AU FIL DES HOMELIES

Photos

IL VIT ET IL CRUT

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année B (15 avril 1979)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C'est sur le témoignage oculaire des apôtres qu'est fondée notre foi. Le disciple bien-aimé, celui qui était avec Pierre, qui a couru avec lui au tombeau, qui a attendu que Pierre entre le premier, qui a vu qui a cru, c'est celui-là même qui écrit le quatrième évangile. Il témoigne de ce qu'il a vu. Notre foi à nous qui n'avons pas vu, à nous qui croyons sans voir, notre foi repose sur les yeux des témoins, sur les yeux des disciples. Jean a vu et lui-même écrira : "Bienheureux vous qui croyez sans avoir vu !" Bienheureux car la certitude, la foi qui remplit votre cœur est aussi ferme, fondée sur le témoignage de ceux qui ont vu, que ce témoignage lui-même. "Il entra dans le tombeau, il vit et il crut".

Qu'a-t-il donc vu dans le tombeau ? Il nous le dit lui-même : il a vu le tombeau vide. Ce tombeau dans lequel il avait vu déposer le corps de Jésus mort, deux jours auparavant, au soir du vendredi. Ce tombeau, il le voit déserté. Les dernières découvertes philologiques comme aussi les recherches scientifiques faites au sujet du Saint Suaire de Turin nous permettent d'expliquer plus exactement les mots employés par l'évangéliste. Il n'a pas vu "les linges pliés" ; il a vu littéralement "les linges qui avaient entouré le corps de Jésus "affaissés", posés. "Affaissés" c'est-à-dire ne recouvrant plus ce corps que ces linges enveloppaient et enserraient étroitement, selon la coutume des juifs, comme le même évangéliste le précise en parlant de l'ensevelissement. Les linges affaissés … alors qu'il s'agissait d'un linceul qui enveloppait le corps et qui était lui-même entouré par des linges qui le fermaient. Il a vu aussi "le suaire", c'est-à-dire littéralement la mentonnière, non point "roulée à part" mais encore en cercle comme elle était autour de la tête de Jésus mort, non pas posée en un autre endroit mais comme elle était primitivement, c'est-à-dire en place. Jean a vu le linceul et la mentonnière tels qu'ils étaient autour du corps de Jésus, non pas pliés, non pas arrangés, non pas déchirés, mais purement et simplement vidés de leur contenu, sans qu'aucune intervention extérieure soit venue déplier ces linges. Ils se sont affaissés sur eux-mêmes par la disparition, au plan physique, de ce corps qu'ils enveloppaient.

L'événement de Pâques que nous célébrons aujourd'hui est un événement tout à fait véridique, tout à fait précis. Il ne s'agit pas d'une légende, il ne s'agit pas d'impression subjective, il ne s'agit pas de l'imagination de quelques hommes qui ont rêvé quelque chose de plus beau que nature ; il s'agit de la constatation oculaire, visuelle de ces témoins que sont les disciples mêmes de Jésus. Ils sont venus au tombeau croyant trouver le cadavre comme il y avait été déposé. Et même quand Jésus leur apparaîtra vivant, ils n'en croiront pas leurs yeux, car ce n'étaient pas des illuminés, ce n'étaient pas des "mystiques" comme on dit ; c'étaient des hommes ayant bien les pieds sur terre et qui ont eu du mal à croire ce qui paraît incroyable. Mais, comme le dit Jean : "J'ai vu, j'ai cru, afin que vous aussi vous croyiez."

L'événement de Pâques est un événement absolument concret. C'est dans sa chair que Jésus est ressuscité. Il ne s'agit pas d'une survie spirituelle, il ne s'agit pas d'immortalité de l'âme comme nous l'expliquaient déjà les philosophes grecs. Il s'agit encore moins d'une survie dans le souvenir des disciples qui ont aimé Jésus et qui gardent dans leur cœur la mémoire des faits et gestes de Jésus. La résurrection du Christ, c'est la résurrection de sa chair. C'est son corps, son corps en tout semblable au nôtre, son corps fait de cette matière avec laquelle est faite notre propre corps, c'est ce corps crucifié, ce corps flagellé, ce corps blessé, ce corps transpercé, ce corps qui est mort, ce corps qui a perdu son sang, ce cœur qui a cessé de battre, dans lequel le sang a cessé de circuler et le principe de vie a cessé de palpiter. C'est ce corps qui a été enseveli, mis au tombeau, enfoui dans la terre et dans la mort, c'est ce corps qui est ressuscité, qui est vivant, ce corps qui a disparu du linceul sans que personne ne soit venu l'enlever, sans que personne n'ait déplié ni déchiré ce linceul, c'est ce corps de Jésus qui est ressuscité.

