AU FIL DES HOMELIES

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LE TOMBEAU ET L'ISOLOIR : VOTEZ BIEN !

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année C (8 avril 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Chers amis, venons-en tout de suite à la question brûlante et essentielle : comment allez-vous voter dans quinze jours ? Rassurez-vous, je suis prudent, je ne vous demande pas pour qui vous allez voter, je n'ai pas envie de transformer l'église en champ de bataille ! Je vous demande : comment allez-vous voter dimanche car c'est la meilleure manière de comprendre ce que nous fêtons aujourd'hui.

Je m'explique. Qu'allez-vous faire dans quinze jours ? Ce dimanche-là, toutes les publicités, tous les discours, toutes les grandes promesses, les manchettes de journaux et les émissions de télé se seront tus. Ce sera comme un grand silence sur la France. Il n'y aura plus que des personnes qui vont aller chacun vers les bureaux de vote que la République, dans sa providence, sa sagesse, a assigné à chacun. Chacun arrivera dans ce lieu finalement assez tranquille même sil y a toujours des gens qui essaient de mettre de l'ambiance (mais il faut reconnaître que cela ne ressemble pas tout à fait à une salle de bal), et là, à un moment donné chacun va aller dans ce qu'on appelle l'isoloir. Dans cet isoloir, chacun va se retrouver tout seul. Plus de télé, plus d'articles de journaux, apparemment le vide absolu, il n'y a plus rien que douze petits papiers pour le premier tour, alignés les uns à côté des autres. Il n'y a pas de petits anges à cheveux longs en tailleur fuschia qui virevolteraient autour de l'isoloir, il n'y a pas de petits anges frisés noirs, avec les manches retroussées qui volettent autour de l'isoloir. Il n'y a plus ni anges rouges, ni anges roses, ni anges blancs ni anges bleus, il n'y a que vous devant votre choix. Quand on vote, avez-vous déjà réfléchi à cela, chacun d'entre nous, à un moment donné, est ramené à cette solitude : qui vais-je choisir ? Comment vais-je voter ? Remarquez bien, ce moment est particulièrement grave. Pourquoi ? Parce que cela veut dire qu'en réalité, il y a soixante millions de français qui vont font confiance à vous personnellement, en disant : toi, tu peux choisir quelque chose qui concerne le destin de notre pays. Il y a l'État qui garantit et fait confiance que vous, vous pouvez dire ce qu'il faut. Je sais avec les débats politiques, on a tendance à considérer que tous les autres ne savent pas ce qu'il faut faire et qu'ils se trompent et que soi seul a raison, mais en fait, nous sommes investis chacun d'une confiance en vue d'une réponse personnelle et tout le monde compte sur nous. C'est quand même le prodige des démocraties que de vivre dans un monde où à certains moments, on doit faire confiance à chacun de ceux qui pour leur petite part, ont la responsabilité du bien commun et du pays. Or, tout cela se passe dans la solitude. On est tout seul dans l'isoloir, normalement, on ne doit pas être accompagné ni influencé. Cela veut dire qu'à partir de ce moment où chacun des citoyens a été tout seul à choisir, à glisser son petit papier dans l'enveloppe, de ce silence, de cette réflexion et de cette solitude de l'isoloir, va sortir quelque chose qui va conditionner l'avenir d'un pays pour cinq ans. C'est incroyable, ce ne sont même pas les sondages, ce n'est même pas la presse, ce ne sont même pas les mouvements d'opinion, d'une certaine manière ce n'est même pas l'activité des partis qui ont leur importance, mais c'est le moment où chacun est devant sa conscience et se dit : qu'est-ce que je pense qui est le mieux pour mon pays et pour tous ceux avec lesquels je vis ? Et là, il faut choisir. C'est la politique avec un "P". C'est chacun d'entre nous qui est mis devant sa responsabilité, devant sa liberté et devant non pas simplement ses propres intérêts, mais ce qu'on appelle le bien commun ou l'intérêt public. C'est comme ça qu'on devrait voter. Je sais, vous me dites que je suis en train de délirer parce que cela ne se passe jamais comme cela, mais c'est quand même le modèle de base.

