AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE TOMBEAU VIDE

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année B (12 avril 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Issoire : Chapiteau du choeur - Le tombeau vide 
Frères et sœurs, l'événement de la résurrection du Christ, la Pâque de Jésus que nous célébrons aujourd'hui, s'est manifesté aux disciples de plusieurs manières. La manifestation la plus connue ce sont les apparitions de Jésus aux différents disciples : apparition aux saintes femmes dont nous lisions le récit cette nuit, apparition à Marie-Madeleine dont nous parlerons au cours de cette semaine, apparitions aux disciples réunis dans le Cénacle et à ceux qui se rendaient à Emmaüs, apparition à une foule en Galilée. Ces apparitions de Jésus sont pour chacun des bénéficiaires de ces apparitions, la manifestation qu'il est vivant. 

       En même temps, parallèlement, il y a une autre manifestation de la résurrection de Jésus, celle dont nous parle l'évangile d'aujourd'hui : la constatation du tombeau vide. Cette constatation, Marie-Madeleine l'a faite la première, elle a vu la pierre roulée mais elle n'est pas entrée dans le tombeau. Elle a été immédiatement affolée, le Christ apparemment n'était plus là, il était sorti du tombeau, du moins c'est ainsi qu'elle interprète ce qu'elle voit, et elle court appeler les disciples. Pierre et Jean viennent au tombeau. Jean arrive le premier, il se penche mais il n'entre pas dans le tombeau, pour que Pierre soit le premier à constater la résurrection du Christ. Les disciples ont pu ainsi témoigner que le tombeau était vide. 

       Les apparitions sont évidemment plus précises sur la vie du Christ ressuscité mais en même temps, elles sont étroitement liées à l'expérience spirituelle de celui qui reçoit la grâce de cette apparition. C'est comme cela que nous verrons que Marie-Madeleine d'abord ne reconnaît pas Jésus, elle le prend pour le jardinier. C'est seulement quand Jésus l'appelle par son nom : "Marie", que son coeur est touché, ses yeux s'ouvrent et elle comprend que c'est le Seigneur. Pour plusieurs apparitions il en va de même, il faut que Jésus touche le cœur de celui à qui il s'adresse pour qu'il reconnaisse pleinement en lui le Christ qui a vécu sur la terre pendant de nombreuses années. 

       Dans le cas du tombeau vide, nous n'avons pas de manifestation de la présence de Jésus de façon tangible, c'est plutôt son absence qui est manifestée. Mais la psychologie des disciples qui constatent que le tombeau est vide n'intervient pas dans cette constatation. C'est un fait objectif, brut : le tombeau est vide. Evidemment, il y a une interprétation possible et l'évangile de saint Matthieu nous dit que c'est celle que les grands-prêtres ont essayé de répandre : si Jésus n'est plus au tombeau, c'est qu'on l'a enlevé (Vois Mt. 28, 11-15). Les grands-prêtres feront dire que les disciples sont venus, qu'ils ont pris le corps et l'ont fait disparaître pour qu'on ait l'impression qu'il n'est plus là, qu'il est ressuscité. On pourrait dire aussi que ce sont les grands-prêtres eux-mêmes qui ont pris le corps du Christ pour le faire disparaître et qu'on n'en parle plus. On peut donc interpréter ce tombeau vide de différentes façons. 

       Seulement, il est intéressant de constater en écoutant l'évangile que nous venons d'entendre qu'il y a une autre manière d'appréhender ce tombeau vide. On nous dit : "Jean plus jeune et plus rapide que Pierre arriva le premier au tombeau et se penchant, il aperçoit "les linges" gisant à terre, et cependant, il n'entra pas" (Jn 20, 3-5). Après que Pierre soit entré et ait constaté que le tombeau était vide, on nous dit : "Alors entra aussi l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier. Il vit et il crut" (Jn 20, 8). Qu'a-t-il vu qui puisse porter son cœur à la foi ? Pourquoi a-t-il cru ? Le simple fait que le tombeau soit vide ne prouve rien, on aurait pu enlever le Christ. 

       Il faut regarder davantage la scène. Qu'est-ce que Jean le disciple bien-aimé a vu ? qu'est-ce que Pierre a vu ? La plupart du temps on traduit que Pierre, comme Jean voient les "bandelettes" à terre. Le mot qu'on interprète par "bandelettes" est un mot plus général qui signifie les linges, c'est d'ailleurs ce que je viens de vous lire. Il ne s'agit pas d'enterrer comme les Égyptiens en entourant la momie de bandelettes (les juifs n'ont jamais enterré de cette manière-là). Les juifs enterraient dans un linceul, une sorte de grand drap qui était serré autour des mains et autour des pieds pour qu'ils tiennent sur le corps du mort. Par conséquent, ce mot ne peut pas vouloir dire "bandelettes", mais très certainement "linges" au sens général, désignant le linceul et les attaches. 

