AU FIL DES HOMELIES

CHRIST DANS LE COEUR DE TOUT HOMME

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (16 avril 2017)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et Sœurs,
« Où L’avez-vous mis ? Car on a enlevé le corps de mon Seigneur du tombeau et on ne sait pas où on L’a mis ». Voilà la première interrogation que le Christ pose au moment où Il surgit vainqueur de la mort. Telle est la question qui s’est posée à cette pauvre femme qui vient compléter les rites funéraires parce que le vendredi soir, c’était la veille de la fête, il fallait se dépêcher et ils avaient l’impression qu’ils n’avaient pas fait tout ce qu’il fallait ni respecté toutes les règles. Et là, elle arrive, Il n’est plus là. Elle pose alors la question d’une façon étrange ; elle aurait pu dire simplement : « Où est-Il ? ». Non, elle dit : « On ne sait pas où on L’a mis ». Elle pensait peut-être à un enlèvement du corps, à une situation où des soldats envoyés par la garde du grand prêtre auraient essayé de subtiliser le corps pour l’emporter ailleurs de sorte que l’on n’en parle plus. Elle se dit que non seulement Il a été enterré il y a quelques jours, mais qu’en plus c’est toute cette affaire qui va être enterrée. Or, c’est l’inverse qui se produit : non seulement il n’y a pas de second enterrement, mais jamais on n’arrivera à enterrer le Christ.
Quand Marie-Madeleine arrive avec son flacon de parfum et des aromates pour ensevelir le corps de Jésus et terminer le rite funéraire, elle pense simplement qu’il faut clore l’affaire, un peu comme aujourd’hui où les rites funéraires servent à comprendre que c’est fini : le défunt est véritablement mort, il nous a définitivement quittés, son histoire est terminée. On se retrouve ici devant une situation tout à fait étonnante. Il n’y a aucune raison qu’on enlève le corps de Jésus, qu’on aille le cacher ailleurs. Où a-t-Il été mis ?
Frères et sœurs, cette question se pose d’abord à nous. Nous croyons que c’est une histoire qui a eu lieu il y a deux mille ans, mais aujourd’hui encore, où L’avez-vous mis, ce Christ ressuscité que nous fêtons ce matin ? Essayons de réfléchir à toutes les fois où dans notre vie nous essayons de L’enlever, de L’effacer de notre réflexion, de notre pensée, de nos projets, de notre manière de vivre. A certains moments, nous avons même l’impression qu’Il a disparu et que l’on ne sait pas ce que l’on en a fait. C’est là sans doute le grand drame de l’Eglise aujourd’hui. Où l’Eglise a-t-elle mis le Christ ? Où les chrétiens ont-ils mis le Christ ? Où ont-ils mis le Ressuscité ? Sous prétexte qu’Il est ressuscité, L’a-t-on repoussé très loin, "au plus haut des cieux" selon la formule ? Ainsi, Il serait tranquille dans son coin et nous dans le nôtre ?
Qu’est-ce que la résurrection ? Est-ce une séparation définitive ? Est-ce une manière de se débarrasser de Dieu qui a quitté la vie humaine ? Et maintenant, Il nous laisserait tranquilles, alors nous continuons tout de même à aller tous les dimanches de Pâques à la messe et pour le reste, on se crée de petits arrangements en essayant de bâtir petit à petit des petits trafics avec le Christ pour s’assurer quand même les garanties voulues : une petite dévotion par-ci, un cierge par-là, une petite prière pour quelqu’un, des grands cris lorsqu’on est dans la détresse pour dire à ce moment que le Christ ne s’occupe pas de nous – comme si nous nous occupions de Lui !
Frères et Sœurs, c’est cela le problème posé par la résurrection. Ou bien Jésus est ressuscité et il faut alors se poser la question de savoir où on L’a mis. Ou bien, on ne se pose pas la question : alors, Il est parti, c’est fini.
