AU FIL DES HOMELIES

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EN HÂTE VERS LA VIE

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (23 mars 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Après avoir reçu la visite de l'ange, "Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth" (Luc 1, 39-40).

"Quand les anges qui chantaient : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'Il aime", quittèrent les bergers pour le ciel, ceux-ci vinrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche"(Luc 2, 14-16).

Jean, le disciple que Jésus aimait et Pierre, à l'annonce de Marie-Madeleine "partirent pour le tombeau et ils se rendirent en courant tous les deux ensemble" (Jn 20, 4-5).

Je ne sais pas si vous êtes frappés, frères et sœurs, par ce détail de la scène du tombeau vide, ce premier récit de la résurrection du Christ qui nous dit que Pierre et Jean vont au tombeau en courant. C'est la même hâte qui poussait Marie à aller annoncer à Élisabeth qu'elle était devenue la Mère du Fils de Dieu. C'est la même hâte qui poussait les bergers à venir adorer cet Enfant dans la crèche. C'est la même hâte que nous trouvons déjà dans l'Ancien Testament à propos de la première Pâque de la sortie d'Égypte où il nous est dit au sujet de l'agneau, cet agneau pascal qui préfigure le Christ offert en sacrifice : "Vous ne garderez rien de cet agneau jusqu'au lendemain. Vous le mangerez les reins ceints, les sandales aux pieds, le bâton à la main, vous le mangerez en toute hâte, car c'est la Pâque du Seigneur" (Ex.12, 10-11). Vous le savez sans doute, le mot Pâque veut dire d'abord : "passage". La Pâque d'Égypte relate le passage de l'ange à travers l'Égypte pour mettre à mort les premiers-nés mais il a épargné les fils d'Israël. La Pâque d'Égypte c'est Israël qui passe à travers la Mer Rouge, laquelle va engloutir les armées de Pharaon. La Pâque d'Égypte, c'est le passage de la servitude à la liberté, de la terre d'esclavage à la Terre Promise, là où coulent le lait et le miel. La Pâque de Jésus c'est le passage du Christ de la mort à la vie, du tombeau à la résurrection, c'est notre passage avec lui vers la gloire. Ce passage se réalise en toute hâte. C'est en courant que nous allons avec Pierre et Jean au tombeau. Quand Jean arrive au tombeau il voit "les linges affaissés", il voit les linges à terre, il voit le suaire avec encore la forme du visage qu'il entourait : "Jean vit et il crut" (Jn 20, 5-8).

Jusque-là en effet, nous dit l'évangile, les disciples ne savaient pas encore que d'après l'Écriture, Jésus devait ressusciter (v.9). Nous le savons, après la mort de Jésus, les disciples ont été décontenancés, comme si cette grande espérance qu'ils avaient mis dans le Seigneur avait disparu avec sa mort, et nous savons que les deux disciples d'Emmaüs que Jésus va rencontrer sur la route étaient découragés et le visage morne (Luc 24, 17 et 21).

La première réaction toute naturelle des disciples à la mort de Jésus, c'est de croire que cette aventure est terminée. Et pourtant, il reste quelque part, mystérieusement, au fond de leur cœur, comme un désir, comme un élan, comme un appel. C'est pourquoi à l'annonce de Marie-Madeleine que le tombeau est ouvert, que la pierre a été enlevée, que le corps du Seigneur n'est plus dans le tombeau, qu'on ne sait pas où on l'a mis, les disciples partent en toute hâte en courant parce qu'obscurément, sans bien comprendre encore, ils sentent au fond de leur cœur, quelque chose, quelqu'un qui les appelle. Ils sentent que ce Christ qu'ils ont aimé les appelle auprès de lui et ils vont sans savoir où ils se rendent, mais animés d'un désir qui germe au cœur même de leur découragement. Ils s'élancent de toutes leurs forces vers ce mystère qu'ils pressentent, ce mystère encore inconnu et qu'ils ne comprennent pas, que Jésus leur avait dit à plusieurs reprises au cours de sa vie publique avec eux, mais qu'ils n'avaient pas compris en profondeur. Le Christ est ressuscité. Voilà ce que obscurément ils sentent au fond de leur cœur, et c'est ce qui donne tout l'élan à leur course. C'est pour cela que Jean, quand il entre dans le tombeau, voit et croit.

Que voit-il ? Il voit l'absence du Christ ce qui n'est pas une preuve, car comme le diront les juifs, ce pourraient être les disciples qui sont venus dérober le cadavre pour faire croire qu'Il est ressuscité (Mt. 28, 11-13). Et comme disent les chefs des juifs : "cette imposture serait pire que la première" (Mt. 27, 64). Alors, que voit Jean ? Il voit les linges affaissés, c'est-à-dire, il voit que le corps n'a pas été enlevé. On ne peut même pas dire comme nous l'imaginons quelquefois que le Christ s'est levé de la pierre sur laquelle il était étendu, pour s'asseoir au bord de cette pierre et sortir ensuite dans la campagne. Non, le Christ a disparu ! Il est absent. C'est précisément cette absence qui va éveiller la foi dans le cœur de Jean parce que Jésus n'est plus de ce monde. Un mort continue par son cadavre à appartenir à ce monde, mais Jésus lui, a disparu parce qu'Il est le principe d'un autre monde, d'un monde nouveau. Cet élan, cet appel, cette course de Pierre et de Jean c'est mystérieusement le rebondissement du jaillissement de la vie du Christ ressuscité. Dieu est Vie. Dieu est jaillissement de la Vie. Dieu est une source inextinguible, toujours nouvelle, toujours renouvelée, et c'est vers cette vie nouvelle, cette vie qui ne cesse de jaillir, qui sourd de la croix du Christ et de son Corps lacéré, cette Vie plus forte que la mort, c'est vers cette Vie que Jean et Pierre se sont élancés en courant. "Il vit et il crut".

Frères et sœurs, nous aussi en cette fête de Pâques, nous sommes invités à courir vers le Seigneur et d'abord à entendre mystérieusement, silencieusement, pas toujours très compréhensible, au fond de note cœur, cet appel du Seigneur qui est l'appel de la Vie, qui est l'appel de cette résurrection que nous ne pouvons pas comprendre pas plus que Jean et Pierre ne la comprenaient, cette résurrection qui est un mystère mais qui est la certitude que la Vie est plus forte que la mort parce que le Christ est mort par amour pour nous et que l'amour est plus fort que la mort.

Avec saint Paul, il ne nous reste qu'à nous élancer vers le Christ : "Non je ne suis pas encore au but, je ne suis pas devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus" (Philippiens 3, 12). Nous sommes saisis au plus profond de notre cœur par le Christ Jésus, et nous nous élançons à sa suite pour nous efforcer de saisir comme nous avons été déjà saisis. "Je ne me flatte point d'avoir déjà saisi". Nous ne sommes pas encore arrivés à la pleine lumière de la résurrection du Christ, nous ne sommes pas encore en possession de cette vie que le Christ nous promet. "Je ne me flatte point d'avoir déjà saisi, je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but en vu du prix que Dieu nous appelle à recevoir dans le Christ Jésus" (v.13-14).

Frères et sœurs, que cette fête de Pâques soit pour nous le ressourcement, le renouvellement intérieur de cet élan, de cet appel, de cette promesse, de cette course à laquelle nous allons maintenant inviter Simon, Théa et Antonin que le Seigneur veut remplir de sa résurrection.

 

 

AMEN

 

 
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