Notre foi est fondée sur cet événement historique, cet événement incardiné dans notre histoire, enraciné dans l'expérience de ces hommes qui L'ont vu de leurs yeux. C'est pourquoi notre religion n'est pas une foi désincarnée, incorporelle, éloignée de la vie concrète. Notre religion, notre foi est enracinée dans l'expérience de ces hommes et elle pénètre notre expérience à nous dans ce qu'elle a de plus concret, de plus charnel et de plus quotidien. Nous sommes disciples de Jésus ressuscité dans tous les instants de notre vie, dans tous les actes les plus modestes. Oui, Jésus est vivant et Il nous communique sa vie qui est une vie plus profonde mais non moins réelle que celle que nous voyons de nos yeux une vie profonde, intense mais qui est la source, qui est le fondement, qui est le noyau, qui est le cœur de toute vie possible, de toute expérience possible.

Nous vivons de la vie de Jésus ressuscité, nous vivons de la vie de Jésus vivant. Voilà pourquoi, en cette fête de Pâques, toute notre célébration est concentrée sur cette participation à la vie de Jésus. Cette participation qui a été insérée, greffée dans notre propre existence par notre baptême et qui, cette nuit, a été communiquée à l'un d'entre nous par le baptême.

Etre ressuscité, pour le Christ, c'est devenir le premier d'une humanité nouvelle, d'une humanité vivante. Etre ressuscité, pour Jésus-Christ, c'est communiquer à ses frères, à tous les hommes, à nous tous qu'Il a tellement aimés, qu'Il ne cesse d'aimer d'un immense amour à tout instant, c'est communiquer sa vie pour que nous en vivions. C'est cette vie que Jésus veut donner à Sophie, à Jean-Baptiste, à Julien pour qu'elle soit en eux comme une source d'eau vive, comme une source jaillissante se répandant en vie éternelle. Le Christ ressuscité va insuffler son Esprit de vie au cœur, au tréfonds, à la racine de ces enfants comme Il l'a fait pour chacun de nous, au début de notre vie de chrétien. Et aujourd'hui, en cette fête de Pâques, tous, nous revivons notre baptême, tous nous réactualisons cette insertion très concrète de notre vie dans la vie de Jésus.

Peut-être au cours de votre vie, au cours de l'année, au cours de vos journées êtes-vous assaillis par des soucis, par des pensées, par des préoccupations qui vous détournent de l'essentiel parce qu'elles ont une certaine urgence qui capte votre attention ou bien parce qu'elles attirent la passion de votre cœur. Peut-être n'avez-vous pas le temps ou croyez-vous n'avoir pas le temps de penser à Dieu, de penser à la vraie vie, de penser au vrai bonheur, mais aujourd'hui, en cette fête de Pâques, aujourd'hui où vous êtes venus ici pour acclamer le Christ Ressuscité. Je vous en prie, frères, pensez à l'essentiel, à cet essentiel qui est au fond de chacun d'entre nous, à cette vie qui est la vraie vie, à cette joie qui est la vraie joie, à ce bonheur qui est le seul bonheur possible et que le Christ a voulu insérer au fond de l'existence de chacun d'entre nous.

Nous tous qui sommes baptisés, nous tous qui avons revêtu le Christ, nous tous qui sommes remplis de son Esprit, écoutons le murmure de cet Esprit au fond de notre cœur. Écoutons jaillir cette source d'eau vive intarissable. Écoutons cette eau vive couler sur le front des ces enfants. Réjouissons-nous car eux aussi sont vivants. Tous, nous sommes vivants de cette vie. Réjouissons-nous car le Christ nous a aimés, Il a donné sa vie pour nous et Il est ressuscité du tombeau pour nous entraîner à sa suite dans la vraie joie.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public