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LA RÉSURRECTION DU CHRIST ET NOTRE RÉSURRECTION

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (15 avril 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Il n'est plus ici …

 

"Il vit et il crut". Jean, qui écrit ce quatrième évan­gile et qui est cet autre disciple, celui que Jésus aimait, qui avait couru avec Pierre au tombeau, témoigne : "J'ai vu et j'ai cru". Qu'est-ce donc que Jean a vu pour croire ? Jean a vu le tombeau vide et, d'ailleurs, la pierre avait été roulée et enlevée pour manifester que ce tombeau, désormais, était vide, sans utilité, sans signification. Jean a vu le tombeau vide : mais la première interprétation, toute simple, celle que Marie-Madeleine d'ailleurs a avancée, c'est que l'on a enlevé le corps du Seigneur. Quelqu'un est venu, peut-être les juifs, peut-être des disciples bien intentionnés. On a enlevé le corps du Seigneur, il n'est plus dans le tombeau. Si c'était cela seulement, il n'y aurait pas grand-chose à croire. Jean a vu, mais il n'a pas vu seulement le tombeau vide, car s'il avait seu­lement vu un tombeau vide, il aurait pu, comme Ma­rie-Madeleine, interpréter cette absence du corps de Jésus par le fait qu'on l'avait dérobé. Pourtant il af­firme : "Il vit et il crut". le disciple a vu et il a cru. Qu'a-t-il donc vu ? il a vu dans ce tombeau vide les linges affaissés, les linges, c'est-à-dire le linceul qui enveloppait le corps du Christ. Selon la coutume de l'époque, on enterrait le corps dans un grand drap qui passait sous le corps et le recouvrait ensuite par-des­sus, un pan du drap étant ramené par-dessus le corps. Or, ces linges étaient affaissés sur place. C'est-à-dire qu'ils n'étaient pas dérangés, ils n'étaient pas jetés par-terre, froissés, en désordre, ils n'étaient pas non plus pliés dans un coin, ils n'étaient pas dans l'état où ils auraient dû se trouver si quelqu'un était venu dérober ce corps, si quelqu'un était venu enlever le cadavre. Les linges étaient à leur place, simplement ils étaient affaissés parce que le corps qui aurait dû être dans ces linges n'y était plus.

"Il vit et il crut". Frères et sœurs, quand nous imaginons la Résurrection du Christ, nous sommes tentés de penser non pas que les juifs ou les disciples sont venus dérober Son corps, mais que Jésus s'est comme réveillé de son sommeil et qu'il s'est assis sur le bord de la couchette mortuaire puis qu'il s'est levé et est sorti du tombeau. Si Jésus était ressuscité ainsi, les linges auraient été froissés, déplacés, jetés par terre, exactement comme si on avait enlevé le corps de Jésus. Or les linges n'étaient pas froissés, ils n'étaient pas jetés à terre, ils n'étaient pas déplacés, ils n'étaient pas roulés dans un coin : les linges étaient sur place, tels quels, affaissés, c'est-à-dire vidés du corps qui aurait dû être présent dans ces linges. En fait, quand le Christ est ressuscité, Il ne s'est pas ré­veillé du sommeil pour se mettre debout et aller faire un petit tour quelque part. Quand le Christ est ressus­cité des morts, sa Résurrection n'est pas un supplé­ment de vie terrestre qu'Il s'est donné. Il faut bien que nous comprenions que la résurrection du Christ n'est pas semblable au miracle de la résurrection de Lazare. Quand Lazare est sorti du tombeau, à la parole de Jésus qui l'appelait dehors, ce miracle a consisté en ce que Lazare a repris vie pour un temps supplémentaire d'existence sur la terre, après quoi, Lazare est "re-mort". Il est mort à nouveau parce que ce supplément de vie était semblable à la vie normale, ordinaire, de la terre, une vie temporaire, passagère.

Pour le Christ, quand nous disons qu'il est ressuscité, nous ne disons rien de semblable. Le Christ ressuscité ne meurt plus. Sa vie n'est plus une vie mortelle. Ce n'est pas une vie de la terre. Il n'est pas quelque part sur la terre. Il ne coule pas des jours tranquilles dans un endroit quelconque de Palestine ou d'un autre pays. Il n'a pas vécu encore un certain temps ou bien, chose plus encore extraordinaire, tous les temps. Le Christ est ressuscité, c'est-à-dire qu'Il est entré dans une vie nouvelle, une vie renouvelée, une vie autre que la vie de la terre. Le Christ n'est pas ressuscité pour un supplément de vie terrestre. Le Christ est ressuscité pour la vie d'un monde nouveau. La Résurrection du Christ est l'inauguration d'un monde nouveau.