Et c’est là le drame de nos vies. Où L’avons-nous mis dans notre vie, le Christ ressuscité ? C’est tout de même la question que l’on devrait se poser de temps en temps. On peut bien sûr arranger les choses à sa manière, s’organiser une religion comme on fait sa liste de courses pour le supermarché en choisissant dans les gondoles le produit qui nous plaît. Est-ce cela la reconnaissance de la résurrection ? Pourquoi donc est-Il ressuscité ? Est-ce pour nous quitter définitivement, nous abandonner, nous laisser nous débrouiller ? Je sais que beaucoup de gens, même des chrétiens, pensent que le Christ ressuscité est quelqu’un qui a réglé les affaires, rempli sa mission et nous a quittés pour se rendre "là-haut".
En réalité, la résurrection du Christ est ce qui met le monde en mouvement. Que fait Marie-Madeleine à partir de ce moment où le Christ est ressuscité ? Elle court pour retrouver les disciples terrés dans le Cénacle. Et dès qu’elle annonce la nouvelle, Pierre et Jean prennent les jambes à leur cou, Jean arrivant le premier sans oser entrer. Ils courent en effet pour savoir où on L’a mis et la course ne va pas s’arrêter : ce sera une course effrénée dans le monde entier. En trente ou quarante ans, tout le bassin méditerranéen sera l’objet de l’annonce de l’Evangile : dans toutes les grandes villes du bassin méditerranéen, depuis Jérusalem jusqu’à l’Espagne et de l’autre côté également en Mésopotamie, en Babylonie et en Syrie, l’un des lieux privilégiés de l’évangélisation. C’est une course incroyable qui a fait que les chrétiens ont cru au début qu’il fallait chercher où on L’avait mis. Ils n’ont pas pris cette question à la légère, se disant : « Où L’a-t-on mis ? »
C’était le Christ Lui-même qui se mettait dans le cœur de chaque homme. Voilà la résurrection. Ce jour-là, je ne sais pas où on L’a mis, mais c’est parce que les yeux de Marie-Madeleine ne se sont pas encore ouverts, elle n’a pas vu le Christ dans le cœur de ses frères. Elle aurait presque dû voir dans la surprise de Pierre et Jean que le Christ était déjà à nouveau présent dans leur vie, au Cénacle. Et nous, nous nous demandons aussi peut-être où on L’a mis. L’a-t-on caché dans les sacristies ou dans quelque recoin d’église ? Peut-être L’avons-nous caché dans le secret de notre cœur pour que personne n’en parle ?
En réalité, où avez-vous mis le Christ ? Ce jour-là, le Christ est dans le cœur de tout homme. Et depuis ce jour-là, l’humanité est en mouvement. Depuis ce temps-là, l’évangile est devenu une bonne nouvelle – le fait d’aller à la rencontre de quelqu’un pour lui annoncer quelque chose. Depuis ce temps-là, le Christ est devenu la bonne nouvelle dans le cœur de chacun de nos frères pour être les uns pour les autres une bonne nouvelle.
D’une certaine manière, je pense que l’on devrait de temps en temps, en famille, en groupe, en relation d’amitié ou dans d’autres circonstances, se poser la question : mais où L’a-t-on a mis, le Christ ressuscité ? Qu’a-t-on fait de ce Dieu qui ne demandait qu’à transparaître dans le cœur de tous ceux qui étaient avec nous et autour de nous ? Pourquoi y a-t-il cette complicité du silence ? Il y a une véritable "omerta" de la foi chrétienne dans le monde actuel, pas seulement due à ceux qui veulent étouffer l’affaire, mais aussi à notre manque de courage.
Alors, frères et sœurs, ce matin, il ne s’agit pas de brandir des bannières et d’aller dans les rues dire que le Christ est ressuscité, ce serait un peu primitif et cela ne fonctionnerait pas très bien. Mais que, dans la vérité même des relations que nous avons les uns avec les autres, dans la profondeur même du regard que nous portons sur nos frères, se trouve cette question : où est-Il, le ressuscité dans son cœur et dans sa vie ?
Il est peut-être dans sa souffrance, Il est peut-être dans son désespoir, Il est peut-être dans sa révolte, Il est peut-être dans son bonheur, Il est peut-être dans sa joie. On ne le sait pas. Il est toujours là. Mais encore faut-il se poser la question.

 
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