AU FIL DES HOMELIES

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LE PROGRES, IL FAUT Y CROIRE POUR LE VOIR 

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année C (27 mars 2016)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER

 

C’est le slogan d’une publicité d’EDF qu’on voyait dans les rues d’Aix et d’ailleurs il y a déjà quelque temps. Il était en légende d’une photo du Tower Bridge de Londres éclairé de mille feux au milieu de la nuit, se reflétant sur l’eau de la Tamise. C’est sans doute ça le progrès, des français qui éclairent des anglais, Electricité De France qui éclaire l’un des monuments anglais les plus connus au monde… en économisant 40% d’énergie en moins que les anglais. Mais pour voir réaliser une telle prouesse, il a fallu d’abord y croire…

 

Sans foi en l’avenir et en nos capacités, les meilleures idées et les plus belles inventions ne peuvent pas voir le jour.  C’est vrai sur un plan humain, comme sur un plan chrétien. Il y a un certain nombre de personnes aujourd’hui qui se revendiquent de Jésus et des valeurs chrétiennes d’amour de son prochain, mais sans croire en la Résurrection du Christ.

 

Albert Camus, agnostique déclaré s’il en est, mais tout en étant fasciné par la personne du Christ, reconnaissait ainsi : « Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ et devant son histoire. Mais je ne crois pas à la Résurrection. »  Posture d’intellectuel qui évite de se risquer à croire

 

Plus surprenant, mais non moins avéré, depuis au moins 2 décennies, bons nombres de gens qui se disent chrétiens - pratiquants ne croient pas à la résurrection de la chair professée dans le credo. Précisément parce qu’ils ne voient pas comment cela peut se faire, surtout lorsqu’on meurt carbonisé dans un accident d’avion. Je veux bien croire à ce progrès d’un genre si particulier qu’il confine au prodige, mais pour le croire, selon l’habitude, il faudrait d’abord voir comment cela peut s’expliquer.

 

Voir pour croire ou croire pour voir…That is the question ? Or en Jésus ressuscité que nous célébrons aujourd’hui, la résurrection de la chair nous est révélée comme l’accomplissement de notre humanité. Davantage encore, en Lui, elle nous est même déjà assurée.

 

Et bien frères et sœurs, ce que nous célébrons ce matin est à considérer comme le progrès des progrès. Au lieu d’être considéré comme une vieille croyance archaïque dépassée par les lumières de la raison, jusqu’à être moquée aujourd’hui par la post-modernité ;  en la Résurrection que nous fêtons ce matin, réside le progrès des progrès. Le progrès absolu, le progrès définitif de l’Histoire que Dieu en son Fils Bien aimé vient offrir à l’humanité dans la puissance de l’Esprit Saint. La résurrection n’est pas au profit du Christ, pour Jésus, pour son bien-être, pour son prestige personnel…Elle est pro nobis, pour nous…Un progrès acquis au prix du sang de la Croix et de la puissance de l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts. Et il s’agit même davantage d’une vie nouvelle, d’une plénitude de vie manifestée et offerte en Jésus Ressuscité, à vivre et à consommer sans modération, déjà ici et maintenant,

 

Car déjà ici maintenant, par la grâce du baptême, notre vie est cachée avec le Christ en Dieu.

 

Il ne s’agit donc pas d’attendre la Résurrection comme une récompense dans l’au-delà pour le bien qu’on aura fait ici-bas. Il s’agit non pas de l’attendre, mais de la rejoindre.  De rejoindre la Résurrection par la foi, comme une force de vie cachée en nous, semée en nous au jour de notre Baptême. Un peu comme ces oiseaux qui pour s’élever cherchent à trouver les vents ascendants qui vont les porter plus haut, sans même ne plus avoir à battre des ailes. Ce progrès absolu et définitif, il faut également y croire pour le voir, selon la parole de Jésus ressuscité: heureux ceux qui croient sans avoir vu. 

 

Alors sans doute que notre tête a encore et toujours du mal à croire, parce que notre entendement est dépassé. Mais il n’est pas tant dépassé par le haut, mais par le bas. Non pas tant parce que c’est trop compliqué parce que cela paraît trop simple et facile. Je ne  peux vous inviter alors qu’à regarder de plus près le mystère de Dieu lui-même, à contempler de plus de près le mystère de Dieu révélé en son humanité de Verbe incarné qui se laisse toucher, qui se laisse atteindre, jusqu’aux entrailles. Jésus qui devant les foules sans berger, devant la veuve de Naïm déposant son fils unique en terre, ou encore devant les pleurs de Marie ayant perdu son frère Lazare, laisse parler ses propres entrailles qui crient la vie, qui crient l’amour.

