AU FIL DES HOMELIES

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JESUS RESSUSCITE DANS SA CORPOREITE

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48
Jeudi 31 Mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

 

Frères et Sœurs, avec ce passage de l'évangile qui conclut dans l'évangile de Luc (les apparitions aux disciples), nous avons un passage d'un réalisme extrême. Jusqu'ici, il était simplement dit que Jésus était apparu, et là, Luc met les points sur les i en disant que Jésus apparaît dans sa corporéité. Bien entendu, il est assez difficile et même un peu trop audacieux de vouloir expliquer exactement de quel corps il s'agit. Dans la tradition chrétienne, on a toujours dit qu’il s’agissait du corps glorieux du Christ, ce qui par définition, n'est plus comme notre propre corps soumis à l'espace, au temps et à la matérialité.

 

 

Jésus a voulu donner un signe spécial de la réalité de sa résurrection. Il n'est pas simplement ressuscité comme une sorte d'idée, comme un esprit, ce n'est pas un contact spirite que Jésus voudrait avoir avec ses disciples. Il ne s'agit pas de faire tourner les tables. Mais c'est vraiment la réalité totale du Christ ressuscité dans sa corporéité, celle qu'il a reçue par la résurrection. Un corps capable d'être non seulement un corps vivant dans la vie éternelle, mais un corps capable de communiquer cette vie qui est la sienne et qui nous ouvrira à notre propre immortalité avec lui. Quand on lit ce texte, nous devons avoir une certaine prudence, et notamment, nous n'avons pas à nous demander ce qu'est devenu le poisson grillé avalé par un corps glorieux, je crois qu'il ne vaut mieux pas se risquer sur ce genre de terrain. Mais ce qu'on veut dire, et je crois que c'est ça la fine pointe des apparitions chez Luc, c'est qu'à un moment donné, Jésus apparaît dans la plénitude à la fois spirituelle et corporelle que lui a donné la résurrection donnée par le Père. 

 

 

C'est donc le signe qu'un jour nous aussi, dans une corporéité, dans un état corporel renouvelé qui n'est sans doute pas exactement le même que celui que nous avons aujourd'hui, nous pourrons entrer dans le mystère du royaume de Dieu. Quelle sera exactement cette manière d'être? Quelle sera exactement cette existence dans un corps glorieux? Je voudrais simplement le suggérer  à travers une comparaison qu'a employée un théologien dominicain contemporain dont vous connaissez peut-être le nom, le Père Molinier, pour essayer d'expliquer le rapport de Jésus ressuscité à son corps. Il disait ceci (c'est une image évidemment, mais vous comprendrez ce qu'elle veut dire) : C'est difficile d’imaginer Mozart ou Chopin sans piano. Ces deux grands musiciens ont tellement immortalisé leur génie ou leur talent par des sonates, des mazurkas, des polonaises... des œuvres de piano, que c'est difficile d'imaginer des hommes comme eux privés d'instrument, privés de piano. Or, disait-il, qu'est ce qui fait le génie de Chopin ou le génie de Mozart? C'est que quand ils étaient devant leur piano, le piano faisait corps avec leur génie musical. Et il concluait que pour nous, ça sera un peu la même chose : nous jouerons du corps glorieux. Je trouve cette image absolument délicieuse et ravissante, nous jouerons du corps glorieux. Notre corps, à ce moment-là ne sera plus ce handicap douloureux, souffrant, mécontent etc avec lequel il faut négocier, batailler, mais il y aura une sorte d'aisance entre notre esprit et notre corps qui fera que notre corps sera la pleine traduction, la pleine manifestation de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. Et c'est ça qu'il voulait dire lorsqu'il disait "Nous jouerons du corps glorieux". 

 

 

Evidemment, ce corps glorieux n'aura pas la lourdeur d'un piano Steinway ou Yamaha, mais il sera un peu l'inverse de ce que nous vivons aujourd'hui. Aujourd'hui, lorsque nous parlons de notre corps, nous sommes toujours sensibles au conditionnement de nos états d'âme par le corps. C'est à dire que si la nuit, on a mal dormi, que notre cerveau est mal reposé, qu'on a la crève etc, on peut être de mauvaise humeur. Ca signifie qu’à ce moment là, nous vivons dans une espèce de soumission au corps. C'est d'ailleurs ce qui a fait réfléchir un certain nombre de philosophes qui disaient que le corps était une prison, une contrainte ou quelque chose de pesant qui nous empêchait d'avoir la pleine liberté que nous aimerions avoir. Dans la conception chrétienne du corps glorieux, c'est l'inverse, c'est le moment où notre corps sera totalement solidaire, et un instrument comme le piano, capable de traduire dans ses moindres nuances toutes les attitudes et tous les sentiments de notre esprit, de notre volonté et de notre liberté. On ne sait pas trop comment ça peut faire, mais pour ce qui est du Christ, on voit que quand il ressuscite, son corps déjà ressuscité est au service de la foi de ses disciples. Car le témoignage des disciples passe par la contemplation de ce nouvel état du corps du Christ dont ils seront ensuite les témoins, et par lequel ils ont reçu véritablement la confirmation de leur foi. Dans une période où la plupart du temps, nous pensons que le grand atout de l'homme est son intelligence, son savoir-faire, son esprit etc, revenons à des proportions plus modestes, et sachons considérer que le corps n'est pas simplement une servitude, mais que lui aussi est promis à la gloire. C'est quand même bien ça l'enjeu de la résurrection et l'enjeu de la foi chrétienne. Ce n'est pas de se dire qu'un beau jour, nous serons séparés de notre corps, et qu'à ce moment-là, nous aurons une liberté infinie. Ça n’est pas parce que nous serons délivrés du corps que nous aurons une liberté infinie, c’est parce que nous aurons une liberté totale donnée par la puissance de l’amour de Dieu et qui se traduira également totalement par notre corporéité nouvelle, celle qui sera totalement adaptée à cette liberté et à cette vie spirituelle de la résurrection qui nous sera donnée à ce moment-là.

 

 
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