AU FIL DES HOMELIES

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NOUVEAUTÉ ET CONVERSION

Ac 10, 44-48 ; Jn 12, 28-32

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – B

(28 avril 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

es deux textes que nous avons entendu ont comme point commun la nouveauté et la conversion. Qu’est-ce que la nouveauté ? Je crois que pour nos contemporains, aussi pour nous-mêmes, la nouveauté c’est d’abord de découvrir un produit nouveau. Vous savez aussi bien que moi que si maintenant, vous voulez vendre un produit, il faut absolument mettre sur l’étiquette : nouveau. Vous savez bien que, hélas, encore actuellement, on préfère lire de livres un peu récents plutôt que des livres un peu plus vieux, alors que cela ne veut pas dire que parce qu’un livre est plus ancien, dans le domaine de la recherche il est moins intéressant. Bref, la nouveauté pour nous, c’est le surgissement de quelque chose qui n’existait pas et qui va nous permettre de nous ouvrir des horizons nouveaux.

Nous avons entendu un extrait du chapitre douzième de l’évangile selon saint Jean, un extrait que nous avons lu il n’y a pas si longtemps de cela, mais c’était avant la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus. Je crois que la nouveauté pour l’évangile, la nouveauté évangélique ne réside pas tant dans le surgissement de quelque chose qui n’était pas, et qui advient à la vie, mais la nouveauté évangélique, c’est découvrir quelque chose qui était déjà dit, mais qui n’avait pas pris sa pleine mesure. Une chose est d’entendre ce discours du Christ au pied du temple, parlant de la glorification, parlant de sa mort, parlant du fait qu’il va attirer à lui toutes choses et toutes les personnes, et la manière dont cela résonne dans le cœur de ceux qui entendent Jésus, et autre chose est de réécouter ce discours après les événements de la mort et de la Résurrection.

Il en est ainsi pour nous pratiquement à chaque moment. Nous vivons des événements nous rencontrons des personnes, nous lisons, et puis, ces idées, ces rencontres, ces paroles, ces événements suivent un certain cours, et à un moment donné, ces paroles et ces événements vont comme retrouver une nouvelle vie, vont comme ressurgir, vont ressusciter d’une autre manière en s’entrechoquant dans la rencontre avec une autre personne. C’est ce qui fait que nous pouvons lire et relire tous les jours et pendant des années les mêmes textes et les mêmes histoires, et l’on ne s’en lasse pas. Pourquoi ? Parce que ce sont toujours les mêmes textes bien sûr, mais la nouveauté agit à chaque instant, et quand nous entendons ces discours de Jésus, nous-mêmes nous sommes passés par des morts, des résurrections, par des événements qui vont nous faire comme redécouvrir et ressurgir le discours du Christ comme une Parole totalement nouvelle. C’est la première chose.

La deuxième chose, c’est que la nouveauté, c’est le surgissement de quelque chose de déjà existant. Mais la nouveauté c’est aussi la conversion de notre regard. La conversion dans l’écoute de la Parole qui est toujours pareille et qui n’est jamais la même, est cette fois-ci la conversion de notre regard. C’est ce qui se passe pour saint Pierre dans la première lecture. Dans la première lecture, quand nous l’entendons, nous disons que c’est intéressant, car en fait, il s’agit de la conversion des païens. Il s’agit de la Pentecôte des païens qui sont associés aux mêmes promesses que le peuple juif. Mais si vous écoutez bien le texte, il y a une double conversion. Certes, il y a la conversion des païens, mais il y a aussi la conversion de saint Pierre lui-même sur le regard qu’il jette sur les païens. Une chose est que les païens soient invités au même royaume que nous, autre chose est le regard que pose l’élu, le juif, Pierre, sur la participation de ces païens à la même promesse. Je crois que cela aussi est très important, parce que la nouveauté pour Pierre, la nouveauté pour les juifs, elle est là. C’est non seulement la conversion de l’autre, mais aussi ma propre conversion, la capacité de découvrir que l’autre se convertit. Et généralement, dans ce domaine, on a quand même un peu de mal à accepter de se convertir à la conversion de l’autre. C’est souvent un lieu de résistance de notre part.

Frères et sœurs, je crois que dans ce temps de Pâques qui nous est donné de vivre, c’est cela la nouveauté. La nouveauté, c’est la découverte que dans toutes ces histoires que nous entendons, le Christ surgit à chaque instant pour ressusciter et revivifier ces vieilles histoires, ces vieux événements que nous vivons et dont nous ne savons que faire. Pour moi, ce que nous vivons actuellement, se rapprocherait des artères bouchées, c’est cela la mort, le sang qui ne coule pas, le sang qui se sclérose. Et l’événement de la résurrection, qu’est-ce que c’est ? ce sont ces artères qui d’un coup sont débouchées et qui permettent à tout ce sang de vivifier et d’innerver le corps humain, et permettre à ce qui était comme mort, sclérosé, de revenir à la vie.

Que nous sachions découvrir la nouveauté à la fois de la Parole de Dieu que nous écoutons, peut-être trop distraitement chaque jour, et aussi que nous sachions nous convertir à la conversion des autres.

 

AMEN

 

 

 

 
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