AU FIL DES HOMELIES

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LE JOUR SUCCÈDE A LA NUIT

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année B (30 mars 1997)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Le jour succède à la nuit Certes c'est une vérité, mais encore peut-être faudrait-il comprendre ce que, pour nous aujourd'hui, cela signifie que ce jour, ce jour de Pâques, ait succédé à la nuit. J'ai passé ma nuit, je ne vais pas vous faire de révélations trop secrètes, j'ai passé la nuit à célébrer le Seigneur à scruter sa venue à travers toutes les lumières qui pouvaient surgir ça et là. Je n'étais pas tout seul, cette église était pleine. Certes j'ai oublié peut-être de scruter autre chose, je me suis rendu compte que j'avais oublié de regarder le passage de la comète Anhoc qui ne passe que tous les 4600 ans. Donc j'ai raté vraiment quelque chose, je ne pense pas être là ni vous non plus dans quatre mille ans. Et d'ailleurs c'est une activité très louable puisque certains, semble-t-il, étaient très contents d'avoir re­gardé une lumière dans la nuit, des traînées de lumière dans la nuit et trouvaient cela très magique. Je ne mets pas en doute le fait que ce soit important et que ce soit magique. Mais il y a eu plus important que le passage de cette comète.

Nous avons célébré le Seigneur en allumant un grand feu sur la place, en bénissant ce feu nou­veau, en préparant un cierge qui est là, le cierge pas­cal. Tout le monde l'a suivi, une lumière à la main, et cette église qui était dans la nuit, peu à peu s'est éclai­rée de la lumière de chacun. Et nous avons déjà fait renaître de l'eau et de l'Esprit cinq catéchumènes qui sont devenus enfants de Dieu, et déjà nous avons communié à la Pâque du Seigneur. Tout cela a été pour nous des signes de la présence de Dieu dans notre nuit. Ca a duré jusqu'à trois heures du matin, voyez la liturgie conserve bien parce qu'aussi bien les gens de la chorale qui y étaient que nous, on n'a pas encore l'air trop défraîchi. Et il se trouve qu'effecti­vement la liturgie, c'est ce qui conserve parce que c'est ce qui nous permet d'être éternellement jeunes dans le Seigneur parce que nous sommes remplis de sa nouveauté qui nous appelle à un jour qui n'a pas de fin.

Le jour succède à la nuit. Nous sommes les enfants de ce jour, d'aujourd'hui. Le jour succède à la nuit, et c'est le Christ Lui-même qui le signifie, qui le manifeste, qui le révèle. Le Christ, personne ne l'a vu ressusciter, personne n'a vu cette douce lumière. Seuls, les yeux du Christ se sont ouverts et ont re­gardé le Visage du Père et compris son Amour, mais cela s'est passé dans les ténèbres. Et les lumières que l'on allume dans la nuit sont là pour manifester ce secret, cette confidence de la Résurrection. Mais au petit matin, il en est tout autrement, il en va tout au­trement car peu à peu les gens se sont réveillés et ont commencé à aller au tombeau. Marie-Madeleine, alors qu'il fait encore sombre, constate que la pierre a été roulée. Et si l'on prend tous les témoignages des évangélistes, nous allons comprendre que Christ se manifeste au petit matin. Il apparaît ressuscité à ses disciples, à la même Marie-Madeleine dans le jardin alors qu'il fait jour. Il apparaît aux disciples en plein jour, et même saint Jean nous dira que le matin, sur le bord du rivage, déjà Jésus était là, alors que le soleil se lève. Et Jésus va être avec eux toute la journée, Il sera encore avec les disciples d'Emmaüs alors que le soleil est en train de décroître, Il est là présent auprès d'eux et a rempli leur journée. Christ au jour de sa Résurrection, a été la vraie Lumière, le vrai soleil, Celui qui a éclairé le cœur des disciples, des apôtres, de Marie-Madeleine et de quelques autres. Il s'est fait pour eux le jour parce qu'Il est Lui-même le jour sans fin.

Frères et sœurs, aujourd'hui, nous manifestons ce jour du Seigneur qui se manifeste à nous, qui se révèle. Jésus-Christ nous appelle à être les enfants d'un jour, d'un jour qui n'a plus de fin, d'un jour qui est un jour d'éternité, d'un jour qui est rempli de sa présence. Toute notre vie devrait se récapituler en un jour : celui d'aujourd'hui, le jour où le Christ hum­blement est présent simplement au milieu de nous. Et le Christ, pour comprendre quelle est la particularité de ce jour, nous appelle à passer vraiment dans le jour nouveau, à aller vers le jour, à courir au petit matin, à l'accueillir alors que le soleil est à son aplomb, et en­core lorsque le soleil décroît à comprendre qu'Il est là, comme pour les disciples d'Emmaüs, dans le pain qu'Il rompt et dans lequel ils le reconnaissent. Christ nous appelle à sortir des ténèbres et à ne pas rester dans la nuit. Christ nous appelle à vivre de sa lumière, de sa clarté. Cela est important. Comment compren­dre le jour si l'on ne quitte pas la nuit ? Comment comprendre la douce lumière qui veut éclairer nos cœurs si nos cœurs restent prisonniers d'un tombeau ?

