AU FIL DES HOMELIES

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JE CROIS EN VOUS

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (4 avril 1999)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Je crois en vous. Voilà, c'est tout. Non pas moi, mais Dieu croit en vous, vraiment et même quand il n'y a aucune raison de croire. Le pre­mier qui a la foi dans toue cette histoire, c'est Lui. Une foi incroyable, au sens propre du terme. Il n'y a aucune raison, et le monde nous le prouve tous les jours, que Dieu ait gardé cette foi et cette espérance en vous, en moi. Non, nous sommes capables du pire, nous développons des trésors d'imagination pour nous haïr, mais Dieu croit en nous, Il renouvelle chaque matin, chaque instant, chaque seconde et encore plus ce matin, sa foi en l'homme.

Reprenons le chemin de sa foi pour compren­dre quel est le chemin de notre foi, de ce pourquoi ce matin vous êtes là, et que vous voulez venir, goûter, pressentir, recevoir, cueillir le fruit de la paix qui des­cend et dont vous avez besoin, vous, les hommes, nous, les hommes, dans ce cœur labouré, dans ce cœur abîmé, dans ce cœur parfois désespéré, sinon endeuillé, que Quelqu'un, enfin, vienne mettre un baume, une paix, une lumière, une certitude. C'est Dieu qui est venu planter, comme on plante un dra­peau, qui est venu planter en ce matin quelque chose en nous que nous ne pourrons pas enlever mais que nous pourrions ignorer.

Il est venu planter, en chacun de vous, par le baptême, à un moment donné, comme nous allons le faire pour ces quatre enfants, Tout ce qu'Il est, Il n'a rien ôté de ce qu'Il était, Il a tout donné, Il a tout tra­versé, même ce qui n'est pas imaginable et Dieu sait que nous avons de l'imagination en matière de mort, en matière de haine, en matière de malédictions : elles sont toutes déjà endossées, comprises, portées, traver­sées, transfigurées, ressuscitées, même si nous ne le voyons pas, même si nous ne le constatons pas, il y a en chacun de nous, maintenant possibilité dans l'ins­tant même de renverser ce qui est mauvais en bien parce que Dieu s'est planté en nous et qu'Il ne lâchera pas prise si nous y consentons par la foi, la nôtre.

Il faut bien que nous consentions à être ce qu'Il croit que nous pourrions être pour Lui. Nous pouvons nous détourner de Lui, et nous le faisons parfois, parfois nous le faisons même collectivement, de façon magistrale, nous nous détournons de la bonté de la création. Il ne tient qu'à nous que, sans nous désespérer, que chacun de nous recommence le travail de la lumière, le travail de la paix, le travail de la ré­conciliation, le travail de la Résurrection. C'est comme une œuvre que nous devons reprendre qui nous embellit et qui nous anoblit. Si Dieu croit en l'homme, c'est pour qu'Il soit son ami afin que ceux qui allaient vers la mort se retournent et que sans arrêt ceux qui vont vers la mort se retournent encore. J'al­lais dire, il y a une sorte d'entêtement en Dieu, ce n'est pas simplement le matin de Pâques, c'est chaque ins­tant qui est un matin de Pâques. Reprenons le chemin du matin de Pâques : ils ont couru.

Travailler pour la paix, travailler pour le bien, travailler pour la gloire, cette lumière que Dieu met dans l'homme, c'est notre pain, il nous faut le manger pour que nous puissions nous mettre à l'œuvre et faire lever la pâte. Il nous faut manger le pain de l'eucha­ristie pour qu'en nous se lève le pain du bien, du beau de Dieu. Et nous sommes là pour cela, et nous sommes là, ici, pour renouveler et découvrir que la façon dont Dieu me regarde et me scrute porte toute l'espérance intacte, totale et que rien de ce que j'ai fait dans ma vie, rien de ce que vous avez fait dans votre vie n'a touché cette espérance que Dieu porte sur vous. Rien. Tout ce qui est à l'avance : mort, lâcheté, médiocrité, tous ces visages avant terme de ce néant et de ce vide qui parfois saisit notre cœur ou le cœur des autres, Jésus l'a pris.

