AU FIL DES HOMELIES

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JE SUIS ENCORE AVEC TOI

Ac 10, 34a + 37-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Jour de Pâques – année A (12 avril 2020)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Noli me tangere Fra Angelico

Noli me tangere (Fra Angelico)

 

Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement que nous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

 

Christ est ressuscité, frères et sœurs, joyeuses fêtes de Pâques !

Nous commençons ce monde nouveau, ce jour nouveau, le jour qu’a fait le Seigneur, et je vous propose, une fois n’est pas coutume, de commencer par un chant grégorien, un des plus beaux morceaux de grégorien qui existe, précisément celui qui a été choisi pour la messe de Pâques aujourd’hui. Je vous donne d’abord la traduction et je vous le commentResurrexi grgorienerai après.

Voici la traduction : « Je me suis réveillé – ou je me suis levé, je suis ressuscité – et je suis encore avec toi, alléluia ! Tu as posé ta main sur moi, alléluia ! La connaissance que tu as de moi est admirable, alléluia ! Alléluia ! »

Voici le chant grégorien qui est l’un des plus beaux morceaux du quatrième mode :

 

Voilà, j’ai fait quelques petites erreurs, mais c’est le matin de Pâques et on est un peu ému en chantant cela, vous comprenez. En fait la résurrection, cela ne peut pas vraiment se dire, il faut le chanter, un peu comme ces chantres romains, ou on ne sait pas d’où, qui ont inventé cette mélodie qui semble tombée du ciel… Alleluia ! L’alléluia ici, c’est le bonheur, le bonheur de la présence et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui. Vous avez remarqué le choix du texte, c’est de l’Ancien Testament : « Je me suis levé et je suis surpris, je suis encore avec Toi ». La première interprétation, c’est le Christ qui était émerveillé d’être auprès de son Père, depuis la nuit des temps, depuis l’origine du monde, bien avant, de toute éternité, Il est près de son Père, mais je crois aussi qu’Il est émerveillé parce qu’Il est près de nous.

C’est peut-être cela le paradoxe qui continue un peu ce que je vous ai proposé en méditation hier soir. C’est vrai que sa présence nous échappe, qu’on ne peut pas mettre la main sur la présence du Ressuscité. Nous ne possédons pas la résurrection. Déjà la vie est un don mais alors si la résurrection était une récupération pieuse et qui a envie de prendre, de s’approprier Dieu, s’approprier la vie de Dieu, si c’était cela, ce serait scandaleux. Non, « Je suis encore avec toi », Il nous le dit à nous. Le Christ Lui-même s’émerveille du fait qu’Il est encore avec nous, à ses risques et périls ; Il est encore avec nous pour nous accompagner dans l’épreuve du confinement, pour nous accompagner dans l’épreuve du deuil, pour être là quand il faut mais avec cette distance du mystère du Royaume.

Frères et sœurs, c’est pour cela qu’au moment de la Passion, Marie a toujours envie d’empoigner Jésus, elle veut toujours Lui mettre la main dessus, c’est merveilleux d’une certaine manière, c’est très féminin, c’est tellement beau et tellement touchant, et quand Il est avec nous sur la terre, Il laisse faire. Il lui laisse casser le vase de parfum très précieux sur ses pieds et Il la défend contre Judas qui veut organiser des plans de bienfaisance. Là encore, elle veut L’empoigner. Elle croit encore au mode de la présence en se précipitant vers son Seigneur : « Seigneur, je suis là, Tu ne te rends pas compte mais Tu ne fais pas attention à moi ! » Jésus lui dit : « Ne me touche pas, Je suis vraiment là, mais cette présence ne retire rien à la transcendance de ce que Je suis au Père, Moi le Christ qui ai toute l’humanité dans mes bras – et même sur les bras ».

Voilà ce que c’est que la résurrection. Le Christ nous a sur les bras et il faut qu’Il se dépatouille avec nous ; c’est magnifique ! Cela veut dire qu’il n’y a plus d’inquiétude, il y a ce chant d’émerveillement de la présence. En fait, quand quelqu’un est présent on devrait simplement chanter pour lui ou pour elle, c’est tout. C’est cela aujourd’hui, la joie de la résurrection.

Fêter la présence ! C’est vrai qu’on ne peut pas actuellement en temps de confinement, mais c’est « noli me tangere », c’est-à-dire de même qu’avec le coronavirus il ne faut absolument pas se laisser toucher par lui parce que c’est épouvantable, mais là tant pis, c’est le Christ, on ne peut pas Le toucher, mettre la main sur Lui. Il est là et, vous le voyez dans ce jardin qui ressemble, pour ceux qui viennent de temps en temps au moment de l’Avent ou même régulièrement, c’est le même jardin que celui de l’Annonciation, avec les mêmes arbres, la même clôture, le jardin bien clos, le jardin de la rencontre de Dieu, le jardin de la présence du Ressuscité. A cette époque-là, ce n’était pas Marie-Madeleine, c’était la Vierge Marie. Aujourd’hui, Il est dans le jardin et Il nous invite dans son jardin. C’est d’une certaine manière la chanson populaire qui illustrerait le mieux cette scène de Marie-Madeleine : « J’ai descendu dans mon jardin, pour y cueillir l’humanité ».

Frères et sœurs, laissons-nous cueillir, laissons-nous saisir, et je vous invite tous à boire une bonne coupe de champagne à la joie de la résurrection du Christ, joie du Christ émerveillé, « Je suis encore avec toi » et nous émerveillés, « Tu es encore avec nous ». Amen.

 
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