AU FIL DES HOMELIES

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PIERRE ET JEAN ANNONCENT LA RÉSURRECTION

Ac 3, 11-26

(4 avril 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vertus : Saint Pierre

D

ans le texte des Actes qui nous rapporte une des premières prédications de Pierre qui se situe dans le Temple, nous avons un petit morceau d'anthologie, une sorte de petit texte ciselé, extrêmement bien construit, qui nous rappelle comment, dans la communauté primitive, on annonçait la bonne nouvelle de la Résurrection. Ce mystère contient en lui tout ce qui va se déployer du mystère chrétien dans la vie de chacun de ceux qui, par le baptême, recevront la grâce du salut. Donc ce mystère est si grand, si englobant qu'il est pour ainsi dire tout le mystère du salut. Il n'est pas étonnant que la communauté primitive, pour dire cet événement de la Résurrection qui est bien plus qu'un événement, mais qui est le changement de relation entre le monde et Dieu, il n'est pas étonnant que cette communauté primitive ait procédé de plusieurs manières, que l'on ne retrouve pas toujours les mêmes formules stéréotypées, les mêmes discours stéréotypés dans le Nouveau Testament, mais qu'au contraire il y ait une réelle et normale diversité dans la manière d'annoncer le salut en Jésus-Christ Ressuscité.

Dans le texte entendu tout à l'heure, il y a pourtant un certain nombre de points clés qui revien­nent toujours dans la prédication des disciples et qui sont, d'une certaine manière, à l'origine de notre Credo, de notre symbole de la foi. Tout d'abord une chose très importante c'est que l'annonce de la prédication s'inscrit dans le fait que la puissance de l'Esprit Saint, par le miracle de Pierre et de Jean qui guérissent le boiteux de la Belle Porte, soit manifestée. Le lieu normal d'annonce du Christ Ressuscité c'est la communauté ecclésiale, en train de poser les œuvres et les signes de Jésus Ressuscité. Là déjà, d'une certaine manière, tout est dit. On ne peut pas parler de Jésus Ressuscité en dehors du contexte même du fait que des disciples, rassemblés par la puissance de Jésus Ressuscité, sont là et agissent en son nom. Voilà la première chose. Et depuis que l'Église est l'Église, elle n'a jamais cessé d'annoncer le Christ Ressuscité car c'est constitutif d'elle-même. On ne peut pas annoncer ailleurs que dans la communauté rassemblée la vérité même de la Résurrection de Jésus. C'est pourquoi Pierre et Jean annoncent ainsi le Christ.

Ensuite quand ils veulent annoncer le Christ Ressuscité, ils commencent à dire que Jésus a été condamné au cours d'un procès qui a engagé la responsabilité du peuple juif et du gouverneur romain. Jésus a été crucifié. On ne peut pas annoncer la Résurrection sans proclamer d'abord la mort de Jésus. Vous me direz : c'est évident. Pas autant que cela. Dans le monde juif il aurait pu savoir pour le Messie, une sorte de glorification qui ne passe pas par la croix ou par une mort honteuse et toutes les avanies par lesquelles Jésus a dû passer. Par conséquent il est très important de savoir que le Christ ressuscité et glorifié n'a jamais été annoncé sans sa passion.

Ensuite, à partir du moment où le Christ mort a été annoncé, Il est mort à cause de nous, à cause de notre péché à tous, pas simplement du peuple juif mais de Pilate et du monde entier. Puis on annonce qu'Il est ressuscité et que désormais, "Il est le Nom" c'est-à-dire Il est Celui qui nous dit Dieu et à partir duquel toute puissance est donnée à l'Église et à ses disciples. Pierre précise au peuple juif que la bénédiction et l'annonce de l'évangile ne lui est pas retirée. "Je sais, frères, que c'est par ignorance que vous avez fait cela." Cela veut donc dire l'universalité du salut. Même si Israël a été, comme peuple, coupable dans le mystère de la mort et de la crucifixion de Jésus, cependant du fait qu'Israël ait agi dans cette affaire, ne retire pas la promesse de Dieu. Par conséquent, en aucun cas, la promesse du bienfait de la Résurrection, de la bénédiction de la Résurrection n'est limitée. Elle est offerte à Israël et, à travers Israël, au monde entier comme le montreront les Actes des apôtres.

