AU FIL DES HOMELIES

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DE LA LOGIQUE DE LA MORT À LA LOGIQUE DE LA VIE

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année A (24 avril 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Mozac : les femmes au tombeau

 

Frères et sœurs, au milieu d’une si belle assemblée, un matin de Pâques rayonnant, alors qu’on nous annonçait de la pluie, je vais vous poser une question brutale, un peu incongrue : est-ce que nous ne sommes pas un peu fous ? Est-ce qu’on n’est pas un peu fous d’être là ce matin alors qu’on sait que de l’autre côté du globe, au Japon, il y a des gens qui sont mal logés, qui ont perdu des amis, des frères, des pères, des parents, 28.000 victimes sans doute. Alors qu’on sait qu’en Libye il y a des populations civiles menacées à cause de la volonté de pouvoir d’un fou ? Alors qu’on sait que cela semble s’arranger en Côte d’Ivoire, mais il y a quand même eu beaucoup de morts, alors qu’on sait que tout le monde musulman traverse une crise extrêmement grave et qu’ils ne savent pas où aller, ils veulent la démocratie, c’est clair, mais les moyens ?

Alors, est-ce que nous ne sommes pas un peu fous. On est là, on chante, on s’éclate, comme on dit maintenant, mais que faisons-nous ? En fait, tous les jours, vous le savez bien, nous sommes devant une sorte de logique de mort. Il y a beaucoup de gens qui croient que les hommes sont toujours innocents, qu’ils ne pèchent pas, qu’ils essaient toujours de faire le mieux possible, ce n’est pas vrai.Il suffit de regarder même pas la télé, mais le fond de son cœur, pour s’apercevoir que ce n’est pas si clair que cela. C’est vrai que nous vivons dans un monde qui est comme paralysé de l’intérieur par une certaine logique de mort, une logique de pouvoir, de domination, une logique de richesse, une logique de sécurité égoïste à tout prix, je sauve ma peau, sauve qui peut ! Et tout cela fait que petit à petit, nous nous y habituons.

Rassurez-vous, c’était déjà comme ça il y a deux mille ans. Quand les femmes sont allées au tombeau, quand Pierre et Jean ont couru au tombeau, ils étaient dans cette logique-là et ils avaient l’impression que tout était fini. Ils étaient dans une logique de mort. Ils étaient dans une logique où ils pensaient qu’il fallait rendre hommage au maître, on n’avait pas pu faire exactement ce qu’il fallait pour le rituel funéraire, alors, on y retournait le surlendemain parce que c’était permis. Mais en réalité, ils ne croyaient plus à rien, ils étaient dans cette logique de mort.

Or, que s’est-il passé ce jour-là ? Il s’est passé la chose la plus inouïe qui fait que nous sommes rassemblés ici ce matin. Ces pauvres gens se sont retrouvés tout à coup devant une situation d’une certaine manière la pire, puisqu’ils avaient non seulement perdu le maître, mais ils avaient perdu son corps. On sait très bien l’importance du corps pour les rituels funéraires. Ils étaient dans la pire logique de mort, une disparition au deuxième degré, le maître et son corps. Il n’y a plus rien. Et là, de façon inexplicable, les disciples se sont retrouvés, mis au pied du mur ou au pied de la pierre, comme vous voudrez, ils se sont retrouvés saisis dans une nouvelle logique, la logique du Vivant, la logique de la vie. C’est le moment même où le monde a basculé d’une logique de mort à la possibilité, je dis bien la possibilité d’une logique de vie. Ce moment-là, dans une espèce de petit jardin où il y avait un tombeau neuf où quelques femmes, puis deux disciples et peut-être d’autres après, sont allés simplement dans ce jardin. Et tout à coup, ils ont découvert qu’il y avait une autre logique, la logique de la Vie.

Frères et sœurs, si on est là ce matin, c’est parce que d’une certaine manière, même si nous sommes un monde occidental un peu usé, un peu blasé, un peu cynique, nous savons qu’il y a quelque chose de plus profond en nous qui nous dit que la logique de mort n’est pas la logique du monde, ce n’est pas la logique de la création. Il y a une autre perspective, il y a une autre manière d’aborder l’existence et c’est dans la logique de la Vie. Ne me dites pas que c’est facile, je suis aussi bien placé que vous, ce n’est pas parce que je suis prêtre et moine que cela va mieux pour moi que pour vous. Mais la logique de la foi, c’est vraiment le moment où l’on se dit que la logique de la Vie telle que Dieu l’a voulu pour le monde, c’est cela le fond et la raison d’être ultime de notre existence. Sinon, on ne baptiserait pas les petits enfants ce matin. Le geste de baptême que nous allons faire tout à l’heure, la plupart du temps on se dit : c’est charmant, ils sont mignons, gentils, ils sont baignés dans l’eau, D’accord, mais par-delà le folklore si je puis dire, que se passe-t-il ? Nous tous, la communauté, nous affirmons et nous voulons de tout notre cœur que pour ces enfants ce soit la logique de la Vie qui l’emporte dans leur vie. Nous n’avons qu’une chose à faire auprès d’eux, c’est d’être les témoins de la logique de la Vie de Dieu.

Certes, ce n’est pas une logique facile. C’est une logique qui ne nie pas la réalité de la mort, qui ne nie pas la réalité de la souffrance, qui ne nie pas le poids de toutes les charges et les difficultés auxquelles nous avons à faire face au jour le jour. C’est une logique qui ne nie pas le Mal dont nous sommes tous solidaires. Mais c’est une logique nouvelle, c’est la logique d’une surabondance de Vie. Une vie qui commence maintenant, aujourd'hui, ces quatre petits enfants vont commencer à ressusciter avec nous. Voilà pourquoi nous sommes ici, voilà pourquoi ils sont ici. Et si, par malheur, nous étions en train de faillir à cet élément fondamental de notre foi qui croit que nous sommes appelés à la Vide, alors à ce moment-là je vous le dis tout de suite, le christianisme et la foi chrétienne n’ont plus aucune raison d’exister.

Nous n’avons plus le choix. Nous sommes dans un monde qui voit trop, qui voit de façon trop lucide les enjeux, les dangers, de la planète, de la société, du conflit entre les civilisations, les différents groupes et les différentes nations pour que nous restions silencieux et accablés par une logique d’autodestruction et de mort. Nous sommes là devant un défi, je ne veux pas dire que nous soyons les seuls à le relever, nous sommes parmi ces témoins qui devons, quoi qu’il arrive, dans la vie familiale, dans la vie sociale, dans la vie professionnelle, être les témoins que la Vie est plus forte que tout.

Alors, nous ne serons plus devant un tombeau vide, comme les disciples et les femmes l’ont cru dans un premier moment, nous serons devant une réalité nouvelle, nous serons devant la Vie, pris par la Vie, et pris pour la Vie.

 

AMEN

 

 

 

 
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