AU FIL DES HOMELIES

Photos

Actes 10, 34-43 ; Colossiens 3, 1-4 ; Jean 20, 1-9

Messe du jour de Pâques – C

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le tombeau vide

F

rères et sœurs, c'est bien beau de venir à la messe le matin de Pâques, c'est vrai qu'on a envie de reprendre un petit air de printemps dans les yeux. On a eu un mois de mars épouvantable, il pleuvait, il faisait froid, et voilà que peut-être les caprices de la météo, peut-être la divine providence, ont fait que ce matin de Pâques était resplendissant, avec la belle lumière de la Provence, de la pierre de Rognes qui se découpe sur le fond ce beau ciel et qui fait cette lumière extraordinaire de notre ville. On s'est dit : bien, pour la beauté du geste même si il y a eu le décalage horaire cette nuit, précisément, profitons-en, on va à la messe ! On va se retrouver dans cette ambiance qui a caressé et cajolé notre enfance, on va bien chanter, on va célébrer et on est heureux, c'est une manière pour nous d'attaquer ce moment de la renaissance de la vie, de la nature, et en même temps, d'essayer de lui donner cette petite touche religieuse.

Mais on ne peut pas s'empêcher d'avoir une arrière-pensée dans la tête. En fait, qu'est-ce que cela peut vouloir dire encore aujourd'hui de se rassembler aussi nombreux pour célébrer la résurrection ? Car la résurrection, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est que cette vie nouvelle ? Est-ce que là nous ne sommes pas en face de quelque chose que les hommes au meilleur de leur désir de s'accrocher à la vie, ont proclamé cette vie pour donner un certain sens à la vie : oui, cela ne s'arrête pas à la mort, oui, cela continuera. Oui, mais tout ce qu'on voit, tout ce que nous vivons aujourd'hui, ces temps difficiles, on appelle cela la crise, mais c'est comme une sorte de mise à l'épreuve de toute la vie de la société, c'est comme une sorte de mise à l'épreuve de l'intérieur de notre système de vie à la fois économique, social. On se rend compte qu'il y a des choses qui ne vont pas, qu'il y a des injustices, des souffrances, des malheurs. Et puis, il y a tous ces problèmes auxquels nous sommes confrontés, la santé, les maladies très graves, on avait mis un espoir fou dans certaines découvertes médicales et maintenant on s'aperçoit que même si l'on arrive à quatre-vingts ans, il faut voir comment on y arrive. Ce n'est pas toujours nécessairement encourageant.

Oui, fêter la résurrection, bien sûr, se donner une sorte de petite piqûre de rappel d'espérance, mais au fond, pourquoi ? Pourquoi la résurrection ? Pourquoi sommes-nous aujourd'hui dans cette église ? Qu'est-ce qui nous y a poussé. Est-ce que c'est simplement une sorte de vague sentiment religieux ? Est-ce que ce sont des souvenirs d'enfance ? Ou bien est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de plus profond ? Je crois que l'évangile que nous venons d'entendre peut nous éclairer là-dessus.

En fait, à quoi ressemblait Jérusalem le matin de la résurrection ? C'était la ville endormie. On avait fêté la Pâque la veille, et généralement, on la fêtait assez longtemps. On ne se levait pas très tôt ce matin-là. La ville de Jérusalem était complètement endormie, "ensuquée" comme on dit en Provence ! C'était le désert. Dans cette atmosphère-là tout à coup quelques femmes qui n'ont pas dormi les deux nuits précédentes avec tout ce qui était arrivé, quelques femmes se disent : quand même il faut aller au tombeau, il faut faire notre visite au cimetière. Vous imaginez l'ambiance … Une ville morte et des gens qui vont au cimetière ! C'est cela l'évangile que nous avons lu. Ces femmes sont pleines de nostalgie, elles se disent : on l'avait suivi, il y avait de l'espérance, on pouvait attendre quelque chose de lui, mais tout est fini. Alors, que nous reste-t-il, sinon la dévotion, l'attachement affectif à quelqu'un qu'on avait beaucoup admiré mais qui ne pourra plus rien pour nous.

On ne se rend pas compte de la tristesse de la scène. Elles s'en vont, elles sont là dans une ville morte et elles vont dans un cimetière. Quel programme de vie quand même ! Quelle détresse ! Est-ce qu'elles ne représentent pas toutes les souffrances de l'humanité à ce moment-là ? est-ce qu'elles ne représentent pas tous les échecs, tous les désespoirs, toutes les larmes, tous les deuils que nous pouvons les uns et les autres, avoir subi durant notre existence ? Est-ce que ces quelques femmes qui s'en vont vers le tombeau ne sont pas l'image, l'icône d'une humanité qui ne connaît que sa mort ? La ville de Jérusalem semble ne pas s'être réveillée ce matin-là, avoir prolongé une sorte de sommeil de mort comme si le moment où le Messie était parti de ce monde, la ville qu'il avait visité était elle aussi en deuil et endormie, et puis, ces femmes, les disciples, les plus courageux, les femmes plus courageuses que les hommes d'ailleurs, elles vont quand même au tombeau, et là, elles constatent.