Dans le tombeau, il n'y a plus qu'un linge tombé, tombé lui-même, quelque chose de, quelque chose s'est affaissé sur place et il y a un ange à chaque bout du corps du Christ mort, il y a deux anges qui tiennent maintenant le nouvel endroit où Dieu ne re­pose plus, où nous allons passer pour nous en relever, comme deux anges qui tiendraient le début et la fin du monde, comme deux anges qui tiendraient le début et la fin de notre vie, comme deux anges qui, au moment où nous allons passer, vont nous faire passer sur nous ce premier matin de Pâques, pour nous lumière du matin pour nous remettre debout et nous accompagner jusque vers le jardinier. Parce qu'au début nous ren­contrerons Dieu, nous l'avons déjà rencontré en des visages de frères, et nous les avons pris pour des jar­diniers, nous n'avons pas reconnu les traits de Dieu. Les traits de Dieu, ce n'est pas ce que nous croyons, ils sont déjà dessinés dans la vie que nous menons, dans les visages des frères, dans le visage des enfants qui vont être baptisés dans un instant, dans nos visa­ges même, à chaque fois que nous avons laissé trans­paraître Celui qui est venu en nous et qui a retourné notre vie.

Je crois donc que nous pouvons avoir la foi en Dieu, je crois donc que nous sommes venus ici ré­veiller ce qu'il nous faudrait simplement ouvrir tout doucement à Dieu, comme une simple prière. Enten­dez Jean : une phrase, cinq mots, le monde est ren­versé, "il vit et il crut". Incroyable. "Il vit et il crut" et l'évangile est né et le Christ est ressuscité et le monde s'est retourné et les morts attendent dans les tombeaux la Résurrection, tout frémit d'une Vie nouvelle. "Il vit et il crut". Il n'y a plus de cadavre dans ce tombeau, le tombeau sera désormais à tout jamais vide, l'Homme Dieu nous attend dehors dans le monde pour nous emmener vers son Père, chacun de nous. Encore faut-il que nous acceptions que la main qui nous est ten­due, la main de Dieu, la main, de reprendre le chemin du cœur de Dieu, nous la saisissions, sans la lâcher, même si de l'autre main ou parfois du visage, nous détournons l'invitation qui nous est faite, mais Dieu ne lâchera pas, c'est nous qui avons lâché devant Lui, qui avons cru à un moment qu'il n'y avait que le jardi­nier et que ce tombeau vide, finalement on pouvait croire qu'on avait simplement enlevé le corps et que Jésus nous avait abandonnés, que Dieu n'est pas là, et qu'il n'y a rien dans ce monde qui vaille la peine d'être vécu. Nous avons mille et une raisons de succomber à ce désespoir, sauf qu'un matin, tout a changé. Alors évidemment nous pouvons nous envoyer les uns les autres le mal que les hommes sont capables de faire, mais nous aussi nous sommes complices d'une cer­taine manière, d'une façon peut-être plus simple parce que nous avons moins de pouvoir, de faire ce mal.

Une seule petite chose, comme ce petit garçon qui se balade tranquille dans le matin de la Résurrec­tion, il vit parce que sa mère croit en lui, il vit parce que justement il est porté par l'espérance de ceux qui l'aiment, tranquille, dans le tombeau vide, il attend le jardinier qui va le baptiser, il sera baptisé, celui-là ?

Alors on va s'arrêter là, enfin on va s'arrêter là pour ce que j'ai à dire, le reste c'est Dieu qui le dit, le reste c'est Dieu qui l'écrit, le reste c'est Dieu qui le sculpte en nous.

Que le baptême de ces quatre enfants soit pour vous un re-baptême en quelque sorte, vous re­naissez, vous êtes venus voir à quel point Dieu n'avait pas changé d'avis sur vous et qu'Il croyait toujours en vous. C'est vrai, c'est définitif.

 

 

Christ est vivant. AMEN

 

 
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