AU FIL DES HOMELIES

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RELATION ENTRE JOSEPH ET JÉSUS

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – C

(1er mai 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l pourrait sembler que l'honneur et la gloire de la vierge Marie fasse quelque ombre sur son époux Joseph. En comparant celle qui a porté en son sein le Fils de Dieu et celui qui a été le père adoptif du Fils de Dieu en ce monde, celui-ci serait comme en arrière-plan, au fond du paysage, humble, silencieux et attendant son heure. Pourtant la relation de Joseph et de Jésus éclaire, sous un autre angle, la relation de tout homme avec le Verbe.

Je prends pour preuve de cette affirmation la façon dont certains d'entre vous êtes devenus des pè­res. Contrairement à votre épouse qui depuis le début de la conception se sentait mère, il semblerait qu'un père le devienne progressivement tout au long des années de la croissance de l'enfant. Il y a entre l'enfant et son père une authentique relation qui permet à l'homme qui a engendré cet enfant de se retrouver comme père.

J'essaie de réfléchir sur la relation entre Jo­seph et Jésus tout au long de la croissance de Jésus. Je voudrais bien voir dans le cœur de Joseph cette lon­gue méditation, ce long apprivoisement de ce cœur d'homme au contact du Verbe, de la sagesse. A tra­vers le babillement de l'enfant, les premiers mots pro­noncés, à travers la joie, à travers le sourire, à travers le visage de cet enfant, de cet adolescent devenu homme, Joseph pouvait consentir à reconnaître sous ces traits ce que Dieu était déjà. Nous pouvons recon­naître là notre propre relation avec la Sagesse divine.

Dans la Bible, un grand thème consiste à af­firmer que la sagesse n'est pas le but, le terme d'une réflexion très habile sur les abîmes qui existent sur terre mais qu'elle vient de Quelqu'un et même qu'elle est quelqu'un. J'ai souvent entendu des pères me dé­crire leur relation avec leur enfant en précisant : Je suis le père de tel enfant parce que c'est tel ou tel en­fant. Je ne suis pas père en soi, mais je le suis devenu parce que cet enfant est cet enfant et qu'il est moi.

De même nous avons nous aussi à devenir comme Joseph, en quelque sorte des justes et des sa­ges, non pas parce que notre réflexion aboutisse à cette sagesse mais parce que nous sommes confrontés à une relation avec le Verbe de Dieu qui est en face de nous parce que c'est le Verbe. Et parce que ce Verbe, quotidiennement, est présent dans ma vie, imprègne ma vie, est si proche de ma vie, apprivoise ma vie humaine pour, progressivement, l'élever à une vie divine.

Donc, loin d'éclipser la gloire de Joseph, l'In­carnation de Dieu dans le sein de Marie permet d'éclairer aussi l'autre rapport entre Joseph et Jésus et nous donne à réfléchir sur le rapport entre nous et la Sagesse. Pour éclairer ces propos, on pourrait repren­dre dans la Bible tous les termes de la sagesse où il est dit que "La Sagesse se laisse trouver", qu'elle est "au bas de la porte et qu'elle se laisse atteindre par ceux qui La cherchent", mais qu'elle est aussi comme "celle qui descend de Dieu comme un esprit subtil" ou encore "comme un enfant qui joue auprès de Dieu."

Vous retrouvez là le thème qui pourrait éclai­rer cette relation unique dans le monde qui a été celle de Joseph et de l'Enfant Jésus, qui a été celle de l'homme et de la sagesse divine. Ainsi, à la suite de cet homme qui est fort et qui est grand mais non pas effacé comme nous pourrions le supposer, mais qui incarne, dés maintenant, le juste face à face avec la sagesse divine, devenons, nous aussi, forts et justes dans la Sagesse, afin de pouvoir, à sa suite "suivre les traces de l'Epoux" et découvrir le Verbe qui s'est fait chair.

 

AMEN

 

 

 
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