Mais encore, le Christ est entré dans ce monde nouveau non pas seulement avec son âme, cela encore nous pourrions le comprendre. Nous croyons en général qu'à la mort, l'âme ne disparaît pas, que quand on enterre le corps dans le tombeau, l'âme continue à vivre. On dit "l'âme retourne auprès de Dieu". Notre âme, c'est-à-dire le principe de notre vie, se trouve dans le Paradis, dans le ciel, auprès de Dieu dans le bonheur, face à face avec Lui. Ceci fait partie de la foi spontanée, non seulement des chrétiens, mais aussi de beaucoup d'autres hommes et femmes de religions différentes. Le Christ n'est pas entré dans une vie nouvelle seulement avec son âme, c'est son corps qui était dans le linceul, c'est son corps qui était enveloppé par ce drap, ce linceul qui se trouve sur place, affaissé, vidé de son contenu. C'est non seule­ment avec son âme, mais avec son corps que le Christ est entré dans un monde nouveau. C'est cela la Résur­rection du Christ Nous croyons que le Christ dans son âme et dans son corps, dans sa chair, est ressuscité. C'est dans cette chair matérielle comme celle de notre propre corps que le Christ est entré dans un monde nouveau.

Ce monde nouveau, ce n'est pas un monde à côté du nôtre. Cela ne veut pas dire que le Christ est allé au-delà du système solaire, dans une quelconque étoile lointaine, qu'il est allé dans une autre galaxie ou même dans un univers qui serait semblable au nôtre, mais à côté, en-dehors. Dans ce cas-là, le Christ ferait toujours partie de ce monde, ce serait simplement un supplément quantitatif que nous ajoute rions à notre monde. Le Christ, avec son âme et avec son corps, est entré dans le Monde Nouveau. Si le Christ est vivant, non seulement dans sa vie invisible, mais dans son corps de chair, Il est nécessairement quelque part, mais pourtant, Il n'est pas quelque part à l'intérieur de notre univers. Le Christ, avec son corps, est le prin­cipe, le point de départ d'un univers nouveau. Non pas un univers nouveau qui se construirait à côté, en de­hors de notre univers, qui serait une banlieue supplé­mentaire de notre univers, mais dans un univers diffé­rent, c'est-à-dire dans une structure nouvelle du monde. Notre monde dont nous faisons partie, ce monde dans lequel nous marchons, nous voyons, nous vivons, ce monde dont nous respirons l'air, ce monde dans lequel nous nous déplaçons et, avec les progrès scientifiques, rien n'empêche que nos déplacements s'amplifient, on ne se contente pas d'aller en ville, on ne se contente pas de faire le tour de la terre, mainte­nant on peut aller sur la lune et bientôt sur une autre planète et, pourquoi pas, en dehors du système so­laire, tout ceci n'est qu'une question de progrès tech­nique, le Christ n'est pas quelque part dans ce monde où il nous inviterait à le rejoindre. Ce monde nouveau n'est pas un monde à côté du monde ancien, c'est no­tre monde, mais devenu autre, restructuré, reconstitué autrement. Cela n'a pas encore eu lieu, pour le mo­ment notre monde ancien continue d'exister. Je suis en train de vous parler au milieu de ce monde où, en tout cas, dans un coin de ce monde beaucoup d'autres hommes et femmes parlent et se rencontrent dans tous les coins de ce monde. Et là où nous ne sommes pas, il y a peut-être d'autres êtres, en tout cas il y a des étoiles qui tournent autour les unes des autres.

Le Christ nous appelle à un monde nouveau qui n'est pas ce monde actuel, mais qui est ce monde quand il sera transformé, Car non seulement l'évan­gile nous le dit, mais les savants ont l'air d'accord ce monde finira, ce monde s'use. Petit à petit, il se dé­grade, la quantité d'énergie qu'il y a dans ce monde n'est pas infinie, elle est limitée et petit à petit l'éner­gie est dépensée, le monde vieillit. Notre monde peu à peu va vers sa mort. Cet univers dans lequel nous sommes, mourra, comme chacun d'entre nous mourra. Comme notre corps sera enterré dans la terre, de la même manière ce monde lui aussi, un jour, cessera d'exister. Mais nous croyons que la mort n'est pas la fin de la vie. Nous croyons qu'après la mort, il y a la Résurrection, non pas pour un supplément de vie comme Lazare, mais pour une vie nouvelle. Eh bien, ce monde qui s'use, ce monde qui est fragile et mortel, ce monde mourra, mais il ressuscitera c'est-à-dire il revivra d'une façon que nous ne pouvons pas imagi­ner, que nous ne pouvons pas nous représenter parce qu'il sera autre, différent, non pas un autre monde quelque part, mais ce monde devenu autre, ce monde restructuré, refaçonné. Dieu qui l'a créé, en quelque sorte avec ses mains, avec ces mêmes mains façon­nera à nouveau ce monde comme le Christ, avec son corps mort sur la croix, a été enterré dans le tombeau, est ressuscité le matin de Pâques, comme chacun d'entre nous, au jour de notre mort, nous cesserons de vivre et notre corps sera enterré, mais il ressuscitera.

