrons que Lui-même et le Père, sont déjà en nous. Lorsque nous accueillons sa Parole, elle nous éclaire sur ce que nous sommes Elle nous éclaire sur ce que nous de­vons être non pas par rapport à quelque chose qui n'existerait pas encore mais qui existe déjà. C'est la vie du Père, la vie du Fils déjà en nous.

Ceci est une note très importante. Dans la foi chrétienne, nous avons l'impression qu'il nous faut toujours acquérir quelque chose de plus. Nous som­mes très déformés par la quantité, par quelque chose que nous n'avons pas encore, qu'il nous faudrait avoir et qui serait nouveau. Non, je crois que ce qui est réellement nouveau dans l'évangile, c'est de découvrir ce que nous sommes déjà. Et c'est pourquoi le Christ est lumière. Or dans nos ténèbres, soit de péché, soit d'ignorance, nous sommes déjà fils de Dieu, nous sommes déjà frères du Christ, nous sommes déjà sau­vés. Et la vie du Père et du Fils, l'amour du Père et du Fils, la communion du Père et du Fils vivent déjà en nous, mais nous ne le savons pas. Soit parce que nous les rendons terriblement obscurs par notre péché, soit tout simplement parce que notre ignorance des choses de la foi nous empêche de connaître cela. La foi chrétienne c'est de passer par la "porte" qu'est le Christ par sa mort et sa Résurrection qui deviennent lumière et qui nous révèlent que le Père et le Fils vi­vent déjà en nous, et que ce Père et ce Fils vivent en nous dans la force, dans la manifestation de l'Esprit saint comme les apôtres eux-mêmes le signifient dans le passage des Actes de la première lecture.

Alors que ce temps de Pâques soit de fait centré sur le visage de Jésus Ressuscité. Mais au fond il y a quelque chose d'autre qui intéresse plus le Christ que notre regard porté sur Lui. C'est, qu'à travers Lui, à travers sa Parole, à travers sa Pâque, nous compre­nions déjà, nous vivions déjà que nous sommes dans le Père et que le Père est en nous. Et que non seule­ment la Trinité est "le lieu" où nous nous reposerons de cette vie mais qu'elle est déjà en nous "le lieu" où elle prend son repos et où Elle vit.

Je crois profondément que nous ne quittons jamais Dieu malgré nos péchés les plus graves. Nous ne pouvons pas quitter Dieu. Nous ne pouvons pas quitter la présence de Dieu. Dieu ne peut pas nous quitter, car autrement nous tomberions dans le néant, nous tomberions dans l'inexistence. Simplement, ce que nous faisons comme mal ou ce que nous ne faisons pas comme bien nous empêche de connaître cette joie d'être déjà dans la vie trinitaire parce que la vie trinitaire est déjà en nous. C'est elle qui nous fait exister par la création première et qui nous ressuscite continuellement quand nous accueillons le mystère de la Rédemption dans la Pâque du Christ mort et ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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