Frères et sœurs, le jour succède à la nuit. Et bien que les chrétiens nous montrent que nous som­mes les enfants du jour, que les chrétiens nous fassent comprendre qu'ils sont les enfants de la lumière, que les chrétiens nous fassent comprendre qu'ils sont le visage de la Résurrection, que les chrétiens nous fas­sent comprendre qu'ils sont les enfants de l'Amour, que les chrétiens nous fassent comprendre qu'ils sont le visage du bonheur, de la vie, de la grâce, que les chrétiens nous fassent comprendre que Dieu est vi­vant.

Frères et sœurs, il nous faut passer de la nuit au jour, il nous faut être les enfants de la lumière. Mais encore faut-il accepter de voir le jour et de com­prendre qu'une lumière a éclairé nos ténèbres. Encore faut-il comprendre et saisir que nous sommes faits pour la Vie, que nous sommes faits pour le bonheur et la grâce. Certes je n'oublie pas que notre vie quoti­dienne est souvent plutôt remplie de ténèbres ou de sombre clarté. Mais en somme si nous n'espérons plus, au jour de la Vie et au jour de la Résurrection que le Christ nous donne de célébrer aujourd'hui, nous n'avons plus rien à annoncer. Où est notre évangile ? où est notre Bonne Nouvelle ? où est le salut ? Le salut, il est dans le fait qu'avec le Christ j'accepte de passer de la nuit au jour, de ne pas en rester à ce qui est ténèbres au fond de moi. C'est accepter de ne pas rester enfermés dans le tombeau, mais de découvrir que, sans que je m'en rende compte, la pierre a été roulée.

Frères et sœurs, Dieu ne fera rien de plus que de rouler la pierre, de faire lever le petit jour, il nous restera la liberté de sortir de notre tombeau. Nous sommes les enfants du jour et de la lumière, acceptons alors cette lumière qui peut nous éclairer. Acceptons de n'être pas à nous-mêmes la lumière, acceptons de voir le jour se lever. Acceptons de n'être pas le centre, mais d'être simplement parfois un sépulcre blanchi pour accepter d'être vivants dans le jardin du paradis.

Frères et sœurs, passer de la nuit au jour, mais je n'oublie pas que nous souffrons, je n oublie pas que nous mourons, je n'oublie pas que nous sommes an­goissés, je n'oublie pas que nous sommes dans la dé­tresse ou que nous sommes dépressifs. Mais frères et sœurs, le salut c'est de passer de tout cela à autre chose, le salut, c'est vouloir ne pas se laisser enfermer par tout cela. C'est vouloir dire : il y a une victoire, et la victoire c'est celle de la Vie du Christ sur la mort, sur notre mort. Si nous célébrons aujourd'hui la Ré­surrection, mais c'est bien pour dire à ce monde la joie de Pâques, c'est de dire que quelqu'un, avant nous, ce quelqu'un qui est la source même de la Vie, de la lu­mière et de la grâce, a accepté de passer dans la nuit, mais de ne pas en rester à la nuit, d'affronter le petit jour, de se lever à l'aurore pour la Bonne Nouvelle, d'être le soleil sans déclin pour ceux qui gisent dans l'ombre de la mort, d'être la victoire sur ceux qui pen­sent être déjà abattus et vaincus.

Frères et sœurs, le jour succède à la nuit. Si c'est vrai pour la réalité de la création, d'une manière presque banale que l'on ne s'en rend plus compte, c'est encore plus vrai pour chacun de ceux qui ont été bap­tisés, ça va l'être pour ceux qui aujourd'hui, Raphaël, Hugo et Louis, vont être plongés dans l'abîme des ténèbres et de la mort, avec le Christ pour ressurgir et ressusciter avec Lui dans la Vie. Et ensuite le vête­ment blanc comme la lumière qui brille au cierge pas­cal voudra bien dire que désormais, au cœur même de leur vie, une lumière qui ne s'éteint pas a été allumée.

Frères et sœurs, le chrétien s'il accepte que sa nuit soit transformée en jour, s'il accepte que sa nuit soit quand même le lieu même où désormais va brûler peu à peu la douce lumière du Christ, si le chrétien accepte que sa nuit ne soit pas simplement une nuit qui n'en finit pas, mais le commencement du jour du Seigneur, alors nous ferons de chacun de nos jours, nous ferons de ce jour une éternité.

Frères et sœurs, c'est à cela que Dieu nous appelle aujourd'hui, c'est à cette célébration de la Ré­surrection, de la Vie, de la lumière et du jour que Dieu nous appelle. Aujourd'hui, dans nos ténèbres et dans nos nuits, le Christ veut laisser jaillir sa flamme, Il est passé Lui-même dans la nuit pour nous faire passer, avec Lui, dans le jour. Acceptons-nous au­jourd'hui de vivre l'éternité de Dieu ? Acceptons-nous aujourd'hui de nous engager au petit matin dans son Amour, dans sa gloire et dans sa grâce ? Acceptons-nous tout cela ? C'est à nous d'y répondre et c'est l'enjeu de ce jour, car ce jour de notre vie, c'est le jour pour toute notre vie, celui de l'éternité de Dieu pour nous.

 

 

AMEN

 

 
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