Le Christ est mort et ressuscité, ce monde mourra, il ressuscitera, chacun d'entre nous mourra, notre corps mourra, mais il ressuscitera. C'est cela l'espérance que les chrétiens ont dans leur cœur, c'est cela qui fait la force et la foi des chrétiens. Nous croyons que la mort n'est pas la fin de la vie, nous croyons que non seulement le principe spirituel qu'on appelle l'âme est plus fort que la mort, mais que cette vie nouvelle est assez puissante pour faire revivre même notre corps, même cet univers, comme cette puissance a fait revivre le corps du Christ. Nous croyons en la Résurrection du Christ, nous croyons à la Résurrection de la chair, nous croyons en un monde nouveau qui est le monde dans lequel nous vivons, mais ressuscité après être passé à travers la mort que nous constatons tous les jours dans l'usure de ce monde.

Frères et sœurs, la fête de Pâques c'est cette foi, une foi difficile à nous représenter, car bien sûr comment pourrions-nous imaginer l'inconnu, com­ment pourrions-nous imaginer un monde autre que notre monde ? Aussi bien ne s'agit-il pas d'imagina­tion, il s'agit de foi. Nous croyons que le Christ est vivant, nous croyons que le Christ est vivant dans sa chair, nous croyons, puisque la chair du Christ est vivante, qu'elle est le principe de la vie pour notre chair et pour la chair du monde. Nous croyons que l'univers se relèvera de ses ruines, nous croyons que chacun d'entre nous se relèvera de son tombeau. Voilà la foi qui est au centre de notre vie chrétienne.

Frères et sœurs, la fête de Pâques c'est la fête de la Résurrection du Christ, c'est la fête de notre Résurrection. Et cette Résurrection de notre propre corps, de notre propre chair se prépare jour après jour. Cette Résurrection de notre propre chair, elle se pré­pare d'abord par le baptême. Par le baptême, nous sommes plongés dans l'eau, ce qui est un symbole, ce qui est un signe, car l'eau c'est ce qui fait vivre. Etre plongé dans l'eau, c'est le signe que nous sommes plongés dans la vie, dans la vraie vie, nous sommes plongés dans le mystère de la vie nouvelle du Christ, nous sommes plongés dans la mort du Christ pour rejaillir dans sa Résurrection. C'est ce que nous allons vivre maintenant avec Florent et Ségolène qui vont être baptisés comme nous avons tous été baptisés au début de notre vie chrétienne. Nous entrons dans le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ. Notre baptême est le principe de notre mort et de no­tre Résurrection, à chacun d'entre nous.

Et aussi se prépare en nous cette Résurrection de notre corps par la communion eucharistique. Quand nous communions au corps et au sang du Christ nous recevons le corps vivant du Christ. Dans le pain, c'est le corps du Christ ressuscité, dans le vin, c'est le sang du Christ ressuscité et vivant. Et ceux qui communient, comme le feront tout à l'heure pour la première fois Anne-Laure, Rodrigue et Aurélien, ceux qui reçoivent dans leur bouche et dans leur corps ce pain qui est le corps du Christ ressuscité, ils reçoivent en eux la semence de la Résurrection pour leur propre corps. Par le baptême, par l'eucharistie, c'est la com­munication de vie du Christ ressuscité à nous-mêmes, qui s'opère, c'est la communication de vie du corps du Christ ressuscité à notre propre corps mortel et appelé au-delà de la mort à la résurrection.

Voilà notre foi, frères et sœurs, voilà ce que nous célébrons aujourd'hui en cette fête de Pâques. Voilà ce que nous allons accomplir, maintenant dans le sacrement du baptême et tout à l'heure dans le sa­crement de l'eucharistie.

 

 

AMEN