 

Beaucoup plus que nos concepts et notre capacité de raisonnement, ce sont nos entrailles qui éclairent notre intelligence et qui la poussent à accueillir la vérité définitive sur la Vie. Une intelligence est totale et profonde lorsqu’elle écoute non plus seulement les arguments de foi et de raison qui s’affrontent et se corrigent, mais aussi le cri du cœur, le cri   des entrailles qui seuls rendent compte en vérité de l’amour et de la vie, puisqu’ils en sont le siège, puisqu’ils en sont le lieu.

 

Dans l’Evangile de ce matin, nous retrouvons le mystérieux Disciple Bien Aimé qui croit sur le seul tombeau vide, avec les linges restés là. Le premier à croire est celui dont la différence se fait sentir par la qualité de l’amour dont il s’est laissé aimer. Le Bien Aimé. Et remarquez bien qu’il n’a pas besoin de voir Jésus Ressuscité pour croire. Courant le plus vite, il  semble porté par un élan qui lui vient d’ailleurs et qui enflamme les attentes folles d’amour et de joie d’un jeune de 20 ans, qui croit encore au bonheur et à l’amour authentique. Plus que les jambes, c’est le cœur qui est resté jeune, pas encore abîmé par les déceptions de la vie.

 

C’est notre cœur vieilli par le péché, abîmé par les déceptions parfois cruelles, qui nous empêche d’oser la foi. C’est l’élan brisé du cœur humain qui est à réparer, les entrailles déchirées qui sont à consoler.

 

Lorsqu’ elle revient du tombeau vide, en s’adressant au Disciple Bien Aimé en même temps qu’à Pierre, Marie-Madeleine ne sert pas le hasard. Elle voit sans doute en lui un petit frère dans l’ardeur du désir. Elle qui fut tant blessée et aveuglée dans sa quête de l’amour vrai. Elle pressent qu’en lui le désir sauvegardé par la jeunesse et nourri de la parole du Maître, pourra percevoir ce que son cœur angoissé craint d’avoir perdu à jamais. Jean est le Disciple Bien Aimé parce qu’il est le premier à avoir senti dans le cœur humain de Jésus, ce Grand Amour dont il est aimé par son Père, depuis toujours et pour toujours. Ce Grand Amour de Dieu qui laisse parler ses entrailles de miséricorde jusqu’à ressusciter Jésus pour engendrer son humanité crucifiée à la vie éternelle. L’amour ne rend pas aveugle lorsqu’il est puisé à la source du cœur et des entrailles de Dieu. Chaque dimanche, c’est ce mystère que nous célébrons et auquel nous communions. La victoire du Grand Amour. Le Christ s’offre à nous dans l’eucharistie comme notre lumière, il nous attire en venant à nous.  C’est bien au corps glorieux de Jésus que nous communions, recevant dans la pauvre terre aride de notre être la semence de vie éternelle qui va venir séjourner jusqu’au plus profond de nous-mêmes, jusqu’au plus profond de nos entrailles. Pas de notre cerveau, mais de nos entrailles !

 

En bas à gauche de la publicité d’EDF et de la photo illuminée du Tower Bridge de Londres, il était marqué en filigrane un autre slogan qui donnait le motif premier de la publicité : « l’énergie est notre avenir, économisons-la ». Tout emprunt de pertinence écologique, devenu incontournable de nos jours, ce dernier slogan n’en reste pas moins un peu anxiogène. Comme l’expression d’un principe de précaution qui prend des précautions par peur de l’avenir qui s’amenuise.

 

Mais avec le Ressuscité nous n’avons plus peur ! Désormais, l’avenir ne s’amenuise plus, au contraire il augmente ! Et par l’eucharistie, il nous augmente jusqu’ à l’éternité. Oui frères et Sœurs, désormais c’est la Résurrection qui est notre avenir. Un avenir à consommer et à partager entre tous et sans modération ! Il y a 12 paniers pleins qui attendent ! Bon et Saint Dimanche de Pâques ! Le Dimanche de la Victoire du plus grand de tous les amours !

 

 

AMEN

 
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