Que constatent-elles en réalité ? pas grand-chose. Elles se posaient des questions pour savoir si elles y arriveraient? Aller au tombeau c'est bien beau, mais elles voulaient accomplir les rites funéraires qui n'avaient pas été très bien fait, cela avait été bâclé parce que c'était la veille du sabbat et qu'il fallait faire vite. Dans un autre passage de l'évangile elles se disent : "qui va nous rouler la pierre ?" Et elles arrivent au tombeau, et il n'y a rien. Une humanité qui marche dans les cimetières et qui découvre le vide. Or, ce qui est curieux c'est que cela ne les a pas arrêté, non pas qu'elles y aient cru tout de suite, peut-être, on n'en sait rien car l'évangile est très discret sur ce sujet. Mais elles auraient pu littéralement s'effondrer, c'était fini. Et pourtant, devant cette réalité absolument insolite, inattendue, pire que ce qu'elles pouvaient imaginer, "on a enlevé mon Seigneur et on ne sait pas où on l'a mis". Alors, elles vont voir les disciples au Cénacle. Et là plus étonnant encore, les disciples se mettent à courir. Je veux bien que ce soit une certaine curiosité qui veut être au courant des derniers événements. Mais voyons, se mettre à courir quand on vous dit : le corps a disparu. C'est une raison de plus pour vous décourager. Non seulement on n'aura plus de maître, mais on n'aura même plus sa tombe. Il n'y aura même plus de culte des morts. C'est la fin du culte des morts. Est-ce qu'on réalise cela, jusque-là on s'appuie sur les morts pour avancer, et il n'y a même plus de mort ! Il n'y a plus rien … Or, ils vont quand même au tombeau. Là évidemment, ils font la même découverte que les femmes ils s'aperçoivent que le tombeau est vide.Frères et sœurs, c'est de là que tout est parti. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ils n'ont pas inventé une histoire pour se remonter le moral. C'est parce qu'ils sont passés au fond du trou qu'ils se sont rendus compte qu'il y avait quelque chose qui les en arrachait et qui ne leur permettait pas d'y rester. Mais encore, faut-il comprendre ce qui les arrachés à ce moment-là. C'est le fait qu'ils aient eu une sorte d'expérience, hélas, nous ne pouvons pas la faire exactement comme eux, la nôtre étant fondée sur la leur, ils ont fait l'expérience qu'en réalité au creux même de cette vague, au creux même de ce qu'on pourrait appeler la pire crise religieuse de l'humanité, il y avait quelque chose qui les ressaisissait, qui les reprenait et qui les ressuscitait. Ce matin-là il n'y a pas que Jésus qui est ressuscité. Les disciples aussi, le petit groupe des disciples aussi est ressuscité. Ce qu'ils ont compris à ce moment-là c'est que leur Seigneur leur avait échappé. Ils n'ont plus aucune prise sur lui. Mais quand le Seigneur leur échappait, c'était lui qui devenait le Seigneur, qui les ressaisissait, qui les remettait debout et qui les envoyait pour le dire à travers le monde.

Et nous, nous sommes aujourd'hui les témoins de cette résurrection. Chacun d'entre nous, même s'il a du mal à y croire, chacun d'entre nous, même si notre cœur est troublé par tous les événements de mort, de crise, de difficultés auxquelles nous sommes affrontés, il y a quelque chose en nous qui nous ressaisit et nous reprend et qui nous dit que la mort n'est pas le dernier mot de l'existence du monde parce que Dieu a ouvert ce tombeau. Car cette porte du tombeau c'est la petite porte, la vraie porte par laquelle chacun d'entre nous sera appelé à passer comme Jean et Pierre se sont penchés dans le tombeau pour voir ce qui arrivait, et ce tombeau et devenu la porte de la vie.

Frères et sœurs, Christ est ressuscité aujourd'hui et nous sommes invités à ressusciter nous aussi. Il faut que nous soyons des vivants. C'est vrai que nous sommes affronté par de multiples expériences à la réalité de la mort. Mais de deux choses l'une : ou bien cette réalité de la mort est la fin de tout, et alors les femmes au tombeau, les apôtres au tombeau auraient dû être engloutis dedans et ne plus jamais en ressortir et la pierre aurait dû se refermer sur eux. Ou bien le miracle, c'est qu'ils ont vu ce tombeau vide et ils ont compris que le monde était plein d'autre chose, plein d'une vie qu'ils n'avaient pas vraiment soupçonnée. Ils l'avaient peut-être un peu pressentie, vaguement, mais ils ne savaient pas ce que c'était. Et tout à coup, dans l'absence même de leur Seigneur, ils ont compris que Dieu faisait d'eux des vivants comme celui-là qui était sorti du tombeau.

Si maintenant, nous allons baptiser Olympe et Hippolyte, c'est à cause de cela. C'est comme si la vie qui surgit du tombeau venait saisir leur cœur, à tous les deux, et venait ressaisir notre propre cœur en disant : "Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts, maintenant il est vivant, il est ressuscité". C'est pour cela que quoiqu'il arrive, nous sommes ici ce matin, pas simplement pour fêter le printemps, pas simplement pour fêter de vagues espérances humaines, mais pour fêter la seule espérance, la seule réalité qui soit, nous sommes désormais saisis par la vie de Dieu et nous sommes appelés à être des vivants pour l'éternité.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public