       Les linges à terre : nous pensons immédiatement (qu'il s'agisse de bandelettes ou de linges), qu'ils étaient jetés par terre, en tas, comme si Jésus se levant du tombeau, ressuscité, avait jeté par terre les linges dont il était couvert, avant de déplacer la pierre, ce que Marie-Madeleine a vu. En réalité, quand on dit les "linges à terre", on ne veut pas dire les linges "jetés" par terre en vrac, mais cela désigne les linges affaissés sur place, restés sur le sol de la banquette funéraire (selon l'usage pour enterrer les morts à cette époque). Les linges sont restés sur place, mais ils sont vides. C'est cela que Jean a vu. Il a vu le suaire (c'est-à-dire la mentonnière pour entourer le visage), à sa place, avec rien dedans. Il a vu que le corps du Christ était absent non pas parce qu'on l'avait dérobé, les linges alors auraient été froissés, non pas parce qu'il s'était levé pour sortir du tombeau, parce que là aussi les linges auraient été déplacés, mais le corps du Christ n'était plus là parce qu'il avait littéralement disparu. Le corps du Christ, à la différence des cadavres des morts de tout l'univers, n'est pas resté dans ce monde, il a disparu, il n'est plus de ce monde. Le Christ n'est pas mort dans le déroulement des événements de ce monde, il a été retiré de ce monde. 

       C'est déjà cela le thème de la résurrection. Le Christ ne fait plus partie de notre monde parce qu'il est le principe d'un monde nouveau. Le Christ a été arraché par le Père, par l'Esprit Saint à son appartenance à ce monde pour être le fondement, le principe d'un monde nouveau que nous appelons le Paradis ou le Ciel, qui est le lieu où le Christ vivant, avec son corps, ressuscité, nous attend pour que nous puissions nous aussi ressusciter avec notre corps pour vivre éternellement dans le bonheur de Dieu. Cette absence du corps du Christ, là où il aurait dû se trouver, c'est cela qu'a vu Jean, et c'est cela qu'il a compris comme le fondement de sa foi. Le Christ n'est pas un cadavre qui reste dans un tombeau, le Christ est vivant d'une vie supérieure qui prend en charge sa vie terrestre pendant les longues années durant lesquelles il a vécu dans sa famille et fréquenté ses disciples. La vie du Christ ressuscité assume toute la réalité de son corps pour le faire entrer dans la gloire même du Père, cet immense échange d'amour qui de toute éternité unit le Père au Fils et à l'Esprit Saint. Le Christ par son Incarnation avait en quelque sorte quitté la proximité du Père (non pas qu'ils puissent se séparer l'un de l'autre), mais comme le dit saint Paul (Phil. 2, 6-7), il avait renoncé à sa dignité divine pour pouvoir se faire serviteur humble, pauvre comme nous et partager notre vie. Pendant un peu plus de trente ans, il a ainsi partagé notre vie terrestre en toutes choses. Pour pouvoir vivre comme nous, apprendre, grandir, mourir comme nous, il a fallu qu'il mette comme entre parenthèses sa vie divine pour qu'elle ne transfigure pas immédiatement son humanité. Une fois qu'il est mort, qu'il a tout partagé avec nous jusqu'à la mort, rien n'empêche qu'il ressuscite. Il peut désormais, puisqu'il a tout assumé, tout partagé, tout vécu comme nous, il peut désormais avec tout ce qu'il est comme homme uni à sa divinité, retourner dans le sein du Père, c'est-à-dire dans la joie immense et infinie de l'amour du Père et de l'Esprit. 

       Le Christ se trouve au cœur de Dieu avec sa  nature d'homme, avec son corps d'homme. C'est pour cela que ce corps ne se trouve plus dans le tombeau parce qu'il est assumé dans la gloire où il nous prépare une place pour que nous aussi nous entrions dans la gloire de Dieu non seulement avec notre esprit, avec notre âme, mais aussi avec notre corps. La résurrection du Christ est le principe de notre résurrection et le principe de la résurrection de l'univers. Toutes choses ont été créées par Dieu pour parvenir à cette plénitude de lumière et de bonheur que Dieu connaît de toute éternité et dans laquelle il veut nous recevoir pour que nous soyons remplis de son bonheur. Dieu nous a créé pour la joie, pour l'amour. Il a voulu en se faisant homme en Jésus-Christ venir nous chercher par la main pour nous introduire à travers la mort et la résurrection dans le bonheur éternel qui est le sien. 

       Frères et sœurs, que cette fête de Pâques soit pour nous la promesse de cette résurrection. Que le Christ qui nous précède dans le monde nouveau nous y accueille, que nous fassions partie de ce monde dont il est le principe par son corps ressuscité, un monde nouveau dont nous ne pouvons rien savoir ici-bas, sinon qu'il est le résumé, la récapitulation de tout ce que Dieu a créé, de toutes choses créées par Dieu et assumées dans la gloire. Que cette fête de Pâques soit pour nous l'espérance de cette vie véritable dans laquelle, unis au Christ, nous serons pour toujours avec le Père et l'Esprit. 

       AMEN 


 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public