AU FIL DES HOMELIES

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IL VIT ET IL CRUT

Ac 10, 34a.37-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Messe du jour de Pâques – année B (1er avril 2018)
Homélie de Monseigneur Jean-Louis BRUGUÈS

Cette nuit, mes amis, dans cette église, comme dans toutes les églises du monde, une joie folle a éclaté. Folle, je dis bien, non pas délirante, non pas débridée, non pas comme quand on désigne une voiture folle sur la route ou l’autoroute, folle au sens où saint Paul parlait de la folie de l’évangile. Folle, parce qu’elle portait, parce qu’elle porte encore sur un fait qui échappe à tout le bon sens du monde : un homme mis à mort et exécuté trois jours auparavant s’avère, s’affirme bel et bien vivant.

Jésus est vraiment ressuscité et voilà le motif de notre joie, une joie qui ce matin se fait plus sobre, mais n’en demeure pas moins aussi profonde. Oui, cet homme, à qui on avait arraché la vie en le clouant sur deux morceaux de bois, cet homme est vivant. Il n’est pas vivant seulement dans le souvenir de ses amis comme lorsqu’après un décès, on dit parfois que le défunt laisse un souvenir vivant. Il n’est pas vivant comme une sorte de fantôme. Le Christ n’est pas un revenant. Il n’est pas vivant comme quelqu’un qui aurait été réanimé, comme ce fut le cas de Lazare, dans l’évangile qui a été proclamé il y a quinze jours à peine. Résurrection n’est pas réanimation, retour à une vie en deçà de la mort. Et on peut penser, on doit penser que ce Lazare qui pourtant avait été rappelé à la vie, a fini par s’éteindre lui aussi, comme chacun de nous, une fois pour toutes.

Non, le Christ est vivant de cette résurrection qui, au-delà de la mort, débouche sur une autre vie ; une vie toute autre, toute neuve, qui saisit l’être tout entier. Jésus est vivant de cette vie-là. Oh, bien sûr, on ne peut pas imaginer cette vie, parce que pour la décrire, il faudrait faire appel à des images, à des termes qui sont ceux de notre vie, ici, aujourd’hui. Or il s’agit de tout autre chose. Une vie nouvelle, certes inimaginable mais pas tout à fait impensable. D’elle, nous pouvons dire en vérité qu’elle est totalement libérée du cahin-caha de nos joies et de nos peines. Elle est immortelle au-delà de toutes nos morts, paisible au-delà de tous nos conflits, heureuse au-delà de toutes nos tristesses. Elle est la vie même de Dieu, impalpable mais bien réelle car nous ne saurions réduire le réel à ce que nous pouvons voir de nos yeux charnels, à ce que nous pouvons entendre de notre raison humaine.

Il y a dans l’évangile qui vient d’être proclamé, une phrase que je trouve extraordinaire. Ce disciple que Jésus aimait – Il aimait tous les autres mais disons, Il avait une préférence pour celui-ci –, ce disciple, Jean, avait vu qu’on avait scellé le tombeau – il faut se représenter ces tombeaux de la Palestine de l’époque comme creusés dans le roc avec une porte de pierre très lourde, très forte. Jean a vu que ce tombeau était ouvert et vide, vide du corps supplicié de Jésus. Et voici la phrase : « Il a vu et il a cru ». On ne parle pas de ses états d’âme, on ne parle pas de ses réflexions, de ses supputations. Il voit et il croit. Il croit en toute certitude en cette vie nouvelle, impalpable mais réelle. Cette vie de Celui qu’il cherchait et qu’il ne trouve plus, ce Jésus ressuscité qui se dérobe à son regard, à son regard de chair, à sa raison mais pour se révéler à son regard de foi.

Lui, Jean avait vu, et nous nous n’avons pas vu. Mais nous faisons confiance à ceux qui ont vu et qui nous en parlent et qui le décrivent et qui le commentent et c’est cela, mes amis, l’Église, cette confiance placée en ceux qui ont vu Jésus et qui nous le racontent, qui en témoignent, qui nous le transmettent. On ne peut pas accéder à Jésus en dehors de son Église. Cette foi que nous sommes invités à proclamer aujourd’hui de manière plus solennelle, c’est celle de Jean : « Il a vu et il a cru ». C’est cette foi-là qui fait de chacun de nous, quel que soit notre âge, quelle que soit notre situation, un chrétien. Être chrétien, ce n’est pas d’abord opérer un tri entre les croyances, entre les articles du Credo pour n’apporter que ce qui s’accommoderait à notre raison, à ce que nous pouvons comprendre, à nos états d’âme peut-être. À ce compte-là, la résurrection du Christ risquerait fort d’être écartée comme déraisonnable. Pour nous, mes amis, pas de foi à la carte ! Être chrétien, c’est essentiellement dire "oui" à ce fait que nous n’avons pas vu mais qui a été rapporté par des témoins pleinement sûrs comme Jean, comme Pierre, comme Marie-Madeleine et bien d’autres – des témoins dignes de foi –, apporter un "oui" éclairé, lucide, vigoureux, et ce matin particulièrement joyeux au Christ ressuscité.

Saint Paul écrit que si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine. Pourquoi vaine ? Parce qu’à ce moment-là, la mort garde tout son pouvoir. Elle est le dernier mot et toutes ces "avant mort" que sont nos souffrances, nos tristesses, n’ont aucun sens. Alors que pour le croyant, elles constituent comme autant de germinations, d’éclosions de la vie nouvelle. Si le Christ n’est pas ressuscité, même nos joies, si profondes soient-elles, ne sont que des intermèdes, alors qu’elles doivent représenter comme un avant-goût, comme une promesse de la joie définitive qui sera la nôtre si nous acceptons de mettre nos pas dans les pas de Celui qui a été ressuscité.

« Il vit et il crut ». Si vous n’aviez qu’une phrase à retenir de cette célébration au milieu de tant d’autres, ce pourrait être celle-ci : « Il vit et il crut ». Et appuyé sur ce que Jean a vu, nous aussi qui venons après lui, longtemps après lui, deux mille ans après lui, nous croyons que la mort n’est pas le dernier mot, le fin mot de notre aventure humaine, mais un passage ; en d’autres termes, une pâque, c’est-à-dire un accès à cette vie dont vit le Christ aujourd’hui, éternellement, définitivement. Nous croyons que cette vie du Christ a été greffée sur nous, au moment de notre baptême. Et tout à l’heure, lorsque nous allons procéder au baptême de ces deux bébés, nous allons nous remémorer notre propre baptême. C’est à ce moment-là que quelque chose de neuf nous a été donné, quelque chose de vivant qui nous travaille du dedans, qui nous transforme peu à peu, qui nous pénètre de lumière, et qui nous fait goûter, ne serait-ce qu’à certains moments bien sûr, à cet amour qui vient tout droit du cœur de Dieu. Nous croyons, aujourd’hui plus que jamais, que notre vocation profonde est d’être heureux, non pas d’un bonheur quelconque, mais d’un bonheur pascal, celui qui nous est offert par le Christ mort et ressuscité.

Bonne Pâque à tous !

Bonne nouvelle vie !

Alléluia !

 
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