AU FIL DES HOMELIES

MAINTENANT LE FILS DE L'HOMME A ÉTÉ GLORIFIÉ

Ac 8, 5-8+12+14-17 ; Jn 13, 31-35

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – B

(15 avril 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

es paroles du Christ ont été prononcées au moment où Judas venait de partir pour trahir Jésus, pour le livrer. C'est donc que la mort du Christ, qui ne fait avec sa Résurrection qu'un seul mystère, est déjà la gloire. "Maintenant le Fils de l'Homme a été glorifié." C'est au moment de s'avancer vers Gethsémani que Jésus pousse cette exclamation devant ses disciples. "Maintenant", maintenant que Judas vient de sortir, maintenant où Je suis trahi, maintenant où Je vais être livré", maintenant je suis glorifié. Et si Dieu est glorifié dans le Fils de l'Homme, Dieu le glorifiera Lui-même bientôt. Ce bientôt de la Résurrection vient non pas contredire, non pas réparer, non pas à estomper la mort de la croix, mais continue la glorification qui, déjà, s'inau­gure par la trahison, par le fait que Jésus est arrêté, livré, condamné, crucifié. La croix et la Résurrection ne font qu'un seul et unique mystère et ce mystère est celui de la gloire du Christ qui est tout à la fois glori­fication du Père en Lui et glorification de Lui, Jésus, le Fils, par le Père.

Car cette gloire est un échange mutuel. C'est à la fois l'honneur, la révélation, la manifestation du Père et c'est aussi l'exaltation du Fils. D'ailleurs, dans un autre passage, Jésus employait aussi un mot à dou­ble sens pour parler tout à la fois de la croix et de la gloire : "Quand Je serai élevé de terre". Élevé, l'évangéliste nous précise : "c'était pour signifier la manière dont il devait mourir". Il s'agit donc bien d'être élevé sur la croix. Et pourtant Jésus ajoute : "J'attirerai tout à Moi !" Élevé de terre c'est l'Ascen­sion, c'est le mystère de l'exaltation de Jésus. Nous ne devons pas séparer la croix d'un côté et la Résurrec­tion de l'autre, la mort d'un côté et l'exaltation de l'au­tre C'est un même mystère de gloire parce que la gloire de Dieu n'a rien à voir avec les gloires humai­nes. La gloire que Jésus rend à son Père, la gloire par laquelle le Père se tourne vers Jésus pour l'élever jus­qu'à Lui, ce n'est pas un honneur, ce n'est pas une accumulation de dignité, ce n'est pas une manière d'être au-dessus. La gloire de Dieu c'est la victoire, le triomphe en profondeur de l'amour de Dieu. Et c'est cela la gloire. Ce n'est pas un triomphe à la manière des empereurs romains, ce n'est pas un triomphe électoral, ce n'est pas un triomphe qui consisterait à être acclamé par les foules. La gloire de Dieu c'est le rayonnement de l'amour de Dieu ? Et quand l'amour de Dieu a-t-il davantage été rayonnant qu'au moment où le Christ meurt sur la croix ? Donnant tout ce qu'Il est, donnant son Esprit, donnant son sang par amour pour nous.

C'est pourquoi la croix est en quelque sorte déjà le sommet de la gloire de Dieu parce qu'elle est la manifestation inimaginable, incompréhensible pour nous qui sommes des êtres terrestres et ne voyons les choses que par le petit bout de la lorgnette. Pour nous la gloire ce sont les honneurs, la gloire c'est avoir une réputation. Mais cela c'est une gloire dérisoire. Non la gloire de Dieu c'est qu'Il se soit donné jusqu'au bout, par amour pour nous. C'est cela le mystère dans le­quel nous sommes invités ? C'est pour cela que Jésus dit à ses disciples : "Vous Me chercherez, mais là où Je vais, vous ne pouvez pas encore venir". Vous n'êtes pas encore mûrs pour participer à ma gloire. Et comment les disciples vont-ils apprendre la gloire de Dieu, comment vont-ils participer à cette gloire, dès maintenant ? "Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés ! C'est à cela qu'on vous reconnaîtra pour mes disciples, à l'amour que vous aurez les uns pour les autres." C'est en apprenant cet amour, c'est en l'intériorisant, c'est en le faisant nôtre, c'est en transformant notre cœur de pierre en cœur de chair, comme le demandait Ezéchiel, c'est en apprenant à dépasser les limites étroites de notre personne pour nous ouvrir largement à l'accueil de ceux qui nous entourent de nos proches et de nos moins proches pour que les moins proches deviennent proches, selon la logique de l'évangile. C'est de cette manière-là que nous entrons dans le mystère de la gloire de Dieu.

Et quand nous serons assez capables d'aimer, que ce soit sur cette terre ou par la session de rattra­page du Purgatoire dans l'autre monde, que ce soit ici-bas ou ailleurs, quand nous serons capables d'aimer, alors nous entrerons dans la gloire de Dieu, parce qu'il n'y a pas d'autre chemin. Nous ne pouvons compren­dre, partager la gloire de Dieu que si nous partageons d'abord cet amour qu'Il a eu pour nous et auquel Il nous invite. Alors le chemin est tout simple, en tout cas il est facile à comprendre. Il n'y a qu'une seule chose à faire : apprendre à aimer. Et quand nous sau­rons ce que cela veut dire Dieu nous prendra dans sa gloire avec Lui, Jésus nous entraîne et là où Il va nous pouvons être avec Lui.

 

 

AMEN

 

 
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