AU FIL DES HOMELIES

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RÉINCARNATION OU RÉSURRECTION DE LA CHAIR ?

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (19 avril 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd'hui la Résurrection du Christ, la Pâque du Seigneur Jésus, et cette fête n'est pas seulement le centre de notre foi, elle n'est pas seulement l'élément essen­tiel sur lequel s'édifie la foi de l'Église, cette fête est l'évènement central de notre vie, de notre vie person­nelle, de la vie de chacun d'entre nous, car le Christ est ressuscité, prémices de notre propre résurrection, puisque comme le disait saint Paul tout à l'heure : "Nous sommes ressuscités avec le Christ" (Colossiens 3,1). Qu'est-ce à dire, frères et sœurs ? le Christ est ressuscité, le Christ est sorti vivant du tombeau, le Christ est vainqueur de la mort. Le Christ est ressus­cité, ce n'est pas qu'Il survive dans le souvenir de ses disciples, qu'Il survive dans le souvenir de son Église. Le Christ est ressuscité, ce n'est pas l'immortalité de son âme, ce n'est pas la durée éternelle de sa divinité. Le Christ est ressuscité, c'est sa chair qui est ressus­citée, c'est son corps, son corps de chair, son corps que l'on peut voir, toucher, qui est sorti vivant du tombeau. Le Christ est ressuscité, et nous venons de l'entendre dans l'évangile, Jean, le disciple que Jésus aimait, Pierre, le disciple que Jésus a choisi pour être le fondement de son Église, sont venus au tombeau et ils ont vu les linges affaissés, le corps du Christ ayant disparu. Parce qu'Il est ressuscité, le corps du Christ ne fait plus partie de ce monde, Il est passé dans le monde nouveau. Il ne s'est pas décomposé, il n'est pas retourné au cycle de la nature, il est passé, intact, de ce monde au Père et c'est son absence qui marque le lieu où Il était. C'est pourquoi nous dit l'évangile en parlant du disciple bien-aimé : "Il vit et il crut", il vit les linges vides et il crut à la résurrection. Le Christ est ressuscité dans sa chair, et lors de l'apparition à l'apôtre Thomas, Jésus lui dira : "Avance ta main, mets-la dans mon côté, avance tes doigts, mets-les dans la trace des clous". le Christ est ressuscité dans sa chair, et apparaissant à ses disciples, Il leur dira : "Voyez que J'ai une chair et des os comme un fantôme n'en a pas". Et devant leur étonnement et leur incré­dulité, Il ajoutera : "Avez-vous quelque chose à man­ger", et devant eux Il mangera du pain et du poisson grillé. Le Christ est ressuscité dans sa chair, et la fête que nous célébrons aujourd'hui, c'est la fête de la glo­rification du corps du Christ, de la chair du Christ, de la Résurrection corporelle, charnelle du Christ. Aussi bien si cette fête est notre fête, si cette fête est l'évè­nement le plus important de la vie de chacun d'entre nous, c'est parce qu'elle est non seulement l'annonce, mais la promesse, mais la garantie, la certitude pour nous tous de notre propre résurrection, de la résurrec­tion de notre chair, comme nous le disons dans le Credo.

Oui, le Christ est ressuscité, et nous aussi nous ressusciterons avec Lui, non pas seulement pour une survie spirituelle, notre religion n'est pas un spi­ritualisme, mais pour une survie totale, complète, de tout notre être, de la tête jusqu'aux pieds, pour une survie, une vie nouvelle, une vie plus grande, plus profonde, plus totale de notre être tout entier. C'est cela le centre de notre foi, c'est cela la promesse qui nous est donnée aujourd'hui. Nous sommes appelés à la vie, non seulement à la vie intérieure, non seule­ment à la vie spirituelle, non seulement à la vie du cœur ou de l'intelligence ou de l'âme, mais à la vie de notre être tout entier, corps et âme, chair et esprit, à la vie de tous nos membres, de toute la réalité la plus concrète qui est la nôtre.

Frères et sœurs, de nos jours beaucoup d'oc­cidentaux sont séduits par un certain nombre de doc­trines venues d'Orient que nous comprenons et assi­milons d'ailleurs plus ou moins bien. Et parmi ces doctrines, beaucoup d'entre nous sont séduits par l'idée d'une réincarnation, c'est-à-dire l'idée qu'après notre mort, ayant dépouillé notre corps qui est déposé au tombeau et qui retourne à la nature, nous recom­mencerons une autre vie dans un autre corps, celui qui était prince devenant serviteur ou celui qui était es­clave de venant roi, voire une réincarnation dans une forme animale. C'est un fait que beaucoup de gens sont séduits aujourd'hui par cette doctrine d'une réin­carnation. Eh bien, il faut dire fermement qu'il n'y a rien de commun entre notre foi en la résurrection et cette idée d'une réincarnation, car l'idée d'une réincar­nation, c'est l'idée que notre corps est un moyen qu'on utilise, puis qu'on dépose, après quoi on en utilise un autre qu'on laissera de côté à son tour, un moyen pour que notre âme, notre principe spirituel s'avance pro­gressivement dans la vie vers une vie éternelle, vers une amélioration intérieure, morale et spirituelle. Le corps est à ce moment-là un lieu d'épreuve, un lieu de mise a l'épreuve, c'est un moyen par lequel notre âme s'avance dans sa propre excellence et dans le propre approfondissement de sa réalité.

