AU FIL DES HOMELIES

JUGEMENT ET VÉRITÉ

Ac 8, 5-8+12+14-17 ; Jn 12, 44-50

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – C

(20 avril 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

A

vec la lecture de la fin de ce chapitre douzième de l'évangile selon saint Jean, nous voici de retour, comme en arrière, comme avant la semaine sainte, au seuil du chapitre treizième qui commence avec la lecture du lavement des pieds que nous avons entendu le soir du Jeudi Saint. Cet évangile nous propose deux thèmes qui nous semblent à la fois assez éloignés et pourtant sont étroitement entrelacés, c'est le thème de la lumière et le thème du jugement. Je dis qu'ils nous semblent assez éloignés au premier abord, car vous avez entendu dans l'évangile Jésus dit : "moi, la lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne meure pas dans les ténèbres". Juste après, il dit : "Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour sauver le monde". Et encore juste après : "Qui me rejette et n'accueille pas mes paroles a son juge : la Parole que j'ai fait entendre". A écouter cet évangile d'une oreille distraite, on pourrait se dire qu'en fin de compte, est-ce que Jésus est venu sauver, comme il vient de le dire, ou est-il venu pour juger par la Parole ?

Pour réfléchir à cela, nous devrions nous arrêter sur la signification du mot "jugement". Quand on parle du jugement, généralement, nous vient à l'esprit un procès au terme duquel le coupable est puni, et la victime dédommagée. Mais le jugement ce n'est pas d'abord de rendre cet acte, de déclarer telle personne victime et telle autre coupable, on ne peut le faire que si en amont, la vérité a été révélée. C'est-à-dire le jugement, c'est d'abord ce qui est caché (la vérité), qui est caché et qui est rendu visible. D'ailleurs on le dit : la vérité va éclater, faire venir au grand jour la vérité qui était cachée, etc … on le dit aussi quand on parle d'une personne qui a du jugement, ce qui veut dire que ce n'est pas le juge dans son palais de justice qui est capable de déclarer qui est coupable et qui ne l'est pas, mais quelqu'un qui a du jugement, c'est quelqu'un qui est capable de faire sortir de l'ombre, la vérité qui est cachée.

Vous voyez que ce n'est pas tant une opposition qu'une articulation. On comprend mieux effectivement Jésus qui n'est pas venu condamner, mais il est venu faire sortir la vérité de l'ombre. Liturgiquement parlant (on essaie d'effacer le disque dur avant la semaine sainte) et on est encore dans un moment d'ombre. Le Christ est là, entre la Galilée et Jérusalem, il vient parler à ses apôtres, aux juifs, aux grecs qui veulent le rencontrer, et la vérité n'a pas encore éclaté. La lumière n'est pas encore venue sortir de l'ombre la vérité. La vérité va éclater par la croix. La croix c'est le flambeau, c'est ce moment où les ténèbres sont véritablement éclairées, c'est le moment où la vérité sort des ténèbres et est proclamée sur le flambeau de la croix : la mort et la résurrection.

Qu'est-ce que cette vérité qui est proclamée ? c'est l'amour inconditionnel de Dieu pour le monde. Et on retrouve effectivement le thème que Jésus dit : "Je ne suis pas venu pour condamner, mais je suis venu pour sauver". C'est encore dans l'ombre, pourquoi ? Jésus n'est pas encore mort, ce ne sont que des paroles. C'est l'acte même de la croix et de la résurrection du Christ qui vont faire passer au jour cette vérité fondamentale : Dieu nous aime tellement qu'il est prêt à mourir pour nous d'une manière inconditionnelle.

Frères et sœurs, lire cet évangile aujourd'hui ce n'est pas revenir en arrière, ce n'est pas parce que nous avons épuisé les évangiles qu'il faut bien recommencer un jour à les lire, sinon il faudrait lire d'autres textes, ce n'est pas ça. Mais maintenant que la lumière a fait jour et que la vérité est sortie des ténèbres, nous pouvons relire d'une manière nouvelle cet évangile. Cette manière nouvelle c'est dire que c'est fait ! ce ne sont pas que des paroles, c'est le Christ qui a vraiment donné sa vie d'une manière inconditionnelle. N'oubliez pas ce très beau passage de saint Paul qui dit : pour quelqu'un de juste, nous serions peut-être prêts à donner notre vie, mais pour des pécheurs comme nous, qui serait capable de donner sa vie ?

Frères et sœurs, c'est cela la lumière qui se fait jour après la résurrection, c'est l'amour inconditionnel du Christ qui n'a pas attendu que nous nous convertissions pour donner sa vie. Nous sommes aussi amenés à faire briller ce flambeau de la croix et de la résurrection dans notre cœur, pour que nous puissions à la suite du Christ aimer nos frères et nos sœurs inconditionnellement sans attendre leur conversion.

 

AMEN

 

 

 

 
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