AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA DIVINE SURPRISE

Ac 10, 34-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9
Pâques - année B (8 avril 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Présence discrète et très douce
"Nous sommes ressuscités avec le Christ ".

Frères et sœurs, aujourd'hui Pâques, c'est littéralement la divine surprise. C'est divin parce que c'est Dieu qui agit. C'est une surprise parce que nous ne nous y attendions pas. En effet, qui aurait pu croire à une histoire pareille : un rabbi galiléen qui fait deux années de ministère public, qui se brouille avec les autorités du temple qui dit la vérité des choses, et qui termine comme un prophète et un homme marquant assassiné. C'est normalement le point final. A cette époque-là, mourir sur la croix, c'est pire que mourir sur la chaise électrique aux Etats-Unis. Qui aurait pu croire qu'après une histoire pareille pratiquement deux mille ans après, les églises seraient encore pleines. Je sais, on se plaint toujours que les gens ne pratiquent plus, mais aujourd'hui, on est quand même assez nombreux. Si on est là, il n'y a pas d'autre raison, c'est parce que Dieu nous a fait une divine surprise. Dieu nous surprend toujours, mais là on ne pouvait pas s'y attendre. Comment un pauvre homme qui a subi un supplice pendant plusieurs heures, qui a été mis au tombeau, et dont on a considéré que l'affaire était terminée, dont les disciples pour la plupart se sont enfuis ou se sont cachés, comment croire que le matin de Pâques ils ont proclamé qu'il était vivant ?

Effectivement, frères et sœurs, ce n'est pas facile de croire. Pourquoi ? parce que notre foi est un vrai paradoxe. C'est quelque chose que nous ne maîtrisons pas. Ce n'est pas simplement un système, et c'est cela la surprise. Ce ne sont pas des idées, ce n'est pas une idéologie, c'est un fait. Si dans quelques instants, nous allons baptiser Louis, Nils, Clara et Gabrielle, c'est parce que nous croyons que ce que disait l'apôtre Paul tout à l'heure est encore vrai aujourd'hui : nous sommes ressuscités avec le Christ. C'est cela qui est étonnant. La plupart du temps dans les religions, de ce point de vue-là nous sommes encore de vieux païens encroûtés et invétérés, car on a l'impression qu'on vous donne des idées que vous n'auriez pas pu avoir par vous-même. Vous, nous, nous nous débrouillons avec l'informatique, avec la technique avec la bionique, avec l'automobile, on gère tous les jours depuis les soucis les plus matériels du ménage jusqu'aux fusées qu'on envoie dans l'espace. Nous, nous considérons que c'est cela notre domaine. C'est le domaine de la terre et nous avons les pieds, les mains et les yeux sur terre. Nous considérons que la religion est une sorte de petit supplément d'imagination, de choses étranges, et la preuve c'est qu'il y a tellement de religions et chacun pense ceci et cela, on sera vivant après, notre âme sera immortelle, on sera réincarné dans un moustique, etc … n'importe quoi ! Les religions nous apparaissent comme des systèmes, des idées qui gèrent l'inconnu. Voilà les idées que nous nous faisons sur les religions : les religions, ce sont des idées.

Or, depuis que Paul a dit : "Nous sommes ressuscités avec le Christ", il a dit une chose inouïe que personne n'avait imaginé jusque-là. Désormais la véritable relation avec Dieu ce n'est plus une idée, c'est un transfert de vie. Que les messieurs me pardonnent, je vais parler plus spécialement aux dames qui ont eu un enfant. Ce mystère extraordinaire des premiers temps de la grossesse, lorsqu'on sent tout à coup (vous me direz que j'en parle facilement – rires de l'assemblée), lorsqu'on sent tout à coup qu'il y a quelque chose qui se passe. Il y a de la vie qui est née en soi, de la vie qui mystérieusement a germé. On y est pour quelque chose, on sait en général d'où cela vient, mais c'est vrai qu'il y a ce moment extraordinaire dans lequel j'imagine, une femme peut dire à celui qu'elle aime : je suis enceinte. Quand elle dit cela, elle n'explique pas une idée ou une théorie, elle ne dit pas : j'ai fait un nouveau petit citoyen français ! elle dit : je suis enceinte, c'est-à-dire je suis prise par la vie. Je suis saisie par quelque chose qui me dépasse. Bien sûr on peut expliquer toutes les raisons physiologiques, la biologie, les cellules, l'ADN et la génétique mais il y a ce moment où une femme se sent saisie par la vie.