Cela est très important car l'annonce de la Résurrection se situe fondamentalement dans un pardon. Quand l'annonce de la Résurrection est proclamée par les disciples, en même temps, est proclamé le pardon de Dieu. "Vous avez agi par ignorance" et Dieu ne vous retire pas sa bénédiction et c'est à vous, d'abord, aujourd'hui, que le salut est annoncé. Ensuite Pierre explique comment le salut annoncé est proposé à Israël pour que, à travers Israël, il soit proposé à toutes les nations. Il rappelle la promesse faite à Abraham : "En ta postérité" qui est le Christ, membre du peuple, "seront bénies toutes les familles de la terre". C'est pour cela que le salut vous est adressé d'abord.

Cette petite esquisse de la théologie de la Résurrection est pour nous pleine d'enseignements. D'une part, elle nous apprend que le lieu propre de l'annonce du salut c'est la Communauté des disciples rassemblés au nom du Christ Ressuscité. S'il n'y avait pas d'abord ce fait, il n'y aurait pas d'annonce. Et contrairement à ce qu'on dit parfois ce n'est pas l'annonce qui fait l'Église mais c'est l'Église qui fait l'annonce. C'est parce qu'il y a Église constituée par le Christ Ressuscité que cette Église peut devenir le moyen d'annoncer le Christ Ressuscité et non pas l'inverse. Il n'y a pas au commencement une sorte d'annonce gratuite et ensuite : "Ralliez-vous à mon panache blanc !" Ceux qui adhèrent peuvent adhérer. C'est là une déviation moderne de la compréhension de l'annonce de la Résurrection mais ce n'est pas d'abord un discours qui est au départ de l'Église. C'est l'Église qui est à la source et à la racine de l'annonce de la Résurrection.

Ensuite cette Résurrection ne peut jamais faire l'économie de la réalité concrète de ce que le Christ a été parmi nous. Il est passé parmi nous. Il est mort. Il a connu la honte et l'infamie d'une mort de crucifié. Ce n'était pas facile à annoncer, c'était même extrêmement choquant dans le contexte de l'époque. C'est d'autant plus remarquable que cela soit devenu un des piliers de l'annonce de la Résurrection. On ne peut pas annoncer le Christ Ressuscité, le Christ glorifié sans passer par l'annonce du Christ mort, anéanti et crucifié. Cette expérience de la Résurrection est d'abord une expérience de pardon. Nous ne pouvons pas connaître la puissance du Christ Ressuscité si nous ne reconnaissons pas notre péché et la nécessité d'être sauvés et pardonnés par Celui-là seul qui, dans sa gloire, par la puissance même de son nom, nous dit la miséricorde et le salut de Dieu.

Et enfin cette Résurrection s'adresse à tout homme, en commençant par Israël et en passant par lui puisque le Christ est "la Promesse faite aux Pères". Et donc cela veut dire que, aujourd'hui encore, la prétention à annoncer un salut universel ne peut en aucun cas être contestée. Il n'y a pas d'exclusive dans le salut de Dieu. Et ceci touche immédiatement notre manière de voir ou de penser. Nous ne pouvons pas croire au mystère plénier de la Résurrection si nous ne le voyons pas comme ce qui saisit d'emblée le monde entier et le transforme par la puissance même de la vie du Ressuscité. Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, c'est cela même que nous proclamons. Que le Seigneur nous donne, à travers cette eucharistie, d'être véritablement les témoins de cette annonce comme l'ont été Pierre et Jean.

 

AMEN

 

 
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