AU FIL DES HOMELIES

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A MÉLANIE, MARIE, CHLOÉ, CLARA, PIERRE, FLORIAN ET LOU (POSTE RESTANTE POUR PÂQUES 2024)

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9

Actes 5, 12-16 ; Apocalypse 1, 9-13+17-19 ; Jean 20, 19-31???
Pâques - année C (11 avril 2004)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


 

Frères et sœurs, en ce matin de Pâques, je voudrais me livrer devant vous à un exercice périlleux et redoutable. Je voudrais simplement poster en poste restante une lettre aux sept bébés qu’on va baptiser, une lettre à n’ouvrir que dans vingt ans, à Pâques 2024. A ce moment-là, j’aurai soixante dix-huit ans, je serai peut-être frappé par la maladie d’Alzheimer, et des paroissiennes charitables m’apporteront des oranges à l’hospice. Et donc aujourd’hui, je vais leur dire vraiment ce que j’ai à cœur de leur dire, mais prenez-le aussi pour vous : prenez-le pour vos enfants, vos petits-enfants et vos arrière-petits-enfants.

Mélanie, Marie, Chloé, Clara, Pierre Florian et Lou.

Aujourd’hui, en ce jour de Pâques 2004, je m’adresse à vous. On fête aujourd’hui la Résurrection, aujourd’hui, et c’est le jour que vos parents ont choisi pour baptiser : vous n’y êtes pour rien, ce sont vos parents qui ont décidé, et c’est le Christ qui va tout faire. C’est le Saint Esprit qui va venir sur vous et qui va transformer vos vies. Cela ne vous fera ni chaud ni froid, puisque ça se passera entre deux biberons ou deux tétées et apparemment, rein dans votre vie ne sera changé. Et pourtant, tout est changé, et je voudrais vous expliquer aujourd’hui, dans l’espoir que vous lirez ce texte quand vous aurez vingt ans, comment il vous faudra découvrir le sens de ce geste que l’on a posé pour vous aujourd’hui et comment vous serez appelés à le vivre, quand vous serez devenus de jeunes adultes.

Actuellement, le moins qu’on puisse dire, c’est que “tout baigne”. Dès que vous élevez la voix, vous êtes capables de faire obéir votre pauvre mère au doigt et à l’œil, et elle culpabilise en se demandant pourquoi vous poussez un petit gémissement. Evidemment, la vie, c’est actuellement sans problème : vous élevez le ton et tout de suite, maman ou papa sont là. Mais, je suis bien obligé de vous prévenir : ça ne durera pas ! Non pas parce que papa et maman en auront assez de vos caprices, mais parce qu’ils jugeront quand même qu’il ne faut pas exagérer. Pendant les deux premières années, passe encore ! Mais passé l’âge du “non”, que vous allez bientôt franchir ou que certains d’entre vous peut-être ont commencé à aborder, il va falloir changer de tactique. Et que va-t-il se passer ? Vous allez alors découvrir que le monde vous résiste. Et c’est très bien comme cela. Le monde va vous résister, et vous découvrirez aussi que ce monde est dangereux et difficile, que tout ne va pas tout seul, qu’il ne suffit pas d’appeler papa et maman pour arranger les choses. Donc, vous allez vous confronter progressivement, et parfois le cœur de vos parents saignera : mais cela ne fait rien, il faut y passer, on y est tous passé avant vous, et on a tous fini par y arriver, et donc il vous faudra affronter notre monde.

Là, vous aurez besoin d’un certain nombre de repères et de critères. Je veux vous en parler pour le moment où vous aurez atteint l’âge de dix-huit ou vingt ans. Voici le premier critère : gardez votre sens critique et votre liberté ! Vous avez été créés par Dieu comme des hommes libres, vous avez été créés par Dieu avec une intelligence. Servez-vous en ! Il y a trop de gens aujourd’hui qui vivent simplement en répétant ce qu’"on a dit à la télé". On ne peut pas continuer comme cela : il faut que vous soyez une nouvelle génération, différente de celle qui est fascinée devant l’écran de télé et que vous ne racontiez pas uniquement ce qu’on vous débite à chaque “vingt heures”. Soyez une génération qui a le souci de réfléchir par elle-même. C’est vrai que ce n’est pas facile et que cela demande beaucoup de courage, beaucoup d’autonomie. Gardez ce sens critique. Vous verrez que les problèmes les plus difficiles sont souvent les problèmes spirituels : vous serez souvent confrontés à cette espèce de supermarché de la consommation pseudo spirituelle de tous les gourous, de tous les charlatans qui prétendent vous trouver des solutions religieuses quasi magiques, qui vont de l’opération du guérisseur jusqu’à l’extase dans des ashrams et autres pagodes … Écoutez, regardez, jugez : la première chose est d’essayer de réfléchir avant d’agir. C’est le plus important.

