AU FIL DES HOMELIES

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PROUVER OU ANNONCER ?

Ac 5, 12-16 ; Mc 16, 9-18

Vendredi de la deuxième semaine de Pâques – A

(6 mai 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Perse : l'Ange annonciateur

F

rères et sœurs, j’aurais voulu m’arrêter avec vous quelques instants sur la finale de l’évangile de Marc. Mais de quelle finale s’agit-Il ? celle que nous avons entendu hier ou celle que nous venons d’entendre ? La finale de l’évangile de Marc pose beaucoup de questions. Ce que nous venons d’entendre n’est probablement pas de même acabit que l’évangile de Marc. Marc termine par le grand silence de la résurrection et par la fuite des femmes. Il semblerait qu’il y aurait eu une autre finale disparue et remplacée par d’autres finales ; celle que nous venons d’entendre est quand même ancienne parce que Tatien le Syrien en fait déjà mention et l’on est à la moitié du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’intérêt se situe dans la différence entre ce que nous avons entendu hier et ce que nous avons lu aujourd’hui. Hier, les femmes viennent au tombeau, elles entendent de la bouche même de l’ange : « Celui que vous cherchez, Jésus est ressuscité, ne restez pas là, il est déjà en Galilée, allez l’annoncer aux disciples ». Et elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur. Il ne suffit pas que quelque chose arrive pour que tout le monde soit au courant. Si l’on en reste à ce verset, la résurrection du Christ passe complètement inaperçue et elle n’est pas annoncée.

Dans la finale de ce jour, nous avons comme un condensé de certains épisodes qui nous sont parvenus dans les autres évangiles. Il y a l’apparition à Marie-Madeleine, il y a les pèlerins d’Emmaüs, et ici, cette finale rappelle que Jésus est apparu plusieurs fois à ses disciples qui n’arrivaient pas en croire leurs yeux, et ensuite, il est fait mention de l’Ascension.

Le mot « ange » vient de « messager ». or, il faut reconnaître que le messager n’arrive pas à livrer son message. C’est une bonne leçon pour nous car très souvent, on entend chez nos contemporains : si Jésus m’apparaissait, si quelque chose d’extraordinaire m’arrivait, si un ange se plantait devant moi, peut-être que là je croirais. Un ange apparaît aux femmes, il leur dit : « Il est ressuscité, allez l’annoncer », et elles ne le font pas. Je ne crois pas que c’est parce qu’un ange serait devant nous que nous serions de meilleurs chrétiens et que nous irions annoncer la Bonne Nouvelle au monde entier.

Non seulement les meilleurs messagers ne sont pas les anges mais les apôtres, et il y a aussi un changement dans le message en tant que tel. L’ange dit : « Il est ressuscité, allez annoncer sa résurrection ». Or, Jésus lui-même ne résume pas son message au fait qu’il soit ressuscité, mais il leur parle de la Bonne Nouvelle et de l’évangile ce qui n’est pas tout à fait la même chose. L’évangile est un ensemble beaucoup plus large que la preuve d’une résurrection physico-spirituelle de Jésus. Ce que doivent faire les apôtres, c’est annoncer la Bonne Nouvelle et c’est beaucoup plus large que de dire simplement : j’ai la preuve que Jésus est effectivement ressuscité. Car qu’est-ce que l’évangile ? C’est une Bonne Nouvelle. Cette Bonne Nouvelle c’est à la fois annoncer la résurrection, et comprendre les conséquences de la résurrection de Jésus sur le monde entier et dans le cœur de l’homme.

Que se passe-t-il entre le premier message qui n’a pas fonctionné et Jésus ressuscité qui dit aux apôtres : allez annoncer la Bonne Nouvelle ? C’est qu’il n’est pas question de chercher une preuve de la résurrection de Jésus, mais cette résurrection est venue rendre vie à l’histoire de tous ceux qui ont rencontré Jésus : Marie-Madeleine, les disciples d’Emmaüs et les apôtres. C’est cela qui pose problème souvent à nos contemporains qui pensent que la résurrection et l’évangile, c’est simplement de réussir par des preuves chimiques de prouver la résurrection de Jésus, ils disent : puisqu’on m’a montré la preuve scientifiquement, maintenant, je suis obligé de croire. Or, ce n’est pas cela qui intéresse Jésus. Il veut établir un lien profond de vivification entre notre passé et notre avenir par l’intermédiaire de sa résurrection. C’est cela la Bonne Nouvelle, sinon, ce n’est pas l’évangile, ce serait un texte intéressant sur lequel on peut se pencher sans plus.

Frères et sœurs, c’est ce à quoi nous sommes conviés, non pas pour essayer de prouver que le Christ est ressuscité, mais nous sommes conviés à annoncer la Bonne Nouvelle. Nous sommes conviés à aider nos contemporains justement à faire le lien entre leur propre histoire et l’évangile pour qu’ils puissent y découvrir le Christ ressuscité. La première lecture des Actes, c’est exactement cela. Nous avons entendu comment la Bonne Nouvelle réussit à innerver la première communauté chrétienne. La résurrection du Christ est manifestée par quoi ? par la communion qui existe entre ceux qui constituent cette première communauté. C’est cela le fruit de la Résurrection et de la Bonne Nouvelle. Que nous puissions vivre aussi cette même communion au Christ ressuscité.

 

AMEN

 

 

 
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