Il n'y a rien de semblable dans notre foi en la résurrection. Si nous croyons à la résurrection, ce n'est pas parce que notre corps serait un moyen tem­porairement utilisé pour servir à notre âme de véhi­cule vers une amélioration d'elle-même. Si nous croyons en la résurrection de la chair, c'est parce que notre corps lui-même est l'objet de l'amour de Dieu, loin d'être un simple moyen, notre corps fait partie de notre personne, notre personne est une personne in­carnée, faite d'esprit et de chair, et ces membres de notre corps ne sont pas des éléments secondaires, méprisables, négligeables, provisoires, les moindres membres de notre corps font partie de notre être le plus profond, ils ont été créés par Dieu avec amour. Et Dieu qui a créé par amour chacune des cellules de notre être, Dieu qui regarde avec amour le moindre des membres de notre corps et le moindre des gestes de notre corps, Dieu qui, nous dit l'évangile, compte tous les cheveux de notre tête, Dieu qui par amour nous a façonnés avec les traits de notre visage comme ceux de notre caractère, Dieu qui a fait tout cela par amour n'a rien fait pour le néant. Si Dieu nous a fa­çonnés, âme et corps, avec amour, c'est pour que cette âme et ce corps, objets de son amour entrent dans la vie de son amour et fassent partie de la lumière éter­nelle de son amour. Dieu nous a faits pour que nous participions à sa vie avec tout ce que nous sommes, et pas seulement avec une partie plus spirituelle et éthérée de nous-mêmes, c'est notre être tout entier qui est appelé à la vie, et c'est pour cela que nous croyons en la résurrection de la chair, non pas un corps temporaire que l'on délaisse pour en prendre un autre, mais ce corps, notre corps, nous-mêmes, nous-mêmes incarnés, nous-mêmes concrets, tout cela appelé à la vie.

Comment cela ? nous n'en savons rien, et cela n'a pas d'importance, là n'est pas le problème, mais le Christ en ressuscitant avec son corps, celui qu'Il a reçu de la vierge Marie, ce corps qui a eu faim et soif, ce corps avec lequel Il s'est assis au bord du puits pour parler à la samaritaine, ce corps dont saint Jean nous dit : "nous l'avons touché de nos mains, nous l'avons vu de nos yeux, nous l'avons contemplé", ce corps du Christ qui avait été façonné par l'Esprit Saint, avec amour, dans le sein de la vierge Marie, ce corps du Christ ressuscité, principe, prémices de notre résurrection, principe et prémices de la résurrection de tout l'univers. Car tout l'univers, y compris dans ses éléments matériels, a été créé par amour pour Dieu, et Dieu ne veut rien abandonner de ce qui est l'objet de son amour.

Frères et sœurs, être chrétien c'est avoir un immense respect, une estime profonde pour tout ce que nous sommes, pour toute la réalité de notre être, pour tout ce que nous avons reçu de Dieu. Un chrétien n'est pas quelqu'un qui méprise son corps, ou qui le rejette, ou qui le brime, ou qui essaie de le réduire en servitude. Un chrétien, c'est quelqu'un qui sait que son corps est le temple de l'Esprit Saint, c'est-à-dire le lieu de la présence de Dieu, qui sait que son âme et son corps sont l'objet de la sollicitude et de la tendresse de Dieu. Et par le baptême, c'est déjà le principe de cette vie qui est déposé au fond de notre cœur. Par le bap­tême, ce baptême que vont recevoir dans quelques instants ces enfants qui sont là parmi nous, par ce baptême nous sommes plongés dans le mystère de la vie jaillissante du Christ, de cette vie jaillissant comme une source, de cette vie qui va envahir ces enfants comme elle a envahi chacun d'entre nous, corps et âme, pour que nous soyons tout entiers sau­vés. Oui, ces enfants, Médéric, Emmanuel, Virginie, Siméon, vont recevoir en eux le principe d'une vie nouvelle, d'une vie qui ne finira jamais, d'une vie qui prendra tout ce qu'ils sont, corps et âme, pour en faire le temple de l'amour de Dieu. Et Cyrille qui va rece­voir pour la première fois le corps et le sang du Christ Jésus, Cyrille qui va communier pour la première fois avec nous, au milieu de nous qui communierons au­jourd'hui comme nous avons si souvent déjà commu­nié dans notre vie, Cyrille en recevant le corps du Christ va recevoir en lui le germe de la résurrection et de la vie de sa propre chair.

Frères et sœurs, en nous rappelant notre bap­tême, en recevant le corps et le sang du Christ, en nous unissant avec ces enfants qui vont être baptisés et avec Cyrille qui va communier, en vivant ainsi notre Pâque, nous affirmons que nous sommes en­fants de Dieu que nous sommes remplis de la vie de Dieu, que nous sommes appelés à la vie éternelle de Dieu, que tout notre être est l'objet de l'amour de Dieu, que déjà en nous la résurrection commence jusqu'à la plus humble des fibres de notre chair.

 

AMEN

 

 

 
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