Sens critique, liberté. Mais cela ne signifie pas qu’il faut tout rejeter. Cela ne veut pas dire que vous vous donnerez comme critère de la vérité uniquement ce que vous pouvez comprendre. Car le sens de critique et la liberté ne fonctionnent vraiment que dans le cadre de la confiance. Et c’est la deuxième chose que je voulais vous dire. Vous commencez déjà à comprendre et à éprouver cette confiance. Lorsque, dans quelques mois, vous allez faire vos premiers pas quand vous allez vous lancer dans le vide “sur vos deux pattes”, il faudra que vous ayez confiance dans les bras de vos parents qui se tendent vers vous, et cela veut dire que vous saurez déjà mesurer sur qui vous pouvez compter. Je voudrais vous dire à ce propos une chose très importante : faites confiance à ceux qui vous aiment, faites confiance à l’Église car elle vous aime. Là, encore trop souvent, nous avons une image de l’Église caricaturale. On croit encore que l’Église est ce pouvoir autoritaire et disciplinaire qui veut mettre tout le monde au pas cadencé pour ce qui touche à la morale et à la manière de voir les choses. Ce n’est pas vrai. Là encore, il faut que vous deveniez une génération qui découvre et manifeste réellement que l’Église est une communauté, celle où vous avez pris racine aujourd’hui, ce 11 avril 2004, par le fait d’avoir été baptisés dans une communauté chrétienne. Sachez-le bien : vous ne pouvez pas, tout d’un coup, inventer vous-mêmes de part en part votre existence religieuse. Vous ne pouvez pas dire, tout d’un coup : "je choisis ou j’invente ma religion". En réalité, chacun d’entre nous, tous les adultes qui sont ici ce matin, nous pouvons témoigner d’une chose : ce que nous croyons, le peu que nous croyons, et parfois nous le croyons très mal, nous l’avons reçu. Et ceci est tout aussi important : je le regrette, – mais je veux le dire clairement –, l’émission de télévision qui a fait fureur pendant cette Semaine sainte 2004 –, c’est une émission qui oppose Jésus et l’Église, comme si Jésus n’avait pas fondé l’Église. Mais comment connaîtrions-nous Jésus s’il n’y avait pas l’Église ? C’est tout bête de rappeler une chose pareille, mais il est bon de revenir à ce qui est fondamental, quand même. En fait, aujourd’hui, vous les sept enfants baptisés, vous êtes enfantés à Dieu et c’est l’Église qui vous enfante pour Dieu et pour le Christ son Seigneur. Cette Église, qui est-elle ? à vingt ans, vous l’aurez déjà découvert dans le visage de vos parents, dans le visage de vos grands-parents, dans le visage de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre, par des gestes très simples, auront témoigné devant vous, et vous auront rejoints au plus intime de votre cœur, que le Christ est vivant pour vous et en vous. L’Église c’est tous ceux qui vous auront aimés et vous auront donné le goût d’aimer, ceux qui auront su promouvoir en vous ce qu’il y a de meilleur. L’Église c’est le visage du Christ dans votre vie, à l’âge de vos vingt ans : nous n’en avons pas d’autre à vous offrir et vous n’en aurez pas d’autre à accueillir.

Sens critique, confiance. Et j’ajouterai une troisième chose : n’ayez pas peur ! Aujourd’hui, nous fêtons la Résurrection. Qu’est-ce que la Résurrection ? La plupart du temps, quand on pense à Jésus, on pense d’abord au fait qu’il est mort. Cela veut dire qu’il a affronté à mains nues, dans la fragilité de notre humanité, – et Dieu sait qu’elle est fragile –, le mystère de cette limite infranchissable qu’est la mort. Or, dans cette humanité-là, du côté de la terre, du côté des vivants, il a fait face à la mort, et cela constitue le “témoignage” de sa Passion. Il a fait face à la mort. Mais, il y a plus. Non seulement, Il a fait face à la mort de notre côté, sur la terre, mais il a fait face à la mort de l’autre côté, du côté de l’inconnu. Jésus a affronté la mort ici-bas comme nous tous nous connaîtrons l’affrontement de la mort un jour ou l’autre, car nous tous, nous mourrons. Mais après, quand il est passé de l’autre côté, il n’a pas considéré que cela suffisait : il n’est pas allé directement dans une espèce de paradis “un peu musulman sur les bords”, il a affronté vraiment la mort de l’autre côté, cette puissance même de la mort que nous ne connaissons pas, la force de la mort dans sa racine transcendante et inaccessible pour nous. La Résurrection, ce n’est pas une histoire gentille qu’on se raconte entre chrétiens, pour dire qu’après tout, pour Jésus, ça s’est bien terminé, un peu comme un happy end comme au cinéma. La Résurrection, c’est Jésus-Christ, c’est Dieu, qui dans son humanité qui pour nous a fait face à la mort de notre côté d’abord et de l’autre côté, du côté du mystère et de l’invisible. Il l’a fait sans protection et à mains nues. Qu’y a-t-il de plus inconnu pour Dieu que la mort ? Dieu est la vie, comment peut-il connaître la mort ? Il a osé affronter l’inconnu de la mort. Et c’est pour cette raison que ce matin de Pâques, nous sommes tous là dans cette église. Ce n’est pas parce que la Résurrection est une gentille petite histoire comme Blanche Neige réveillée par le prince charmant, une histoire qu’on vous raconterait pendant quelques années de catéchisme pour vous redonner le moral. La Résurrection, c’est le Christ qui continue éternellement à combattre la mort ici-bas sur terre, par nous et avec nous, et qui continue à détruire sa puissance partout où elle essaye de mener son œuvre de dévastation.

Aujourd’hui, frères et sœurs, si nous sommes chrétiens, si nous croyons vraiment à la Résurrection, c’est parce que nous croyons à cette puissance de Dieu qui est le seul capable d’affronter la mort, pour nous en arracher. Cela ne veut pas dire que cela se fait tout seul, et pour nous-mêmes, ce combat contre la mort ce sera un combat de tous les instants, contre la mort physique, contre la mort spirituelle, contre la mort de notre cœur, mais c’est aujourd’hui qu’avec ces sept petits enfants, nous recevons ce gage et cette assurance de la victoire de Dieu sur la mort, ainsi qu’il l’a lui-même affirmé : « Gardez courage, j’ai vaincu le monde ! j’ai vaincu la mort ».

 

 

AMEN

 

 
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