AU FIL DES HOMELIES

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CE SILENCE DE DIEU QUI EN DIT SI LONG SUR SA PRÉSENCE

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année C (30 mars 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Lorsque Pierre et Jean se rendent en grande hâte au tombeau, lorsqu'ils se penchent vers le sépulcre, constatant que la tombe de Jésus est vide, lorsqu'ils s’en retournent étonnés chez eux, il ne se passe absolument rien d’autre qu'un grand silence.

Ces deux hommes n'ont rien dit, accomplis­sant cette marche inattendue dans le silence. Ce si­lence, ils savaient déjà qu'il contenait tous les mystè­res du passé, du présent et de l’avenir. Au commen­cement Dieu créa le monde, sans bruit, dans le si­lence. Dieu créa l'homme et la femme dans le silence de l’amour. Le Christ vient s’incarner en la chair, dans la prière silencieuse de Marie, la Vierge mère. Le Christ dans la nuit de la mort, ressuscite, dans le plus profond silence. Aujourd'hui encore, frères et sœurs, pour chacun d’entre nous, Dieu vit dans le silence. Lorsque l'un d’entre nous tombe gravement malade, lorsqu'un être cher, par accident, est tout à coup plongé dans le coma, lorsque l'enfant, lorsque l'époux, lorsque le frère s'enfonce dans la mort et l'ap­parente absence, lorsque des fiancés marchent ensem­ble, se regardent l'un l'autre, lorsque l'ami est en pré­sence de son ami, lorsque les deux époux si âgés vi­vent depuis si longtemps l'un près de l'autre, il ne se passe en fait rien d'autre qu'un grand silence.

N’avez-vous pas remarqué, frères et sœurs, que les moments les plus profonds, les plus heureux, les plus douloureux, les plus magnifiques ou les plus tragiques, nous savons toujours les entourer de si­lence? Pourquoi ? Parce que nous connaissons la me­sure exacte du silence qui est, à ce moment-là, la pa­role la plus vraie, la parole qui ne se paie pas de mots, la parole qui en dit le plus long. N’est-ce pas que nous savons faire cela ? surtout peut-être aux moments les plus durs, dans la maladie ou dans la mort, notre fa­çon d’exprimer notre affection, notre présence, notre amour, notre amitié, c’est tout simplement de nous taire. Mais nous savons, vous savez bien, chacun d'entre vous, quel est le poids de gravité, de proxi­mité, d'intimité que vous voulez manifester par votre silence.

Frères et sœurs, si nous sommes pauvres et pécheurs, bien souvent indélicats, bien souvent lointains ou indifférents, si nous nous savons vivre et garder ce silence dans ces moments les plus graves de notre vie, pourquoi Dieu ne le ferait-Il pas ? Pourquoi voudriez vous que Dieu au moment où vous-mêmes vivez dans le silence ces événements de la vie, pourquoi voudriez-vous qu'Il parle ? Pourquoi voudriez-vous qu'Il ne garde pas, Lui aussi le silence devant la mort, comme vous ? Pourquoi voudriez-vous que Dieu fasse moins que vous?

Il n’y a pas de problème de l'absence de Dieu, il n’y a pas de problème du silence de Dieu. Il y a simplement, parce que nous sommes chrétiens, à trouver dans notre silence le sens du silence de Dieu, car Lui aussi connaît le prix du silence, Il veut manifester à ceux qui sont dans l'épreuve ou dans la joie, dans la douleur, dans le deuil ou l'amour, Dieu veut par son silence, vous manifester sa présence. Il veut, par son silence, vous parler au cœur beaucoup plus qu'à l'intelligence. Il veut, par son silence vous dire qu’Il est là avec vous, en faisant comme vous, comprenant, souffrant, aimant tout ce que vous vivez, souffrez ou aimez.

Voyez-vous, nous sommes, nous autres, des bavards et nous voudrions que Dieu soit bavard. Et bien, non. Dieu est Parole, mais Il n’est pas bavar­dage. Dieu est Parole, mais Il est Parole silencieuse, parce que le silence, c'est la plus belle des paroles, le silence exprime bien plus que tous nos pauvres mots, le silence est vraiment la traduction la plus belle, la plus profonde, la plus intime de la présence véritable. Et lorsque nous ne savons pas garder le silence, c'est en définitive parce que nous avons peur de la vérita­ble présence de l'autre ou de nous-mêmes. Lorsque nous demandons à Dieu de parler, de s'expliquer sur les événements du monde, sur les événements de no­tre vie, c'est parce que nous avons peur d’un Dieu silencieux, c'est-à-dire d’un Dieu qui vient non pas expliquer les choses, non pas changer les choses, mais vivre les événements avec nous, et pour que nous le comprenions bien, Il les vit comme nous, dans le si­lence de sa présence.

Frères et sœurs, vous qui êtes venus ce matin pour célébrer la Pâque du Christ, désormais de façon plus profonde et plus vraie, croyez que Dieu, dans son silence, est plus présent que toute parole, que toute explication. Croyez que dans tout ce que vous vivez, même si vous ne le comprenez pas, même si ça vous déroute, même si ça vous enfonce dans la désespé­rance, croyez que Dieu est là, plus vrai, plus présent, plus aimant, plus ressuscité que s'Il parlait.

Souvenez-vous de Pierre et Jean, allant au tombeau et entrant dans le silence du Christ ressus­cité, au moment où ils pénètrent dans sa tombe vide. Oui frères et sœurs, ce silence est au fond de votre cœur. Il faut simplement savoir pratiquer la présence intime de Dieu en vous, qui murmure comme cette eau qui va couler sur le corps de Thomas et Lucien, qui murmure sa présence féconde, sa présence qui sauve, qui réjouit, sa présence qui ressuscite. Je vous rappelle les paroles du pape Jean Paul II adressées aux chrétiens de France lors de la messe au Bourget en Juin 1980, je vous demande de les graver dans votre cœur afin qu'elles éclairent votre vie : "Dans tous les événements de notre vie, quels qu'ils soient, le problème de l'absence du Christ n’existe pas, le problème de son éloignement de l'histoire n'existe pas, le silence de Dieu à l'égard des inquiétudes du cœur et du sort de l'homme n'existe pas non plus. Car il y a un seul problème qui existe toujours et partout : le problème de notre présence auprès du Christ res­suscité, le problème de notre permanence dans la vie du Christ, de notre intimité avec la vérité authentique de ses paroles et avec la puissance de son amour. Il n'existe qu'un seul problème, celui de notre fidélité au silence de l’Alliance avec la sagesse éternelle qui seule source de toute croissance de l'homme et de l'humanité. C'est le problème de la fidélité aux pro­messes de notre baptême au nom du Père, au nom du Fils, au nom de l’Esprit".

 

AMEN


 

 

 
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