Toutes proportions gardées, parce que nous les messieurs nous bénéficions du même avantage vis-à-vis de la résurrection : c'est la même chose. C'est comme si tout à coup nous étions, pardonnez-moi l'expression, enceints de Dieu. C'est comme si nous percevions tout à coup que la vie de Dieu, loin d'être une idée que nous projetons au-dessus de nous, loin d'être un projet de transformation du monde qu'on n'arrive d'ailleurs jamais à transformer, car c'est de plus en plus fatigant de transformer le monde, tout à coup, on s'aperçoit qu'on est ressuscités avec le Christ avec toutes les difficultés, les ennuis qu'on rencontre tous les jours, avec le mari qui n'a pas descendu les poubelles et la femme qui a raté son rôti, avec les enfants qui ont des mauvais résultats à l'école. C'est vrai qu'il y a tout cela, et pourtant, nous sommes ressuscités avec le Christ. Il y a quelque chose d'une vie nouvelle qui a germé en nous. Nous ne sommes pas à la hauteur, nous ne pouvons pas comprendre comme je pense la première fois qu'une femme a conçu, elle sait que l'événement la dépasse et surtout pour le premier, elle a des angoisses pour l'accouchement.

Mais ici c'est la même chose. Nous sommes riches d'une vie, non pas d'une idée, mais d'une vie qui est passée en nous. Tout à l'heure, et c'est si bouleversant et si beau de pouvoir célébrer les baptêmes maintenant en pleine assemblée eucharistique, ces quatre enfants qui ne se rendront compte de rien, seront visités par une vie nouvelle. Eux-mêmes sont déjà rayonnants et heureux, ils ont des mines épanouies, resplendissantes, rondes comme des ballons, et ils jouissent de la vie humaine qu'ils ont reçue de leurs parents, mais tout à l'heure, ils vont recevoir comme une nouvelle vie. Une vie si discrète, si simple, si douce, si tendre qu'on ne la remarquerait pas et pourtant, elle est là. Vous comprenez bien que dès demain on ne va pas leur faire le catéchisme pour leur expliquer des idées sur Dieu. Mais dès aujourd'hui, ils sont déjà saisis par la réalité de la vie du Christ ressuscité.

Oui, frère et sœurs, quand nous célébrons la résurrection, nous célébrons notre propre résurrection, pas simplement celle du Christ il y a mille neuf cent quatre-vingt deux ans, mais nous célébrons notre résurrection, L'intuition, la certitude que les premières communautés chrétiennes ont eue, ce n'était pas que le Christ consistait simplement en une histoire à raconter, un projet sur le monde, mais que c'était que tout à coup qu'il était vivant. C'est pour cela que lorsqu'ils se saluaient ils se disaient : "Christ est ressuscité", et ils se répondaient les uns aux autres : "oui, vraiment il est ressuscité". Ce "vraiment" ne signifiait pas je suis d'accord avec toi, cela signifiait : vraiment en moi aussi il est ressuscité. C'est la seule force du christianisme. Tout le reste, tout ce que l'on met habituellement sous l'étiquette de l'Église, la hiérarchie, les grands pouvoirs, les grandes idées, les grandes institutions, tout cela est très respectable et très important, l'Église essaie de défendre cela bec et ongles, et ce n'est pas très facile. Mais nous, à notre place, là où nous sommes, nous avons à laisser percer en nous ce mystère de vie.

Je voudrais ajouter une dernière petite réflexion. Nous avons parlé beaucoup des bébés et de la naissance. Mais je voudrais parler aussi des membres de votre famille qui sont malades, peut-être de maladies graves, c'est aussi la même chose. Nos frères qui sont sur leur lit de souffrance, qui s'interrogent sur leur avenir proche, qui se demandent comment cela va finir, ce qu'ils attendent de nous à ce moment-là, non pas de façon tapageuse, bruyante, avec des espèces de convictions un peu à la matraque, c'est simplement d'être auprès d'eux comme ceux qui leur disent en les accompagnant : pour toi aussi le Christ est ressuscité.

Frères et sœurs, laissons-nous saisir par cette joie, laissons-là éclater en nous, laissons-là éclater dans nos familles, dans nos enfants, dans tous ceux et celles qui ont été touchés par ce mystère extraordinaire de la présence du Christ.

Oui, le Christ est ressuscité. Alleluia. Il est vraiment ressuscité. Alleluia.

 

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public