Et qu'est-ce que cela a à voir avec la Résurrection ? Rien du tout ! Eh bien, détrompez-vous ! Personnellement, je pense que le tombeau vide c'est l'isoloir. Pour les chrétiens, le tombeau vide c'est l'endroit où Pierre et Jean les premiers, mais d'une certaine manière, chacun d'entre nous, nous sommes convoqués dans le silence, dans un recueillement dans lequel il doit se prendre une décision. Le tombeau vide, qu'est-ce que c'est ? C'est la fin de la fête de Pâques. C'est la fin du brouhaha de la fête dans la Jérusalem très agitée avec les condamnations, les mouvements de foule, les libérations, et les fêtes. C'est la fin du côté publicitaire de la Pâque. Il n'y a plus de bruit dans les rues, Jérusalem est apparemment calme. La campagne électorale est terminée. Et là, il y a deux hommes, le matin, qui se rendent au tombeau. Il n'y a plus d'indications extérieures, ils sont chacun là devant la porte du tombeau aussi vide que l'isoloir, même plus cruellement vide que l'isoloir puisque précisément y trouver le corps de Jésus et qu'il n'y est plus. Or là, Jean nous raconte son souvenir personnel : "Il vit, et il crut". Ce n'est pas : il vit et il vota. Mais c'est un peu pareil. Tout ce qu'ils avaient entendu avant, tout ce que Jésus leur avait dit, tout ce qu'ils avaient construit dans leur cœur et dans leur tête, tout d'un coup les ramène à une question fondamentale : est-ce que toi, aujourd'hui, tu crois ? il n'y a pas d'autre question.

C'est pour cela que le matin du dimanche de Pâques on lit cet épisode du tombeau vide, ce n'est pas simplement pour nous attester que le tombeau est vide. C'est pour nous remettre dans la condition où chacun d'entre nous, après tout ce qu'on a entendu, après tout le brouhaha qu'on fait autour des religions, après toutes les questions et les agitations qu'on a fait autour de la rencontre des religions, on se retrouve aujourd'hui, ce matin, seul, chacun en face de ce vide apparent, et il nous est demandé : est-ce que oui ou non, tu crois ? Est-ce que tu crois que l'histoire qui vient de se passer est vraiment quelque chose d'extraordinaire ? Est-ce que tu crois que tu as besoin d'être sauvé ? Est-ce que tu crois que Dieu te fait assez confiance pour que tu dises "oui" au Salut qu'il te propose ? Est-ce que tu crois que dans le geste que tu vas faire, tu es en train de faire naître l'Église, l'assemblée de tous les croyants ? Un peu comme chacun lorsqu'il va le matin aux urnes, en réalité, il construit l'avenir du soir au moment où tout le monde est scotché à sa télé.

Frères et sœurs, la résurrection et le tombeau vide, c'est cela. Ce n'est pas simplement la commémoration de deux personnes qui courent vers le tombeau où l'on avait mis Jésus, mais c'est la question qui nous est posée à chacun d'entre nous aujourd'hui comme croyant. Pâques, ce n'est pas du folklore. Pâques, ce n'est pas du souvenir. Pâques ce n'est pas n'importe quoi. Pâques, c'est le moment où chacun d'entre nous est interpellé par la présence du Vivant ressuscité. C'est le moment où Dieu fait confiance à chacun d'entre nous en nous disant : est-ce que tout ce que tu as reçu de moi, est-ce que tout ce que j'ai fait pour toi, en donnant ma vie pour toi sur la croix, est-ce que tu l'accueilles ? Les récits de l'évangile nous montrent que cela n'a pas été facile. C'est peut-être plus difficile de croire que de voter, je pense que tout le monde s'accorde là-dessus. Et cependant, c'est le même processus par lequel chacun d'entre nous, au plus intime de sa liberté est appelé à recevoir et à croire au salut de Dieu.

Dans quelques instants, les parents des cinq enfants qui vont être baptisés vont se faire poser la question : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, croyez-vous en Jésus-Christ qui est mort et ressuscité pour nous, croyez-vous au Saint Esprit ?" C'est comme s'ils étaient dans l'isoloir et ils disent : oui, ce que Dieu a fait dans ma vie, ce qu'Il peut faire dans la vie de mon enfant, tout cela nous l'accueillons, nous l'acceptons. Il y a simplement un fait qui fait une différence radicale : le soir des élections l'avenir sera le résultat de ce que nous avons choisi. Chaque peuple, chaque nation, chaque État porte la responsabilité de son avenir dans le cœur et dans la liberté de chacun des citoyens. Pour l'Église, c'est un peu différent. Nous ne serions pas capables tout seul de porter un tel avenir. Ce n'est pas nous qui portons l'avenir de l'Église, même s'il faut bien comprendre que cela passe aussi par nous, et que comme parents, nous avons la responsabilité de transmettre cette foi et ce salut que nous avons nous-mêmes reçu. Mais fondamentalement, au moment où les parents disent oui, au moment où ils les font baptiser, au moment où chacun d'entre nous dans l'expérience de la prière, de l'eucharistie ce matin, redit "oui" au mystère de la résurrection, Dieu dit : je vais le construire avec vous. L'Église, c'est cela. L'Église que nous formons ce matin, c'est Dieu qui vient dans le cœur de chacun d'entre nous et qui, dans cette espèce de solitude et de présence intime nous dit : veux-tu construire avec moi la joie du mystère du salut pour le monde entier?

Alors, frères et sœurs, je n'ai qu'une consigne : votez bien !

 

AMEN

 

 

 
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